mercredi, décembre 20, 2006

Lapsus encore...

Mercredi 20 décembre, Bruno Mégret s’est rallié à la candidature de Le Pen avec enthousiasme, comme on va voir. Il a en effet déclaré :
Je ne veux pas qu’au deuxième tour les Français n’aient le choix qu’entre le vote Le Pen.. euh...le vote Sarkozy et le vote Royal.
C’est beau, les amis ! Il est vrai que l’orthographe a parfois ses lapsus. Aviez-vous remarqué qu’amis est une anagramme parfaite de mais ? Nous ne sommes pas loin du célèbre Oui mais....

Dans le même genre, Cécile Duflot, nouvelle secrétaire générale des Verts, a expliqué après son élection :
Ce vol s’est bien passé...euh..ce vote s’est bien passé.
Qu'a donc dérobé Cécile? A moins que dans l'euphorie de son élection elle plane... Dans les deux cas, c’est trop beau, on aurait presque du mal à y croire. A propos de croyance, justement : un des membres de l’équipe de communication de Sarkozy, François de la Brosse (à reluire ?) se propose de sortir des Tee-shirts sur lesquels on lira Nicolas j’y crois.

Des Tee-shirts en hiver ?

Lapsus volontaire...

Depuis quelques mois je me suis attaché à pointer les lapsus des politiques, afin de montrer comment leur inconscient se manifestait à fleur de mots. Inconscient car, bien sûr, le lapsus est par définition involontaire. Et les différents exemples glanés, que je vous ai le plus souvent fait partager, étaient de ce point de vue instructifs.

Mais voici qu’on nous propose un nouveau produit : le lapsus volontaire. Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a en effet dans une interview accordée à la télévision allemande, classé son pays dans la liste de ceux qui possèdent l’arme nucléaire. Grand émoi ! Tout le monde sait pourtant qu’Israël possède la bombe, mais la langue de bois de l’Etat hébreu consiste depuis longtemps à utiliser l’ambiguïté comme forme d’expression : ne dire ni oui ni non. Classant Israël dans le camp des destructeurs en puissance puis laissant dire qu’il s’agissait d’une erreur, Olmert a donc dit deux choses à la fois : nous avons la bombe, d’une part (ça nous le savions déjà), nous le disons d’autre part. Mais pourquoi ?

Imaginons les psychanalystes au service du pouvoir iranien :

-« Ils n’ont pas la bombe mais la veulent tellement que voilà, il a fait un lapsus »

-« Mais non ! Ils l’ont bien sûr, mais Olmert n’avait pas le droit de le dire, et il en était tellement fier de sa bombe, qu’il a craqué ».

-« Soyons sérieux messieurs, tout le monde sait qu’ils ont la bombe, et ils savent que nous savons. Mais, en le disant, il nous fait un petit signe : attention les enfants, j’ai la bombe... »
Bref, les lapsus ne sont plus ce qu’ils étaient. Heureusement le rédacteur en chef du Courrier international nous rappelle une phrase de l’impayable George W. Bush dans un discours en octobre 2001 :
Il n’y a pas de doute dans mon esprit, pas le moindre doute que nous allons échouer. L’échec ne fait pas partie de notre vocabulaire. Notre grande nation va guider le monde et nous réussirons.
Ouf, enfin un vrai lapsus!

Que ferions-nous sans lui !

mercredi, décembre 13, 2006

La pensée du jour

Dans un édito de Libération du 13 décembre:
Le dossier Clearstream est aujourd’hui aussi vide qu’un discours de Jean-Pierre Raffarin.

mardi, décembre 12, 2006

J'ai deux amours

Hier je vous parlais du rapport approximatif de Françoise de Panafieu à la formule d’origine latine L’homme est un loup pour l’homme. Mais elle ne s’en est pas tenue là pendant le récent forum de l’UMP. Quelques phrases plus loin, en effet, elle disait :
Quand un pays est dictatorial, quelqu'un arrive, un président, qui veut libérer son Paris... euh son pays.
Son pays, son Paris. Chacun sait que Panafieu est candidate à la mairie de la capitale, et son lapsus est dès lors intéressant : elle se verrait en libératrice, puisqu’il est évident que le socialiste Bertrand Delanoë est un usurpateur... Pays/Paris. On peut aussi songer à Joséphine Baker qui chantait en 1930 :
J’ai deux amour, mon pays et Paris
En fait Panafieu a dit « libérer son Paris », elle ne l’a pas écrit, et cette transcription est un choix : on pourrait tout aussi bien entendre «son pari», même s'il est probable qu'il s'agissait bien de Paris. Alors, Paris ou pari ? Dans le second cas, Panafieu aurait-elle fait un pari dont elle voudrait se libérer ? Ou penserait-elle qu’un jeune loup (voir hier) pourrait la forcer à s’en libérer ? A suivre...

Pays/Paris (ou pays/pari), nous sommes de toute façon dans la dualité, dans des oppositions binaires. Il en est d’autres dans le paysage politique qui s’anime avant les fêtes de Noël. Alors que Sarkozy baisse pavillon en transformant sa rupture en rupture tranquille, Ségolène Royal publie sa première affiche sur laquelle on lit Pour que ça change fort.

Du côté du ministre de l’intérieur un mot de départ agressif, ou volontariste (la rupture), que l’on relativise avec l’adjectif tranquille : après un plus, un moins.

Du côté de la candidate socialiste l’annonce d’un but plus « tranquille », le changement (souvenons-nous de Giscard : le changement dans la continuité) que l’on renforce, c’est le cas de le dire : pour que ça change fort. Après un moins un plus.

Dans les deux cas on songe à des vases communicants sémantiques : l’un voulait tout casser (c’est le sens de rompre) l’autre seulement changer, l’une précise qu’il s’agira d’un fort changement, l’autre que la rupture sera tranquille. Le casseur se calme, la réformatrice gonfle ses muscles. Ici aussi, à suivre.

lundi, décembre 11, 2006

Lupus in fabula

Le loup semble à l’honneur dans le paysage politique... Philippe de Villiers par exemple a déclaré qu’il fallait

défendre le postier catalan ou le médecin savoyard plutôt que l’ours slovène ou le loup de Sibérie
Cette formule se prête à diverses interprétations. Tout d'abord, elle rappelle bien sûr celle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de l’extrême droite aux présidentielles de 1965 (son directeur de campagne s’appelait Jean-Marie Le Pen) :
la Corrèze avant le Zambèze.
Mais là où Tixier-Vignancour critiquait l’aide aux pays sous-développés, Villiers oppose le postier ou le médecin à l’ours ou au loup, ce qui paraît étrange et ne plaira pas nécessairement aux postiers ou aux médecins. Il est vrai que l’ours est slovène, le loup de Sibérie, et qu'il pense peut-être faire peur par ces références d’un autre âge à d’anciens pays de l’est. A moins qu'il ne veuille affirmer des positions anti-écologistes ?

Quoiqu’il en soit, il n’est pas le seule à utiliser cette référence canine. Françoise de Panafieu pour sa part a en effet déclaré sans rire
le loup est un loup pour l’homme
ce qui est une évidence : le loup est un loup, pour n’importe qui. Elle voulait bien sûr dire l’homme est un loup pour l’homme, décalquant la formule latine homo homini lupus, mais voilà, elle a parlé trop vite et s’est plantée.

Mais pourquoi ces loups, mis à la sauce Villiers ou à la sauce Panafieu ? Pour Villiers, j'ai évoqué quelques possibilités. Et Panafieu ? A-t-elle peur des jeunes loups qui pourraient lui griller la politesse aux élections municipales à Paris ? Quoiqu'il en soit, nos politiques ont encore quelques formules à leur disposition:

Faim de loup
Froid de loup
Avoir vu le loup
Hurler avec les loups
Dans la gueule du loup
Crier au loup
Sans oublier, bien sûr, que
Quand on parle du loup on voit sa queue...
Méfi, comme on dit en Provence, ou encore gaffe en bon français!

mercredi, décembre 06, 2006

Le syndrome de la boulette

On connaissait « le syndrome du restaurant chinois ». Il va falloir désormais parler de « syndrome de la boulette ». Rien à voir avec la cuisine libanaise, dans laquelle les boulettes figurent en bonne place. La Boulette, c'est celle de Ségolène Royal, celle qu'ils attendent tous, à droite comme à gauche (plus discrètement de ce côté, ces temps-ci, mais certains se frotteraient peut-être les mains si... peut-être... sait-on jamais...). Il faut dire qu'elle avait prêté le flanc, en faisant son coming-out sur la chanson de Diam's du même nom au mois d'avril (voir ici). Tout un symbole ! Cette Boulette monstrueuse, tant désirée, ils vont désormais la voir à chaque pas de l'heureuse élue... Il y a comme ça des leitmotivs qui vont apporter leur petit contrepoint tout au long de la campagne. Pour Sarko, c'est la racaille, qu'on lui ressort à toutes les sauces (ce sera peut-être bientôt la rupture manquée...).

Alors bien sûr, que Ségolène Royal écoute un élu du Hezbollah, qu'elle accepte qu'il compare « par deux fois » Israël au nazisme, c'était presque trop beau. Ca y était. Enfin ! Et sur le terrain de prédilection de son adversaire : l'International, sur lequel elle est censée être nulle et non avenue. Sauf que l'affaire sentait la mauvaise fois à plein nez : on découvre qu'il y avait deux traducteurs, que la phrase que Mme Royal a écoutée n'était pas la même que celle que les journalistes ont entendue, comme le racontait l'excellent Antoine Sfeir hier soir dans C dans l'air, et que si le mot nazisme y est bien cité, le contexte en est nettement moins violent (le langage, toujours !). Le traitement de cette histoire par la presse est d'ailleurs pour le moins curieux (voir décryptage ici). Et puis enfin, l'ambassadeur de France, Bernard Emié, un homme prudent et expérimenté, était aux côtés de la Madone, et a assisté au même discours sans quitter la salle... Or, que représente-t-il sinon la politique étrangère de Jacques Chirac et du parti dirigeant actuel... l'UMP ?

Vous connaissez probablement l'histoire de l'homme qui criait au loup. Il faudrait inventer celle du parti qui criait à la boulette. Le plus drôle c'est que le jour où elle en fera une belle, une vraie, une grosse, personne n'y croira plus.

La politique c'est quand même une drôle de cuisine !

lundi, décembre 04, 2006

Les factures de Sarkozy

L'actualité linguistico-politique est décidément trop riche : j'ai oublié hier de commenter un passage de la prestation de Nicolas Sarkozy sur France 2. Dans la partie économique de son intervention, il a en effet évoqué une usine de céramique de Limoges qui s'était reconvertie en fabriquant
des prothèses pour réparer les factures.
Il voulait, bien sûr, parler de fractures. Mais quelle dette secrète ou inconsciente ce lapsus révèle-t-il ? S'agit-il d'ailleurs d'une dette ? De plusieurs dettes secrètes ou inconscientes ? Je n'en sais bien entendu strictement rien, mais j'aime bien ces petites failles dans le discours, lorsque percent, à fleurs de mots, d'étranges refoulés...

dimanche, décembre 03, 2006

Rubrique à brac

Tout d'abord, tentative de restitution d'une ambiance. Hier soir j'étais invité à l'émission 88 minutes d'une chaîne du cable, Direct 8. Nous étions quatre à avoir quelque chose à vendre, chacun son livre, et une députée socialiste qui n'avait rien à vendre mais était visiblement là pour faire contrepoids à un sénateur UMP, « sarkozyste de choc » selon le Canard enchaîné, qui, lui, avait écrit un livre. La femme et l'homme politiques affichèrent donc leurs différences, l'une de gauche, l'autre de droite. Mais ils se retrouvèrent unis sur les mêmes positions lorsque j'ai commencé à parler du discours politique, pour dire en gros que cela n'avait aucune importance, que les mots n'étaient que des mots... Petit détail : à l'écran, en marquant leurs différences, ils se vouvoyaient. En coulisse, avant l'émission, ils se tutoyaient et se faisaient la bise. C'est sans doute ce qu'on appelle le spectacle...
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Jeudi soir, à la mutualité, meeting de la Ligue Communiste. Olivier Besancenot déclare :

Je préfère parler d'anticapitalisme que d'antilibéralisme.
Jusque là, avec la "gauche du non", il parlait d'antilibéralisme. Mais au même moment, comme on sait, il s'éloigne des comités antilibéraux et confirme qu'il fera cavalier seul aux présidentielles. Comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.
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J'ai dans ma précédente rubrique évoqué le nouveau slogan de Nicolas Sarkozy, La rupture tranquille, soulignant qu'on ne pouvait pas ne pas y entendre un écho de celui de François Mitterrand en 1981, La force tranquille. Sur France Inter vendredi matin nous expliquions avec Jean Véronis qu'il y avait là une entreprise d'adoucissement vers laquelle les conseillers de Sarkozy l'entrainent en ce moment. Rupture est en effet un mot lourd, porteur d'agressivité, de drame. Il renvoie à une rupture d'anévrisme, de contrat de travail, de cable de téléphérique ou de couple. L'adjectif tranquille adoucit donc le mot, mais comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.

Dans un article du Journal du dimanche, Michèle Stouvenot explique que les communiquants jugent « stupide et creux » ce slogan, la rupture tranquille qui constitue un oxymore, comme jadis la continuité dans le changement de Giscard d'Estaing. Mais il ne s'agit que de mots comme disent la députée socialiste et le sénateur UMP.

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Samedi après-midi, sur fond de montagnes pyrénéennes, François Bayrou présente sa candidature. Ses conseillers en communication lui ont conseillé (c'est leur travail, aux conseillers, de conseiller) de ne parler ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais du PS et de l'UMP. Et l'un de ses partisans, l'ancien général Morillon, déclare :

Cette séparation idéologique entre droite et gauche ne correspond plus à rien. Il faut faire péter ces structures.
Ni gauche, ni droite, donc. Mais la députée de gauche et le sénateur de droite disent que les mots ne sont que des mots.
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Enfin jeudi soir, sur France 2, David Pujadas ouvre le journal en annonçant que le pape, en visite à Istanboul, est entré dans la mosquée bleue
chassé... euh chaussé de babouches.
Mais, bien sûr, comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, chassé et chaussé ne sont que des mots.

samedi, décembre 02, 2006

Messied : ça m'assied

Nous avons décortiqué sur France Inter le passage de Nicolas Sarkozy dans l'émission « A vous de juger » de jeudi soir (voir ici pour écouter l'émission). Un mot nous avait frappé (parmi bien d'autres, nous en reparlerons peut-être), l'usage du verbe messeoir :
Un peu de pudeur ne messied pas dans le débat public.
Nicolas Sarkozy n'est pas un grand amateur de mots compliqués (contrairement à Jean-Marie Le Pen, par exemple), et ça a dû lui échapper. C'est curieux, mais plein de gens ne connaissent plus ce verbe, qui signifie « ne pas convenir » (au départ, ne pas être sur son séant). Il fait partie de ces verbes moribonds, comme choir. Il n'existe plus guère qu'à la troisième personne, et à la forme négative.

Les militants qui ont transcrit le débat sur le site de l'UMP n'y ont visiblement compris goutte, et ont écrit :
Un peu de pudeur ne me sieds pas dans le débat public.
C'est à dire exactement l'inverse (faisons abstraction de la faute d'accord). Mais peut-être ont-ils pensé que c'était réellement la pensée de leur chef. Le doute est possible quand on se remémore le fiston mis en scène (« Bonne chance mon papa ! »), l'affichage avec Cécilia dans les magazines, et autres petites scènes de la pipolisation quotidienne chez les Sarkozy.

Nous avons interrogé l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait lancé en son temps la mode du relâchement de la pudeur politique (rappelez-vous : l'accordéon, le ski en famille, etc.). Il a confirmé lui aussi qu'il en revient :
Un peu de pudeur ne saurait méchoir.
Ca m'a scié.

jeudi, novembre 30, 2006

Juste l'ordre (grammatical)

Le ministre de l'Education, Gilles de Robien, propose de réformer l'enseignement de la grammaire, se basant sur le rapport d'Alain Bentolila (Université Paris-V). Pourquoi pas? Cela mérite en tous cas débat. Mais je suis sûr qu'il raccourcit un peu la pensée de notre collègue lorsqu'il déclare d'une formule qu'Orwell n'aurait sans doute pas renié (29 novembre) :
L'ordre juste : c'est l'ordre des mots, celui qu'enseigne la grammaire.
L'expression a décidemment du succès. Peut-être pourrait-on lui rétorquer, paraphrasant une autre réplique célèbre :
La grammaire ce n'est pas juste l'ordre...

mardi, novembre 28, 2006

La gifle

Tout le monde se souvient de l'image de François Bayrou donnant une gifle à un gamin qui lui faisait les poches pendant la campagne 2002. Je ne sais pas si vous avez la même perception que moi, mais je n'ai pas souvenir que les médias aient parlé du contexte. C'est dommage.

François Bayrou le raconte dans l'interview qu'il a accordée récemment à Nicolas Voisin (PoliTIC'Show). Vous verrez que l'image prend plus de profondeur de champ quand on restitue les mots qui sont autour.
C'est une histoire qui n'a pas été racontée. On a gardé la gifle mais pas son contexte, alors je le raconte si on a cinq minutes. Ca se passe à Strasbourg... Je suis dans une mairie du quartier avec la maire de Strasbourg, une femme donc, qui est à l'époque une de mes amies, que j'ai contribué à faire élire. On entre dans la mairie de quartier, tout d'un coup les vitres se mettent à voler parce que des pierres sont jetées. Il y a une espèce d'émeute à l'extérieur. Le préfet téléphone en disant : « Vous n'êtes pas en sécurité, vous ne pouvez pas restez là, échappez-vous. » Alors on décide d'évacuer la mairie, toujours sous les vitres qui volent. Les forces de l'ordre sont à deux cent mètres et n'osent pas approcher tant la réputation du quartier est une réputation catastrophique. Et on on part vers les voitures. Tout d'un coup jaillissent du groupe de jeunes qui étaient là --beurs, immigrés, durs-- jaillissent de ce groupe des insultes à l'égard de la maire de Strasbourg. Des insultes sexistes d'une violence telle que je ne peux évidemment pas les répéter devant vous.

Et alors mon sang ne fait qu'un tour, et je me dis : moi vivant ça ne se passera pas comme ça. Donc au lieu de partir dans la voiture, je pars vers le groupe des gens. Je file sur eux. A ce moment-là commence une discussion extrêmement violente, notamment avec le père du gamin qui aura cet accident quelques minutes après, sur le thème islam. Parce que j'avais pris un texte sur le voile islamique qui était l'objet de polémiques intenses sur ce sujet à cette époque. C'est extrêmement violent, extrêmement dur avec plusieurs dizaines de personnes autour de moi --vous regarderez les images-- quand machinalement je passe la main dans mes poches pour voir si j'ai tout à sa place, passeport et carnet et stylo.

Tout d'un coup dans ma poche, sur ma carte bleue, je trouve une main qui était en train de me faire les poches. Et a claque est partie, évidemment plus vite l'éclair parce que je n'ai pas réfléchi. C'était un réflexe. En réalité les gens ont apprécié ça. Parce que c'était un geste non pas de policier, mais un geste de père de famille.
Pourquoi les médias n'ont-ils pas pris le temps de nous raconter la totalité de l'histoire ? Le choc des images serait-il désormais plus important que le poids des mots ? En regardant la télé, j'ai parfois l'impression de lire une BD dont on aurait effacé les bulles...

La transcription intégrale (près de trois heures d'entretien) a été réalisée dans le cadre du projet Parole 2007, que nous avons lancé avec les étudiants de l'université de Provence. Le but est de constituer une archive pour des études futures. Il y aura bientôt d'autres paroles de prétendants à l'Elysée, avec peut-être d'autres petites perles comme celle-ci.

lundi, novembre 27, 2006

Appendix Segoleni

Dans l'histoire des tentatives d'intervention sur la langue il existe un document de base pour l’étude de l’évolution du latin, l'Appendix Probi, attribué au grammairien Probius (3e-4e siècles) mais sans doute rédigé vers 700 par des moines de Bobbio (Emilie Romagne). Quoiqu’il en soit, nous disposons là d’une liste à double entrée de mots ou d'expressions, sur le modèle « dites... ne dites pas... » : dans la colonne dites on trouve une forme latine classique et dans la colonne ne dites pas ce que disait vraiment les gens : speculum non speclum, masculus non masclus, angulus non anglus, etc... Ce document utile aux historiens de la langue témoigne bien sûr d’abord d’un fort purisme : son rédacteur anonyme ne voulait pas laisser aux linguistes de l’avenir des données historiques, il voulait mettre un frein à la dérive du lexique. Mais il n'empêche que nous pouvons en avoir une autre lecture et l'utiliser pour comprendre l'histoire.

Tel n’est pas bien sûr le but de Ségolène Royal, mais elle fait cependant la preuve d'une volonté de mesurer les mots et les expressions qu'elle utilise à l'aune de leur transparence. Selon Le Monde du 24 novembre elle aurait déclaré devant les maires socialistes :

Si je dis « vie chère » au lieu de « pouvoir d’achat » ce n’est pas un hasard (...) La vie chère tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le pouvoir d’achat, lui, dépend des statistiques de l’INSEE qui s’obstine à la voir en hausse.

Et elle demandait encore à ses partisans de remplacer désormais pension modeste par petite retraite... Derrière cela, un constat: les politiques ont tendance à se payer de mots, des mots que ne comprennent pas toujours les électeurs, et Ségolène Royal veut parler la langue des gens, la langue du peuple. Certains ne manqueront pas de voir là du populisme. D'autres de faire un parallèle avec le 1984 de George Orwell : pension modeste ou petite retraite, qu'importe, ce qui compte c'est que les fins de mois sont difficiles.

Mais je crois qu'on se tromperait à ne voir que cela dans cette entreprise qui constitue, à petite échelle certes, une politique linguistique. On peut bien sûr proposer une lecture ironique ou malveillante des propos de la candidate socialiste. Elle a lancé dimanche, lors de son investiture, des formules à connotation chrétienne ("aidons-nous les uns les autres"...) qui en ont fait sursauter ou ricaner beaucoup. Pourtant elle est peut-être en train de s'affranchir de la novlangue socialiste, d'un code poussiéreux, pour en inaugurer un autre (dont, bien sûr, l'avenir est d'être à son tour, un jour, poussiéreux).

En attendant, là où Michel Rocard se proposait naguère de parler vrai, Ségolène Royal laissera peut-être le souvenir d'une volonté de parler clair.

jeudi, novembre 23, 2006

La rupture plie (mais ne rompt point ?)

Si vous avez écouté Nicolas Sarkozy à l'instant au JT de Patrick Poivre d'Arvor, vous aurez peut-être remarqué qu'un mot était bruyamment absent.

Plus question de rupture.

Les conseillers en communication de l'UMP ont peut-être réalisé que ce mot avait des connotations extrêmement négatives. La rupture n'est jamais drôle : rupture amoureuse, rupture du contrat de travail, rupture d'anévrisme, rupture de câble... Un mot typiquement anxiogène au moment où Ségolène Royal se fait plébisciter en jouant la mère rassurante, qui parle de bonheur et de sérénité ! D'ailleurs rupture avec qui, puisque la droite a tous les pouvoirs ? Avec la chiraquie sans doute. Ca fait désordre face à un PS rassemblé...

Mais toujours, en politique, un mot en chasse un autre. Le Grand Dictionnaire des Synonymes de la Langue de Bois est infini. Ce soir, le mot de rechange était renouvellement. Le mot a été martelé : renouvellement des générations, renouvellement des méthodes, renouvellement des idées. Des hommes ?

La rupture a plié pour un temps.

mercredi, novembre 22, 2006

Un éléphant ça blogue énormément

En 2002, Lionel Jospin avait déclaré sa candidature par un fax à l'AFP. Un peu froid, non ? Ca n'avait pas été très bien perçu. Mais les temps changent : il annonce aujourd'hui ses meilleurs voeux de bonheur son soutien à l'heureuse élue sur son blog. Quelques lignes sibyllines. Toujours très chaleureux.

Enfin, quand je dis soutien... C'est ce qu'annonce la presse (exemple). Mais le texte est tellement court que ça vaut la peine de le lire :
Certains d’entre vous m’ont demandé quelle sera mon attitude lors de la prochaine présidentielle. La réponse va de soi.

Ségolène Royal a été désignée de façon très nette par les adhérents du P.S. Elle est désormais la candidate de tous les socialistes dont je suis. Dans un combat que je sais difficile, je lui souhaite bonne chance.

D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite.

Lionel JOSPIN
Bel exercice de plume de bois ! Vous avez lu soutien, vous ? «La réponse va de soi», mais elle lui écorche visiblement les doigts. Quant à la dernière phrase, elle laisse la porte ouverte à tout. La victoire, pas sa victoire. Et si la campagne de Ségolène se transformait en fiasco... Il y aurait peut-être un recours...

Sarkozy et la famille

Nous avons dans Combat Pour l'Elysée signalé à quel point la vie privée de Nicolas Sarkozy affleurait dans son vocabulaire politique : il s'est mis à parler de rupture, puis d'immigration choisie et non pas subie, au moment où sa femme le quittait puis immigrait (temporairement) à New York. Il a apporté de l'eau à notre moulin le 12 octobre en déclarant :

Je veux l’unité de la famille, je suis le garant de l’unité de la famille.

Il parlait de l’UMP, bien sûr....

Or l'éditorialiste Jean-Michel Thénard écrit dans Libération d'aujourd'hui:

Depuis deux ans il réclamait la rupture ! Mais à peine le spectre du divorce avec les chiraquiens ressurgit-il que s'organise aussitôt une réunion de conciliation. Alors, rompre ou pas?

Décidément, Sarkozy n'échappe pas au vocabulaire des affaires de famille !

[voir aussi le billet de Jean]

Rupture et conciliation

Rupture et conciliation : ces mots forment un couple pour le meilleur et pour le pire ! Il y a réunion de conciliation après la rupture de la vie conjugale ; il y a phase de conciliation dans la rupture du contrat de travail pour motif personnel...

L'UMP a bien tenté une «réunion de conciliation» après les disputes internes, et les sifflets dont a été victime Michèle Alliot-Marie. Mais Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il n'irait pas.

Alors, vers un divorce par consentement mutuel, ou pour faute ? Faute de langage peut-être... Avec Sarko, pour qui le Verbe s'est fait Kärcher, ça ne serait pas étonnant !

[voir aussi le billet de Louis-Jean]

mardi, novembre 21, 2006

Politiques à moitié frappés

François Bayrou a dénoncé sur Radio J ce qu'il appelle «l'hémiplégie française», c'est-à-dire «le schéma traditionnel classique gauche contre droite». Il a renouvelé dans le même entretien sa proposition de travailler «avec des gens qui ont été ou qui sont au PS», mais je ne sais pas s'il a réalisé, notre agrégé de lettres classiques, qu'hémiplégie vient du grec hémiplêgos, c'est-à-dire à moitié frappé... Une entrée en matière comme ça, ça risque de paralyser les débats.

Bleu, blanc... rouge !

J'ai déjà parlé des couleurs de Ségolène Royal, du blanc de ses tailleurs et du bleu de son site : les couleurs de Marie, pour celle que l'on a surnommée la Madone... Je ne sais pas si sa virginité politique est réelle ou supposée, mais j'ai été très frappé l'autre jour par ses premières réactions à son élection. On aurait dit les propos d'une jeune épouse (voir ici).

Mais j'ai été encore plus surpris le lendemain en voyant que son site Désirs d'avenir s'était métamorphosé. La jeune vierge politique s'est transformée en épouse du peuple français, et son site arbore désormais une page d'accueil pleine de rouge...

Vous savez certainement que dans beaucoup de cultures, le lendemain des noces, on affiche à la fenêtre la chemise ou le drap tâchés de sang, qui prouvent à la fois la virginité de l'élue, et la réalité du mariage (les militants ségolistes ont-ils eu inconsciemment le besoin de prouver l'une et l'autre, au cas où nous aurions douté ?)

Sveltlana Tolstaja explique dans les Cahiers slaves que le rituel se prolongeait dans certaines régions de Russie par des signes secondaires, drapeaux, foulards et tissus, évidemment tous de couleur rouge, que l'on attachait un peu partout autour de la maison.

Et pourquoi pas les sites Web ?

lundi, novembre 20, 2006

Juppé : le lapsus

Alain Juppé est de retour! Dimanche soir il était invité au journal de Béatrice Schönberg, sur France 2 (à propos, je commence à trouver un peu désordre que Madame Borloo, femme de ministre, continue à présenter le journal, mais là n'est pas mon propos d'aujourd'hui). Interrogé sur les sifflets lors de la passe d'armes entre Sarkozy et Alliot-Marie lors d'une réunion de l'UMP, il réplique : elle a été sifflée ? Et alors ? Madame Royal elle aussi a été sifflée, et maintenant elle est candidate !
C'est le temps du débat. Puis vient le temps de la décision.
Se rend-t-il compte qu'à suivre son raisonnement, c'est MAM qui pourrait être la candidate choisie par l'UMP ? Mais le plus beau reste à venir. Après une belle faute de français ("nous avons convenu" là où l'on attendrait "nous sommes convenus"), il enchaîne en expliquant qu'Alliot-Marie :
a soulevé de vraies questions: quelle est la différence entre discrimination politique... pardon, positive...
Tiens donc! Il y aurait de la discrimination politique à l'UMP ? Contre qui ?

dimanche, novembre 19, 2006

La chanson comme affiche...

Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a popularisé la notion d’habitus, aurait pu étudier les goûts des Français en matière de chanson. Quelque chose comme « dis-moi ce que tu écoutes je te dirai qui tu es » : Brassens ou MC Solaar ? Juliette ou Joey Starr ? Johnny ou Patrick (je veux parler de Patriiiiiiiiick !, celui de la Bruelmania) ? Diams, Renaud ou Doc Gyneco ? Il ne l’a pas fait mais nous avons en ce moment sous les yeux (ou plutôt sous les oreilles) un corpus plein d’intérêt sur les rapports entre la chanson et les hommes et femmes politiques. Il fut un temps où les choses étaient simples : en gros on chantait La Marseillaise dans les meetings de droite (ou dans les manifestations aux Champs Elysées) et L’Internationale dans ceux de gauche (ou dans les défilés entre la République et la Bastille). Dans les deux cas, la chanson était utilisée comme affiche, ce qui n’a pas changé. Mais cette campagne électorale témoigne d’une redistribution des cartes assez originale. Qu’on en juge !

A l’extrême gauche, Olivier Besancenot considèrant sans doute que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même intervient sur le dernier disque de Joey Star, tout seul, comme un grand. Questions 1, c’est le titre du morceau, ne marquera certes pas l’histoire du rap mais on y trouve une formule intéressante. Posant une série de fausses questions (fausses parce qu’elles comprennent la réponse), « Est-ce que tu sais que... », il interpelle : Hey mon pote ! Mon pote : le style rappelle la façon dont, dans Le Monde du 28 avril, il invitait « Marie-George, Arlette et José » : « pourquoi pas autour d’une bouffe à quatre ? C’est moi qui régale ! ». Le style c’est l’homme, disait je ne sais plus qui, le style de Besancenot est décidément « popu », utilisant un argot un peu vieilli, un peu rétro. Le trotskysme façon Ligue Communiste n’innove pas beaucoup sur le plan lexical et se situe dans le courant rap sur le plan musical. Et la famille trotskyste apparaît donc comme nettement séparée en deux habitus : on n’imagine pas Arlette rappant avec Joey Star...

Passons au PS. Le 24 juin, tenant meeting dans son fief de Seine Maritime, Laurent Fabius entrait en scène sur une chanson de Cali, C’est quand le bonheur ? On hésitait à interpréter : s’agissait-il du bonheur pour lui s’il était devenu président ou du bonheur pour la France qui l’aurait élu ? Toujours est-il que l’on fit savoir que toute sa campagne sera mise sous le signe de cette chanson. Patatra ! Trois jours plus tard Cali expliquait qu’il n’avait pas été consulté et demandait à Fabius de retirer cette bande de ses meetings. A la mi-octobre, nouvelle chanson, de Jean-Louis Aubert celle-ci, Temps à nouveau, dans laquelle on apprenait que « les révolutions se font maintenant à la maison », que « de monde meilleur on ne parle plus », et dont le refrain scandait
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De prendre le souffle nouveau
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De nous jeter à l’eau.
De son côté, Dominique Strauss-Kahn utilisait un zouk dont la musique était nettement détournée du tube de l’été, Zidane y va marquer :
A gauche, à gauche, à gauche, tout le monde à gauche, Strauss-Kahn y va gagner, la gauche elle va passer...
Mais que voulait-il détourner? L’icône de Zidane ou l’ambiance des stades ? Quoiqu’il en soit, ces deux-là sont désormais hors-jeu.

Pendant ce temps, dans les meetings de Ségolène Royal, on passait Du courage ! de La Grande Sophie. Et Ségolène est maintenant au centre du jeu.

Les trois « compétiteurs » (vous avez remarqué que les candidats à la candidature n’étaient pas adversaires mais compétiteurs) nous fournissaient ainsi une sorte de typologie partielle de la chanson française d’aujourd’hui, trois styles très différents (et différents, bien sûr de celui de Besancenot), s’étalant du rock BCBG de Jean-Louis Aubert à ce que La Grande Sophie appelle elle-même de la « kitchen miousic » (Ségolène le sait-elle ?), en passant par le n’importe quoi chez DSK.

Mais ce n’est pas fini, car Ségolène a décidément inspiré les artistes. Sur l’air de Célimène (David Martial, 1975) le trio féminin « Classe affaire » chantait Ségolène (« Sé Sé Sé Ségolène ») et le groupe « Les gars de la Royal » mettait en ligne le Ségolèneroyalremix, inspiré de la même œuvre de David Martial. Et Laam présente sur scène sa chanson Si les femmes menaient le monde en disant :
Et si une femme devenait président, et si Ségolène dirigeait la France ?
Fermons le ban et passons au centre. Selon Le Monde du 13 novembre, François Bayrou entre en scène sur « un morceau techno-disco au tempo enlevé, mâtiné de rythmes andalous, Révélation, de Cerrone ». Révélation, tout un programme (politique ?). Mais que veut-il révéler ?

Côté Sarkozy, pas vraiment de chanson phare, mais on embauche des chanteurs qui s’affichent gentiment au premier rang d’un meeting: Doc Gyneco et Johnny Hallyday. Hallyday qui déclarait le 7 septembre sur RTL :
Je le dis et je le redis, je soutiens Sarkozy parce que c’est un homme que je connais depuis très très longtemps.
Et comme on l’interrogeait sur Renaud (qui venait de sortir une chanson, Elle est facho, qui se terminait par « elle vote Sarko »...), il lance : « Renaud n’a pas d’idées ». Dans la bouche de Johnny, cette affirmation prend évidemment une saveur toute particulière. Ce qui est sûr, c’est qu’ici on affiche un artiste et non pas une œuvre.

Nous pourrions poursuivre cette promenade aux marges de la chanson et de la politique (voir par exemple Philippe Katerine qui dans sa Marine Le Pen joue à Nostradamus et annonce la mort de l’égérie du FN le jour de ses 40 ans, le 8 décembre 2008). Mais ce large éventail de styles, ces choix des différents candidats, nous disent-ils quelque chose des publics visés, des électeurs ciblés ?

On voit bien que Sarkozy tente avec Doc Gyneco d’amadouer les jeunes électeurs.

Mais quels rapports entre Ségolène Royal et La Grande Sophie ? A-t-elle été choisie parce qu’elle est femme ? Parce que Ségolène a besoin de courage ? Parce qu’elle caractérise les électeurs potentiels de la candidate socialiste ? Ou parce qu’elle vient des Bouches du Rhône, grosse fédération du PS pro Ségolène ? Ce qui est sûr, c’est que la scansion du refrain, « du courage, du courage, du courage » (deux brèves une longue, répétées trois fois) rappelle un peu celle des slogans.

Et Bayrou ? Est-il vraiment convaincu que son électorat se retrouve dans la musique « techno-disco » ?

Graves questions... La réponse dans les urnes ?

vendredi, novembre 17, 2006

Heureuse élue

La Madone était aux anges hier soir (voir vidéo). On le comprend un peu. Versac la compare à une jeune lauréate de la Star'Ac toute émue, qui remercie le jury (pardon, les militants) en s'embrouillant les pinceaux, et en répétant dix fois les mêmes phrases creuses. Pas gentil. Moi, elle m'a fait penser à une jeune mariée, et je n'arrivais plus à m'enlever de la tête l'expression heureuse élue.
Je voudrais simplement vous dire tout le bonheur que je ressens...
Voilà, je suis très heureuse...
Et je vis intensément ce moment de bonheur...
Maintenant je veux méditer et vivre pleinement ce moment de bonheur...
Je mesure le fait de recevoir cet élan, d'être choisie...
Qui lui donne tout ce bonheur ? Les militants bien sûr (qui sont en train de lui donner un élan, un élan, un élan...), mais la vierge en blanc a trouvé preneur. Le peuple français. D'ailleurs l'élection présidentielle n'est elle pas une rencontre entre une femme et un peuple ?
Je pense que le peuple français a écrit cette histoire...
C'est le peuple qui s'est mis en mouvement...
La France a écrit une nouvelle page de cette histoire...
Et c'est le peuple français qui est en train d'écrire cette histoire...
Je vais mettre le peuple français au coeur du projet socialiste pour le mettre en mouvement...
Cha ba da ba da...

Mais attendez, on me dit que ce ne sont que des fiançailles. Il paraîtrait que les bans sont publiés pour le 22 avril 2007...

mercredi, novembre 15, 2006

Révolution orange

Normalement, ma spécialité c'est plutôt les mots, mais ces temps-ci je m'intéresse aux couleurs. Parfois elles parlent aussi. J'ai déjà évoqué le blanc et le bleu mariaux de Ségolène Royal, le rouge qui vire à l'arc-en-ciel chez Olivier Besancenot ou au vert chez Arlette Laguiller... Les temps changent, les couleurs aussi. Alors, mon oreille a fait tilt quand j'ai entendu le député Maurice Leroy lancer au récent conseil national de l'UDF :
Ensemble, nous allons faire la révolution orange !
Cette allusion à la révolution ukrainienne m'a beaucoup étonné. On se souvient de cette révolution «de velours» où des milliers de manifestants ont bravé le froid et la neige, arborant écharpes et drapeaux orange, pour imposer le changement à un pouvoir cynique et corrompu.

Simple jeu de mot de circonstance ? Le décor du conseil de l'UDF était effectivement orange (voir ici)...

Vous avez dit orange ? J'en étais resté à l'UDF bleue moi... Je me suis précipité sur le site Web (ici) et que vois-je ? un site tout orange ! Des oranges bleues ? Non, même pas. Orange vif. Et en cherchant sur le Web, je m'aperçois que tout le matériel de campagne de l'UDF est de la même couleur (logos, tee-shirts, etc.). Plus fort encore : le journal des jeunes UDF de Sciences Po s'appelle... Révolution orange.

Intrigué, j'ai mené ma petite enquête : le passage du bleu à l'orange s'est fait un peu avant la révolution ukrainienne, et c'est donc au départ une coïncidence. Il faut dire que les couleurs libres en politique ne sont pas légion ! Il y aurait peut-être eu le violet, mais comme c'est un mélange de bleu et de rouge, ça aurait fait jaser...

J'ai interrogé Thierry Rochas du bureau national de l'UDF, qui me dit que Bayrou s'est tenu très au courant en appelant régulièrement l'Ukraine durant la révolution orange, et il ajoute :
Nous avons tous été fascinés par les images de l'Ukraine. Elle sont pour moi aussi fortes que la chute du mur en 89 sauf que nos jeunes n'ont pas vécu cette “révolution” là. A peine avaient-ils l'âge de Tienanmen... Les images chocs d'aujourd"hui sont le “petit livre rouge” d'hier...
Comme quoi, une simple coïncidence peut engendrer de sacrés symboles !

Et une révolution, même orange, ça a quand même plus de gueule qu'une rupture, non ? Quand on parlait d'extrême-centre dans le livre...

mardi, novembre 14, 2006

S'il n'en reste qu'un...

A la fin du mois d’août, José Bové annonçait être : «prêt à assumer le rôle de candidat unitaire antilibéral ». Ce n’est pas sa candidature virtuelle qui me retient mais sa formule : candidat unitaire antilibéral. On entendait en effet jusque là parler de «la gauche de la gauche » ou de « la gauche du non » et voilà qu’apparaissait une nouvelle définition de ce que nous avions appelé dans Combat Pour l’Elysée « la gauche sans nom » .

Dans Libération du 10 novembre, Olivier Besancenot, à propos de l’élection municipale de Bordeaux, reprenait exactement la même expression, parlant de « la liste unitaire antilibérale » que la ligue communiste avait proposée au PC. Et le 12 novembre le même PC décidait de proposer la candidature de Marie-George Buffet aux collectifs de la « gauche antilébérale », Buffet qui avait déjà déclaré maintes fois se voir comme « candidate du rassemblement antilibéral ».

Ce qui frappe dans tout cela, c’est qu’en quelques années une expression est apparue et qu’une autre a été abandonnée : l’antilibéralisme a condamné à la disparition l’anticapitalisme. L’aviez-vous remarqué ? On ne parle plus de capitalisme ou d’anticapitalisme. Ni les trotskystes ni les communistes n’utilisent ces termes, Ségolène Royal parle d’«ordre juste», Dominique Strauss-Kahn appelle de ses vœux « social-démocratie renouvelée », bref le capitalisme n’existe plus.

Enfin presque car il reste un révolutionnaire, un seul, qui a lancé fièrement le 7 novembre lors du débat l’opposant à S. Royal et DSK:
L’hypercapitalisme lamine tout !
Il s’agit bien sûr de la grande figure de gauche, Laurent Fabius. Ouf ! Le capitalisme existe encore, et il a un opposant...

Cuisine interne

Vous avez adoré notre encadré sur les éléphants qui font «machos nuls» (p. 111) :
  • Laurent Fabius : « Mais qui va garder les enfants ? »
  • Henri Emmanuelli : « Je vais ajouter une balle de plus dans le fusil de chasse. »
  • Jean-Luc Mélanchon : « La présidence de la République n'est pas un concours de beauté. »
  • Michel Charasse : « Voyez la mère Merckel? Poum dans le popotin ! »
  • Jean-Paul Huchon : « Etre président de la République est un vrai job. »
La grande classe.

Mais Ségo elle-même en ajoute une à la liste, apparemment à propos du récent débat socialiste :
  • Dominique Strauss-Kahn : « Elle aurait mieux fait de rester chez elle au lieu de lire ses fiches cuisine ».
Elégant, n'est-ce pas ? Ils ne peuvent pas s'en empêcher...

La vidéo est sur LCI.

dimanche, novembre 12, 2006

Un duo de duels

François Bayrou vient de clore le Conseil national de l'UDF. Il fustige Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : « L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.» Et il conclut par une phrase qui a été reprise sur les télés : «Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo» (voir intégralité du discours ici).

J'ai trouvé cette phrase très intéressante. Le jeu sur les phonèmes cache un autre jeu, sur le sens et l'étymologie. La plupart des gens pensent sans doute plus ou moins confusément que duel et duo ont la même origine. Des avatars du nombre deux : un duo c'est deux personnes, et il faut bien deux personnes pour avoir un duel.

Faux : si le mot duo vient bien du latin duo (deux), par l'intermédiaire de l'italien, le mot duel n'a rien à voir. Il provient du mot latin duellum, qui signifiait guerre, combat (pas forcément à deux !). Duellum s'est déformé en latin, et a donné bellum. D'où nos modernes belligérants belliqueux.

On ne sait pas trop pourquoi le mot duel a pris le sens de combat entre deux personnes, mais c'est vraisemblablement une de ces contaminations étymologiques dont je suis friand : un rapprochement phonétique avec le mot... duo ! François Bayrou est agrégé de lettres classiques et connaît donc parfaitement son latin. Au-delà du mot d'esprit, il nous fait probablement un clin d'oeil de lettré. A croire qu'il veut nous donner du matériau pour notre prochain livre !

Mais attention : un duel peut en cacher un autre. Il y a bien un deuxième duel en français, celui qui exprime la dualité (il est vrai qu'il a tendance à être remplacé par dual). Celui-là provient bien de duo...

Voilà, le duel était duel ; c'est simple comme deux duels font quatre mousquetaires.

L'homme-marchandise

On connaissait la femme-objet. Voici l'homme-marchandise. Dans son discours de Saint-Etienne, Nicolas Sarkozy nous explique qu'il est humaniste :
«On ne fait pas n'importe quoi avec l'homme, qui n'est pas une marchandise comme les autres»
Pas comme les autres, mais marchandise quand même donc. Il paraît que les lapsus révèlent l'inconscient...

En voyant l'extrait sur I-Télé, l'autre soir, je me suis dit que c'était du bon matériau pour la rubrique lapsus du prochain livre ! Mais je n'avais pas réussi à noter la phrase exacte, et j'ai vainement cherché à revoir la séquence. Impossible. Motus sur toutes les chaînes... Et évidemment la phrase n'est pas dans le discours officiel en ligne sur le site de l'UMP. C'est une de ces interpolations enflammées que fait Sarko lorsqu'il est en forme.

Mais voilà : quelqu'un vient de mettre la vidéo en ligne sur Dailymotion. Décidément, les cybercorbeaux croassent et se multiplient ces jours-ci !

samedi, novembre 11, 2006

La boulette

Les éléphants attendaient désespérément la boulette, l'énorme boulette qui déconsidèrerait enfin Ségo aux yeux des militants. Rappelez-vous comme ils se sont jetés comme un seul homme sur son histoire d'encadrement militaire au mois de juin... Ils se frottaient les mains, croyaient que ça y était. Rien n'y faisait : elle sortait les énormités les plus énormes (du point de vue de l'orthodoxie socialiste, bien sûr), et les sondages continuaient à grimper.

Mais elle vient peut-être de la faire cette boulette tant attendue. Ou du moins, elle l'a faite il y a une dizaine de mois, mais un cybercorbeau la lui ressort opportunément quelques jours avant le scrutin. La vidéo où elle critique les enseignants et propose qu'ils fassent 35 heures au collège -- en disant vouloir cacher cette proposition aux syndicats -- a fait le tour d'internet en moins de... 35 heures. 100 000 téléchargements. Il est intéressant de remarquer que, comme pour l'achat des mots clés douteux sur Google par l'UMP, l'affaire est partie des blogs, la presse l'a reprise ensuite à son compte (voir histoire de la propagation ici). Cette gaffe monumentale pourrait bien lui être fatale, quand on sait que les enseignants sont assez largement représentés au PS ! Attaquer les éléphants, passe encore, mais on ne touche pas impunément au mammouth.

Prémonitoire ? Ségolène Royal avait fait sa déclaration de candidature à la candidature sur la chanson La Boulette de Diam's en avril 2006 sur Canal+... Ca ne s'invente pas.

Sigle ou abréviation ?

La mort de Jean-Jacques Servan-Schreiber me fait penser qu'il fut parmi les toutes premières personnalités françaises à voir son patronyme siglé: JJSS. Il en est une autre, Brigitte Bardot (BB), et un troisième, Pierre Mendès-France (PMF), mais j'ai l'impression (à vérifier) qu'il le fut plus tard, a postériori. Ils ne furent pas nombreux dans ce cas : ni de Gaulle, ni Pompidou, ni Mitterrand, ni Rocard, ni Chirac, ni Jospin pour ne citer que quelques hommes politiques n'ont eu cet «honneur». Honneur parce que le fait de voir son nom ainsi popularisé sous une forme siglée est, bien sûr, une preuve de notoriété.

Si nous réfléchissons aux deux premiers exemples (JJSS, BB), les caractéristiques de leurs noms ne sont sans doute pas étrangères à ce phénomène: la duplication des consonnes, les allitérations ainsi créées, expliquent en partie ce devenir. Et aujourd'hui? A part DSK et MAM, pas grand chose. Pour Alliot-Marie, le sigle constitue un palindrome, c'est-à-dire qu'il se lit dans les deux sens, et ceci explique peut-être cela (voici un autre palindrome: élu par cette crapule, et dans notre Combat Pour l'Elysée nous en suggérons avec Jean Véronis un troisième, qui pourrait s'appliquer à elle, non à ce canon...). Mais pourquoi DSK ? Sont-ce ses services de communication (comme ceux de Bernard-Henri Levy, dit B-HL) qui l'ont imposé ? Car la siglaison des noms est aujourd'hui plutôt le fait d'hommes d'affaires qui pratiquent la notoriété auto-proclamée (souvenons-nous de Jean-Marie Messier, JMM ou J2M...), depuis qu'un personnage du feuilleton Dallas s'appelait JR. On pratique en effet plutôt l'abréviation : Chichi et non pas JC pour Chirac, Sarko et non pas NS pour Nicolas Sarkozy, Ségo et non pas SR pour Ségolène Royal, Zizou et non pas ZZ pour Zinedine Zidane, etc...

Sigle ou abréviation : du point de vue strictement linguistique, la différence est essentiellement que le sigle est un fait de «lettrés». Pour créer RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) il faut bien sûr savoir comment s'écrit «autonome» (si on l'écrivait «otonome», on aurait ROTP...). Dans les deux cas, l'existence de cette appellation raccourcie témoigne d'une connivence, d'un rapport affectif à la personne, mais la domination des abréviations témoignerait-elle de ce recul de l'orthographe dont on nous rebat les oreilles?

Dans le doute, et pour militer pour le retour de l'orthographe (ainsi, peut-être, que pour satisfaire mon égo), je signe aujourd'hui mon billet: L-J C...

vendredi, novembre 10, 2006

Désordre juste

Il y avait eu l'ordre juste de Ségolène, perçu comme «juste l'ordre» par le bras droit de DSK, Cambadélis, mais revendiqué par Sarkozy, qui bien sûr l'aurait inventé, comme je le racontais l'autre jour. Ségo rétorquait : Sarko c'est le désordre injuste, et je concluais qu'en attendant au PS (voir les huées, les coups tordus, etc.), c'est juste le désordre...

Il manquait une expression dans cette combinatoire linguistique : désordre juste. C'est Edouard Fillias, le tout jeune candidat d'Alternative Libérale (27 ans), qui vient de la faire. Exemple de proposition qui relève du «désordre juste» : le démantèlement souhaité de la Sécurité sociale. A côté Sarko est un dangereux gauchiste. Pourtant, cette expression a un petit goût anar, si on y réfléchit. Ferré ou Brassens ne l'auraient peut-être pas reniée -- sans lui donner exactement le même sens, à mon humble avis. Mais justement, je lis sur le blog de Fillias, un papier qu'il fait sur... Brassens. Il écrit sans se démonter :
Brassens est probablement un passionné de la liberté : s'il avait fait de la politique, est-ce que je peux oser dire qu'il aurait pu adhérer à Alternative Libérale ?
Hmm. Les sismographes ont entendu comme un retournement sous la terre. Epicentre : le cimetière de Sète.

Madonna et la Madone

Tout le monde sait que Ségolène Royal a été surnommée la Madone (c'est par exemple le titre du livre de Marie-Eve Malouines et Carl Meeus aux Editions Fayard, La Madone et le Culbuto). Il faut dire que l'image est belle : la vierge vêtue de blanc aux accents maternels... Vous allez dire que je vois décidément la politique en couleurs ces temps-ci, mais avez-vous remarqué que sur son site, Désirs d'avenir, il n'y a ni rose, ni rouge? Rien que du bleu. Ca ne vous dit rien le bleu ? C'est la couleur de la Vierge, de la Madone, la vraie.

Entre madones, on s'entraide : la Madone du rock, Madonna, déclare dans Paris-Match que Ségolène «a de la classe». Elle semble plutôt voir d'un bon oeil une éventuelle victoire de la Madonne du PS :
Dans beaucoup de pays comme le Chili ou l'Allemagne, les femmes ont déjà pris le pouvoir, je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette évidence. Le monde se porte mieux depuis qu'il y a plus de femmes au pouvoir. Une femme présidente en France, ce serait logique.
Coïncidence : Nancy Pelosi, femme, et «issue de l'immigration» en plus, devient numéro trois des Etats-Unis, tandis qu'Hillary Clinton se hisse (à coups de dollars) au rang de prétendante à la magistrature suprême. Quant à la droite française, elle essaie d'arroser le chêne de MAM pour contrer Sarko... Il y a comme un souffle mondial : la femme pourrait bien être l'avenir de l'homme politique.

N'en déplaise aux machos nuls.

jeudi, novembre 09, 2006

La faucille et le maillet

Nous vous parlons beaucoup des mots. Aujourd'hui il sera question des images. Vous avez peut-être vu le site de campagne d'Olivier Besancenot. Ca clignote dans tous les sens, il y a des jeux, et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel (un peu de rouge mais pas trop). On se croirait sur le site de TF1 (il ne manque que les pubs pour Mac Do). Les temps changent. Fini le graphisme austère et monochrome de Rouge, le journal de la LCR. Et ne cherchez pas la faucille et le marteau, ils n'y sont pas. Vous aurez tout au plus un maillet dans la rubrique Jeux, avec une activité extrêmement subversive : le défouloir anti-droite. Vous tapez avec un maillet virtuel sur la tête à Sarko, Villiers ou Le Pen et vous gagnez des points (mais je ne suis pas sûr qu'avec une telle dialectique subtile, eux en perdent). Moi j'aurais mis un piolet pour taper sur Trotsky. A moins qu'il ne soit déjà mort : si vous cherchez trotskyme ou trotskisme sur le site, vous aurez un écran vide...

Les temps changent. Si vous voulez vraiment un marteau et une faucille, il n'y a plus que l'indéboulonnable Arlette. Mais bon, son site est vert ! Est-ce qu'elle draguerait Nicolas Hulot, elle aussi ? Je la vois bien faire campagne en montgolfière. Ce serait une vraie révolution.

lundi, novembre 06, 2006

Rupture avec la rupture

Je racontais samedi comment les politiques de tous bords se piquent des bons mots et des petites phrases (et semblent largement s'en amuser)... Coïncidence, qui renforce ma démonstration, je lis ce matin dans les Echos une interview de François Bayrou, qui rompt... le silence et nous dit que c'est lui qui a inventé la fameuse rupture :
Question : Revendiquez-vous toujours la « rupture », comme vous l'avez fait l'année dernière ?
François Bayrou : C'est vrai que je suis le premier à avoir employé le mot. Mais le mot est négatif et ambigu. Je suis donc ravi que Nicolas Sarkozy m'en ait débarrassé.
Rompez !

dimanche, novembre 05, 2006

Sémiologie et cordonnerie, ou les pieds et la poudre aux yeux

Dans Libération du 4 novembre, Gérard Lefort commente une photo sur laquelle le premier ministre, Dominique de Villepin, debout devant un micro, s'adresse à la presse. A droite le ministre de la justice, Dominique Perben, regarde son patron. Derrière, Nicolas Sarkozy regarde... le sol, comme s'il craignait de trébucher. Mais le regard du journaliste s'est porté, lui, sur les chaussures de Sarkozy. En effet, selon un bottier appelé en expertise, les talons compensés du ministre de l'Intérieur lui donneraient dix centimètres de plus. Et de s'interroger: les talons du ministre seraient-ils à l'origine de ses migraines? Car

Le talon est mauvais pour la colonne, n'importe quelle porteuse d'aiguilles le confirmera.

Décidément en forme, Lefort poursuit:

Si le ministre veut nous leurrer sur sa taille, que serait-ce sur ses mesures s'il est un jour président?

On se souvient qu'il y avait déjà eu des commentaires amusés à propos d'une photo prise à la Maison Blanche sur laquelle Sarkozy semblait avoir la même taille que Bush. Ce qui me fait penser à deux expressions françaises, «être de taille à», «être assez grand pour» qui, toutes deux, signifient «être capable de». Y aurait-il une taille minimum pour devenir président de la République? Et, dans le débat démocratique, tous les candidats devraient-ils porter les mêmes chaussures comme ils disposent du même temps sur les ondes?

Ce qui est sûr, c'est que ces talons compensés aux pieds s'apparentent à de la poudre aux yeux.

samedi, novembre 04, 2006

Désordre injuste

Nicolas Sarkozy aime visiblement piocher les élements de son langage à droite et à gauche... On se souvient du slogan «La France, tu l'aimes ou tu la quittes» qu'il avait emprunté à Philippe de Villiers, qui l'avait lui-même emprunté au Front National. Maintenant, Sarkozy pique à gauche. Il déclarait hier à Villepin...te (ça ne s'invente pas) qu'il est pour l'«ordre juste», reprenant ainsi à son compte la formule clé de Ségolène Royal, et il prétend même que c'est lui qui avait eu l'idée le premier. On emprunte décidément beaucoup en politique. Ségolène Royal tenait elle-même la formule de Benoît XVI, comme je le raconte ici. Evidemment elle avait pris une volée de bois vert dans son propre camp. On se souvient de Jean-Christophe Cambadélis, bras-droit de DSK, qui lui avait balancé début juin : «La militarisation de la sécurité, ce n'est pas l'ordre juste mais juste l'ordre» (voir ici). Ségo avait d'ailleurs commencé à édulcorer la formule, qui devenait désormais «ordre économique et social juste». Ah! On est rassurés, voilà de la bonne langue de bois rose. Il ne s'agit plus de faire entendre des bruits de bottes dans les cités.

Sarko prend un malin plaisir, à chaque fois qu'il le peut, de ramener Ségolène à droite, sachant que ce tropisme indispose bien des militants du PS. «Félicitations Mme Royal, vous êtes sur le bon chemin !» déclarait-il dès le mois de juin. Cela l'arrangerait-il d'avoir un autre candidat en face de lui ? C'est néanmoins un jeu dangereux. Ses conseillers en communication devraient peut-être lui dire «Père, gardez-vos à droite, gardez-vous à gauche», car à force de pratiquer le grand écart sémantique, son discours risque d'être illisible dans son propre camp. Et un certain Prince Noir se frotte peut-être déjà les mains dans un palais qui n'est pas en Aquitaine, mais rue du Faubourg Saint-Honoré.

En tous cas, Ségolène ne s'est pas laissée démonter : «Si M. Sarkozy reprend mon projet d'ordre juste, c'est d'une certaine façon un aveu d'échec de sa part, car le résultat de sa politique, c'est le désordre injuste», lui répond-elle du tac au tac. En attendant, au PS, c'est juste le désordre...

vendredi, novembre 03, 2006

Les jeunes s'invitent dans le débat

J'ai été surpris et flatté de voir que le magazine Ecrans de Libération (qui est passé en version électronique) avait placé une citation de ma pomme en bannière sur sa page d'accueil, à la suite de mon entretien avec Frédérique Roussel :



C'est surtout la première partie qui est étonnante. Le mot débat était effectivement le mot star de la rentrée politique, comme le montrait Presse 2007 (l'outil d'analyse de la presse nationale que j'ai développé cet été). Indéboulonnable depuis le mois d'août. Il faut dire qu'il y a eu les universités d'été des différents partis, puis les débats à l'assemblée nationale sur la fusion Suez-GDF, et, bien évidemment, le fameux débat socialiste qui occupe la presse ces derniers temps. Le «nuage» des mots fréquents variait dans ses détails, mais rien n'avait pu faire dévisser le mot débat de sa position de premier de cordée :



Plutôt encourageant pour la démocratie, me disais-je, en observant cet étonnant message subliminal de la pré-campagne. Mais je me demandais bien quel serait le premier mot à émerger après le temps du débat ! Eh bien c'est fait depuis ce matin :



Le mot jeunes vient de ravir la première place... L'anniversaire des émeutes de banlieues et son cortège d'incidents et incendies divers, jusqu'à la tragédie de Marseille qui a laissé une jeune étudiante entre la vie et la mort, nous ont soudainement rappelé que pendant les débats la révolte continue.

C'est intéressant que ce soit ce mot qui émerge le premier. Le quinquennat a été placé sous le signe des jeunes. Les jeunes que l'on disait détachés de la politique, et qui se sont mobilisés en avril 2002 pour dire NON à Le Pen, en mai 2005 pour dire NON au TCE, au printemps 2006 pour dire NON au CPE. NON, NON et NON. Trois fois NON. Depuis mai 68, la politique n'aura sans doute jamais autant été une tension entre les jeunes et les vieux qui les gouvernent (Chirac briguerait-il un autre mandat ? se demande la presse...). Certains politiques commencent peut-être à le comprendre : comme nous le racontons dans le livre, Ségolène Royal n'a-t-elle pas fait son coming out sur la chanson de Diam's Génération NON NON (alias La boulette) ?

Mais les jeunes dont on a parlé en novembre dernier, et dont on reparle ces temps-ci, ce ne sont pas les mêmes. Ceux-là ne débattent pas, ne votent pas, même si quelque rap stars essaient de les y encourager. Ils lancent des cailloux et des cocktails Molotov, et pas des paroles. Aucune revendication ne s'exprime, aucun porte-parole ne se met en avant. Avez-vous remarqué que la révolte des banlieues de l'automne dernier était une révolte sans mots ?

jeudi, novembre 02, 2006

Variations dans la continuité

Dans l'arsenal des pièges, piques, méchancetés, chausse-trapes et autres gracieusetés que le clan Chirac distille à l'endroit de Sarkozy (au fait, ça n'a rien à voir bien sûr, sauf l'initiale de leur nom : qui avait baptisé Sartre «l'agité du bocal»?), nous avons vu (ici) qu'une métaphore saisonnière était fort prisée chez les adversaires UMP du ministre de l'Intérieur. Il est une autre formule qui s'inscrit dans la continuité. Souvenez-vous : il y a plusieurs mois qui paraissent plusieurs siècles (c'était avant le CPE et Villepin se voyait un destin, comme naguère Giscard), le premier Ministre déclarait:
L'élection présidentielle est la rencontre d'un homme et d'un peuple.
Le 30 octobre, dans Le Figaro, Jacques Chirac reprend et développe la formule:
L’élection présidentielle, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Tel est l’esprit du gaullisme. Telle est la logique de l’élection du président au suffrage universel. Tout est donc possible.
Tout est possible, en effet. Un homme (ou une femme) et un peuple: Traduisons : les procédures de désignation du candidat de l'UMP (à propos, avez-vous remarqué, ça n'a rien à voir, bien sûr, qu'UMP est l'anagramme de PMU ?) n'ont rien à voir avec la conception gaulliste de l'élection présidentielle.

Je crois que nous n'en avons pas fini sur ce thème. Chiraquiens, Chiraquiennes (ou Chiraquistes, comme vous voudrez), faites travailler vos méninges, pour alimenter cette chronique. Et merci par avance.

mercredi, novembre 01, 2006

Promotion de sa chance

Je lis dans Libé aujourd'hui un titre comme le quotidien les affectionne : Azouz Bégag, ministre à la promotion de sa chance (voir article). Il paraît qu'il va se présenter à la mairie de Lyon. Je n'ai pas de commentaire à faire sur le sujet, si ce n'est que tout le monde est un peu méchant avec ce pauvre ministre délégué, peut-être surtout Sarko, qui le surnommerait (si l'on en croit Libé) «vidéo-bégag». Pas gentil, gentil. Je ne connais pas bien le personnage, mais justement, moi, ce côté rêveur-gaffeur, un peu décalé par rapport aux montres froids de la politique dinosaurienne (ou éléphantesque), aurait plutôt tendance à me plaire.

Promotion des chances. Avez-vous remarqué que le mot, qu'on nous sert décidément en boucle ces temps-ci, est nécessairement pluriel ? Promotion de la chance, c'est tout autre chose, et un peu à l'opposé, me semble-t-il : ça sent l'individualisme forcené, le flambeur de casino, le "self-made man" ! Les dictionnaires ne la lui ont pas encore accordée, mais chances est en droit de réclamer son autonomie, comme les vacances par rapport à la vacance. La meilleure preuve, c'est que le jeu de mot de Libération ne marcherait pas si chances était simplement le pluriel de chance ! Pour qu'il y ait effet de sens il faut qu'il y ait double lecture, comme je l'expliquais l'autre jour à propos de la main verte (de la droite).

Ainsi vont les mots. Mais savez-vous d'où vient ce mot chances(s) ? Vous allez en tomber sur le séant. L'origine en est le verbe latin caderer, tomber, justement. Il s'employait en latin classique pour le jeu d'osselets, qu'on laissait tomber sur le sol. Il a ensuite désigné le lancer des dés, et d'une façon générale le hasard. Et le hasard, c'est le contraire de la promotion des chances, non ?

dimanche, octobre 29, 2006

Hourvari socialiste

Arnaud Montebourg essaie peut-être d'être à la hauteur de son surnom de «chasseur d'éléphants». En tous cas, il a montré ses connaissances cynégétiques en qualifiant le chahut dont a été victime Ségolène de «hourvari» (Libération du 28 octobre).

Voilà un mot que je n'avais pas entendu depuis longtemps. C'est un terme de vènerie quelque peu tombé en désuétude : il désigne la ruse de la bête traquée qui revient sur ses pas pour tromper les chiens. Mais quelle ruse, en l'occurrence ? Ségolène avait plutôt l'air d'être aux abois, si je puis me permettre de rester dans le même registre. Je pense que Montebourg utilisait en fait le mot dans son sens figuré de «vacarme», de «grand tumulte». Vous vous souvenez peut-être de la vivandière au début de Quatre-Vingt-Treize, d'Hugo :
On a son bidon et sa clochette, on s’en va dans le vacarme, dans les feux de peloton, dans les coups de canon, dans le hourvari, en criant : Qui est-ce qui veut boire un coup, les enfants ?
Par quel détour, le mot hourvari a-t-il pris ce sens assez éloigné de l'original ? Il est vrai qu'il désignait aussi en vènerie la sonnerie de trompe qui servait à ramener les chiens égarés par la bête traquée. Or, des sonneries, il y en a beaucoup en vènerie. Je ne suis pas spécialiste, mais, celle-là ne semble pas plus tumultueuse que d'autres... Ne s'agit-il pas d'une de ces contaminations que j'affectionne, une rencontre avec le mot charivari, qui, comme on sait, désignait au départ un concert de crécelles et de casseroles ? Il n'y a plus de témoin pour le dire, l'affaire remonte sans doute au XVIIe siècle.

En tous cas, la métaphore cynégétique pourrait bien avoir du succès dans les gazettes qui réclament du spectacle à cors et à cris : Ségolène a bien forlongé (prendre une grande distance sur les chiens), mais pourra-t-elle donner le change (dérouter ses poursuivants) ? Certains au PS rêvent de sonner l'hallali (sonnerie qui indique que l'animal est sur le point d'être pris), voire de donner le signal de la curée (moment où on jette aux chiens les bas morceaux de l'animal abattu)...

vendredi, octobre 27, 2006

Interview sur Ecrans.fr

Interview par Frédérique Roussel pour Ecrans.fr, le nouveau site de Libé, qui remplace le luxueux supplément couleurs et papier glacé qui était distribué le samedi avec le quotidien. A lire en ligne :

mardi, octobre 24, 2006

Sondages et saisons

Les hommes politiques ont un rapport un peu schizophrénique aux sondages. Tous ont l’œil fixé sur eux, tous en commandent, mais tous les critiquent ou en diminuent l’importance lorsqu’ils ne leur sont pas favorables ou lorsqu’ils sont favorables à leurs adversaires...


Au PS comme à l’UMP, le problème est aujourd’hui que Royal et Sarkozy sont au plus haut dans ces sondages. Du côté socialiste, la tendance est donc pour certains à les relativiser pour dégonfler l’effet Royal. Laurent Fabius fait en général dans la métaphore poétique. Il avait déjà lancé en janvier 2006 :

La différence entre les sondages et les élections et la même qu’entre l’astrologie et l’astronomie.
et il déclare en octobre :
Les sondages sont par rapport à la réalité profonde de l’opinion, comme l’écume de la vague par rapport à la profondeur de l’océan
Sans doute aurait-il une autre vision, tout aussi poétique, si les sondages le favorisaient... Et Jean Glavany, qui était en faveur de la candidature de Lionel Jospin, quoique moins poétique, n’était pas en reste :
Je ne crois pas à tous ces sondages, qui sont de la pure abstraction théorique. Ils sont un élément indicateur de la popularité d’un candidat. C’est tout.
C’est tout, mais il est tout de même préférable d’être populaire qu’impopulaire...

Passons à l’UMP. Depuis quelques jours on voir percer chez les chiraquiens, à l’endroit de Nicolas Sarkozy, une métaphore «saisonnière ». Michèle Alliot-Marie lance début octobre :
Les sondages d’octobre ne font pas les élections de mai. Sans doute y verra-t-on plus clair en janvier.
Le 20 du même mois, elle récidive à New York :
Les sondages du mois d’octobre ne sont pas forcément les résultats du mois de mai.
Et Jean-Pierre Raffarin livre dans Le Monde du 7 octobre cette pensée profonde :
Les vainqueurs de septembre ne sont pas toujours les vainqueurs de mai. Entre l’automne et le printemps il y a un long hiver à traverser.
Ce qui peut faire penser à un proverbe célèbre :
Toussaint en novembre, Noël en décembre.

lundi, octobre 23, 2006

Surnoms d'oiseau

La première partie du documentaire de Patrick Rotman consacré à Jacques Chirac vient de s'achever sur France 2. Vous êtes sans doute nombreux à l'avoir regardé. Avez-vous noté la profusion des surnoms que le film recense ? J'ai relevé au passage :
  • l'Hélicoptère (à Sciences Po, dans les années 50, tant il remue les bras) ;
  • le Bulldozer (quand il devient chargé de mission au cabinet du président Pompidou) ;
  • Serre La Louche (lorsqu'il est parachuté en Corrèze, où il en serre effectivement quelques-unes !) ;
  • Château Chirac (après l'achat du manoir de Bity, qui devint aussitôt monument historique restauré aux frais du contribuable) ;
  • Facho Chirac (quand Garaud et Juillet le positionnent très à droite pour torpiller Chaban) ;
  • Al Capone (quand il trahit l'UDR) ;
  • l'Agité (après l'appel de Cochin, où il appelle l'UDF, favorable à l'Europe, le «parti de l'étranger»).
On aura peut-être dans la deuxième partie les plus récents Brut de pomme ou Supermenteur popularisés par les Guignols de l'Info. Quel florilège ! Un surnom c'est une vacherie. Une dizaine, c'est un portrait...

dimanche, octobre 15, 2006

Prendre la main (verte)

Ca se dispute sur I-Télé, vendredi dernier. L'animateur, Victor Robert, explique à juste titre que cette semaine «la droite a pris la main» en matière d'environnement. C'est vrai : Villepin qui lance son «Pacte national pour l'environnement», Chirac qui défend les biocarburants, Jean-Louis Debré qui invite les députés à voir le film d'Al Gore... On dirait qu'ils se sont donné le mot.

«Prendre la main» est une expression qui provient des jeux de cartes, où celui qui prend la main est celui qui prend l'initiative. C'est un bon exemple de ce qu'on appelle en linguistique «expression figée». On ne peut en faire varier les différents éléments que de façon extrêmement limitée. Prendre peut se remplacer par une toute petite liste de verbes : avoir, garder, reprendre... Si l'on en utilise d'autres, l'expression retourne automatiquement à son sens littéral: secouer la main, c'est forcément secouer l'appendice à cinq doigts que nous avons au bout du bras. De même, l'article est forcé : on ne peut pas, sous peine de revenir au sens littéral changer la par une, sa, cette, etc. N'essayons pas d'ajouter un adjectif sur main, non plus: prendre la main gauche nous renvoie de nouveau à l'anatomie.

Mais justement, Victor Robert après une petite pause ajoute «la droite a pris la main... la main verte». Voilà une autre expression figée! La main verte, fait appel à un autre sens du mot main, celui d'habileté dans une activité, un art. La main verte, c'est, comme chacun sait, une prédisposition particulière à s'occuper des plantes.

Victor Robert se livre à un défigement, petite opération qui consiste à redonner sa liberté à une expression qui ne l'a plus. C'est un des ressorts classiques des jeux de mots, dont, par exemple, le quotidien Libération est friand. Lorsque celui-ci titre Des candidats trop beaux pour être vrais en février 2006, se gaussant des opérations de chirurgie esthétiques des prétendants à l'Elysée (voir ici), il joue sur un défigement de l'expression «trop beau pour être vrai», qui normalement s'emploie isolée, beau n'étant pas en position d'épithète. Le défigement produit une oscillation entre les deux sens de l'expression, littéral et figuré -- effet humoristique garanti.

Mais Victor Robert fait mieux, et nous produit un double défigement. Il prend deux expressions figées, «prendre la main» et «la main verte», il les croise comme on hybride des plantes (en parlant de main verte...), et chacune des deux expressions oscille entre ses deux sens pour le plus grand plaisir des nôtres (de sens). Du grand art. J'applaudis à deux mains (si vous le voulez bien !).

samedi, octobre 14, 2006

Sarkozien ou sarkoziste ?

Farid a laissé un gentil commentaire sur le billet de Louis-Jean ("Je pense donc je suis, il pense donc il suit"), qui se termine par une question: faut-il dire sarkozien ou sarkoziste ? Farid nous suggère de demander à Alain Rey. Je suis sûr, effectivement, qu'Alain pourrait nous expliquer en détail la différence entre les suffixes -ien et -iste, mais de toutes façons, il y a la théorie et la pratique. La pratique, on peut la connaître en demandant à l'oracle des temps modernes, Yahoo (j'ai expliqué en d'autres temps et d'autres lieux pourquoi Google était à éviter).

J'ai posé deux petites requêtes:

sarkozien OR sarkoziens OR sarkozienne OR sarkoziennes20 100 résultats
sarkoziste OR sarkozistes21 800 résultats


Compte tenu des incertitudes qui entourent les dits de l'oracle (voir par exemple ici), on peut dire que c'est kif-kif (et il paraît que Sarko commence à s'y connaître, en kif ;-)



Exercices (à faire pendant la semaine) :

1. Est-ce qu'il vaut mieux dire royaliste, royalien ? (ou régalien ?) A moins qu'on préfère ségoliste (ou ségolien ?).
2. Que faire avec Bayrou ? bayrouliste ? bayroulien ? bayroutier ? Bayroutant, peut-être...

mercredi, octobre 11, 2006

Migraines...

Cela fait deux fois au moins que le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, manque à ses obligations pour cause de migraines. Il n'avait pas, il y a quelques mois, assisté à un conseil des ministres, il était hier absent du petit déjeuner qui réunit chaque semaine à Matignon (chez Monsieur de Villepin, donc) les dirigeants de l'UMP.

Etymologiquement, la migraine vient du grec hémikranion par l'intermédiaire du latin hemicrania et désigne donc un mal qui affecte la moitié du crâne, ce qui laisse donc théoriquement disponible l'autre moitié. Mais Alain Rey, dans son Dictionnaire historique de la langue française, nous donne une intéressante précision qui, quoique non médicale, pourrait bien s'appliquer à la situation. Il explique en efffet qu'en français le mot a d'abord été utilisé avec le sens de "dépit" (ce pourquoi on dit de quelqu'un qu'on ne supporte pas : il me donne la migraine). Mais qui donc pourrait bien filer la migraine à Nicolas Sarkozy?

lundi, octobre 09, 2006

Critique : Europe 1

Critique (dithyrambique) du livre par Nicolas Delourme dans l'émission de Pascale Lafitte-Certa sur Europe 1 hier après-midi. L'émission peut être écoutée ici:

logo europe1

Je vous recommande chaleureusement cette émission consacrée aux mots et au langage tous les dimanches. Pas seulement par ego: c'est vraiment un moment de bonheur hebdomadaire. Depuis la rentrée, on y a parlé du "slam", du plurilinguisme, de l'apprentissage de la lecture, du développement de la parole chez l'enfant....

Jy suis invité dimanche prochain (17 octobre). Ce ne sera pas sur le livre, mais sur la cyberlangue (SMS, chats, blogs, etc.) [voir ici information sur l'émission, adresse podcast, etc.].

dimanche, octobre 08, 2006

Je pense donc je suis, il pense donc il suit

François Fillon est un ancien ministre chiraquien que Dominique de Villepin n’a pas conservé dans son équipe. Du coup, vexé, il a changé de fonds de commerce pour passer avec armes et bagages au clan sarkozien. Le voici donc « conseiller politique de Nicolas Sarkozy ». Nous pouvons donc supposer qu’entre les deux hommes il y a un minimum de communication, qu’ils se mettent d’accord pour parler d’une seule voix.

Et bien non !

Dans le Journal du Dimanche du 8 octobre, monsieur Fillon est interrogé sur l’aspect «spectaculaire et médiatisé» des interventions policières aux Mureaux. Il répond avec hauteur :
Que diriez-vous si les journalistes n’avaient pas été prévenus ? Que la police agit en douce !
Donc, selon François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, il est tout à fait normal de convoquer les média pour les opérations de police.

Fort bien.

L’ennui est que dans le même journal, deux pages plus loin, Nicolas Sarkozy est à son tour interrogé (mais pas par le même journaliste : il y a aussi des problèmes de coordination dans le journal):
Est-ce nécessaire que les descentes de police dans les cités se fassent devant appareils photos et cameras ?
Réponse :
C’était parfaitement inutile. Et la présence de la presse dans ces conditions gêne l’action de la police.
Manque de coordination ? Sans doute. Mais si Monsieur Fillon, interrogé à nouveau, revenait sur ses positions et s'alignait sur celles de Monsieur Sarkozy (ce qui est probable), nous pourrions en déduire que le cogito cartésien (« je pense donc je suis ») se décline différemment : « Il pense donc il (me) suit ». Cogito qui pourrait d’ailleurs devenir la devise de tous les ralliés de tous bords aux candidats ayant quelques chances de l’emporter : « Ils pensent (à leur avenir) donc ils suivent ».