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lundi, avril 30, 2007

Football et macha

Nicolas Sarkozy, mécontent de voir Bayrou venir s'immiscer entre lui et Ségolène Royal, a lancé à maintes reprises en fin de semaine la même formule:

"C'est un peu comme la finale de la coupe du monde, la finale elle a lieu entre les deux premiers".

Cette métaphore sportive n'est pas chose nouvelle. Elle est même fréquente... au Brésil. Ainsi, alors qu'un sondage du 9 juin 2006 montrait que 48% des amateurs de football avaient l’intention de voter pour Lula (contre 40% chez ceux qui ne s’intéressent pas au football), celui-ci comparait "la période électorale avec la coupe du monde de football ". Et il ajoutait:

« J’ai appris avec le football qu’on ne touche pas à une équipe qui gagne »

Mais il concluait, et cela devrait intéresser Nicolas Sarkozy:

« Personne n’a gagné avant le coup de sifflet final de l’arbitre »

Qu'on se le dise!

En attendant, tous ceux qui rêvent d'être ministres de Sarkozy au plus haut niveau rivalisent dans la formule creuse et la bassesse pour se faire bien voir du patron. Côté formule creuse, c'est François Fillon qui déclare:

"Le drapeau c'est pas sur les balcons qu'il faut l'installer, c'est dans les coeurs qu'il faut l'accrocher".

Bon, d'accord, mais on fait comment pour s'accrocher un drapeau dans le coeur?

Côté bassesse, c'est Michèle Alliot-Marie qui lance:

"Nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui change aussi souvent d'idées que de jupe".

Nous savions que tous les conseillers de Sarkozy lui ont expliqué qu'il ne fallait pas, face à Ségolène Royal, apparaître comme un macho. Il a donc choisi de confier ce rôle à une femme. Laquelle femme, qui porte plutôt la culotte, a remplacé dans l'expression populaire "changer d'idée comme de chemise" la chemise par la jupe. C'est donc elle le macho de l'équipe. Ou faut-il dire la macho? En tout cas, il est impossible de dire la macha. Ce mot espagnol est en effet irrémédiablement (et logiquement, croyions-nous) masculin: le macho est toujours un homme je ne peux donc pas dire que MAM est macha. Mais en espagnol d'Argentine, macha a un tout autre sens: il signifie cuite, une cuite, au sens alcoolique du terme, celle après laquelle on a une gueule de bois.

A propos, et je sais que cela n'a rien à voir, j'écoute France Inter en écrivant ce billet et j'entend un journaliste faire la liste de toutes les personnalités qui se trouvaient hier au meeting du candidat de l'UMP puis conclure:

« Il ne manquait que Cécilia Sarkozy".

Où est-elle passée?

lundi, avril 23, 2007

Un verre ça va...

Bon, tout le monde connaît les résultats du premier tour et, sur le plan linguistique, ils n'ont pas apporté grand chose de très marquant.

Sarkozy a simplement lancé une nouvelle formule, le nouveau rêve français, qu'il avait testée le 19 avril à Marseille sous la forme un grand rêve français. A y regarder de plus près, le mot rêve et le verbe rêver sont absents de ses discours jusqu'au 18 décembre. Après cette date, il les utilise très exactement 147 fois, sous la forme je rêve.....ce rêve..... Mais le rêve français vient de sortir: il est sans doute destiné à remplacer rupture et identité nationale. Le très dévoué Jean-François Copé ne s'y est pas trompé: il a immédiatement repris la formule hier soir sur France 2. C'est ce qu'on appelle la voix de son maître.

En revanche, toujours sur France 2, il y a eu un moment très réjouissant. Bernard Tapie, ex homme d'affaires, ex dirigeant de club de football, ex ministre de François Mitterrand, ex taulard, aujourd'hui reconverti dans le théâtre et ayant rejoint Nicolas Sarkozy, était invité à donner son point de vue:

"Si je soutiens Ségolène Royal..."

Tout le monde le regarde, ahuri

"Euh... si je soutiens Nicolas Sarkozy..."Publier

Ah bon! Mais, une minute plus tard:

"En juin, Bayrou m'a demandé d'être candidat"

De nouveau, stupeur des participants, et il se reprend:

"Baylet (NB: le patron des radicaux de gauche) m'a demandé d'être candidat".

Et trente secondes après:

"Du temps où j'étais de gauche". Ca, on avait compris que ce temps était révolu.

Vous vous dîtes que je vais encore une fois m'amuser à analyser des lapsus. Même pas: Tapie était saoul, et il a mis ses bafouillages sur le compte du buffet trop arrosé. Comme quoi, un verre ça va, deux verres, bonjour les dégâts.

mardi, avril 17, 2007

Identité, identique, identifiable...

Nicolas Sarkozy nous promet donc que s'il était élu Président de la République nous aurions un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Moi dont l'un des pays, celui dans lequel j'ai passé les dix-huit premières années de ma vie est, vu de France, un pays étranger, je crois savoir ce qu'est l'immigration. Mais l'identité?

Pour le dictionnaire, c'est "le caractère de ce qui est identique". Vous avez envie d'être identique, vous? Et en plus d'être nationalement identique? Rien que l'idée me fait frémir.

Il est vrai que nous avons une carte nationale d'identité, vous savez, celle que l'on sort lorsqu'un monsieur en uniforme vous demande poliment: "Vos papiers!" Et là, l'identité prend un autre sens, non plus identique, ce qui est déjà rédhibitoire, mais identifié, voire identifiable. Le monsieur en uniforme qui vous demande poliment vos papiers a longtemps eu pour patron, comme vous savez, Nicolas Sarkozy, premier flic de France. Et ce monsieur Sarkozy veut donc que tous nous soyons identiques, identifiables ou identifiés. Je dois avouer que je n'ai pas du tout envie d'être identique, encore moins identifiable. Mais ce doit être génétique...

jeudi, avril 12, 2007

Mots contre mots

Le 10 avril, devant son "Conseil de campagne", Ségolène Royal a opposé la "France calme", celle qu'elle envisage, à la "France excitée", celle que nous préparerait son adversaire de l'UMP. Et l'on remarque le parallélisme entre les deux formules, un mot commun, France, et deux adjectifs en opposition, calme/excitée.

Le lendemain, hier donc, à Metz, elle consacrait une bonne partie de son discours à attaquer Sarkozy, et l'on retrouvait le même principe d'oppositions:

Chez Sarkozy

"méthode faite de brutalité, de rupture, de fracture"

"loi du plus fort"

"valeurs de destruction"

"France de la peur, antichambre de la haine"

Chez elle

"réforme sans brutalité"

"loi du plus juste"

"valeurs de construction"

"France de la paix civile"

Ségolène Royal a donc choisi d'attaquer Sarkozy de front, ignorant superbement les autres, mais cette attaque repose pour l'instant sur des oppositions qui se manifestent essentiellement au niveau des signifiants: brutalité/sans brutalité, plus fort/plus juste, destruction/construction, haine/paix... C'est-à-dire que nous assistons à une véritable "guerre de mots", mots contre mots (ou mots contre maux, mais je sais, le jeu est facile: les mots de Ségo, les maux de Sarko. Justement, ce matin dans Libération il parle des migraines, qui sont dit-il innées, comme la pédophilie...) qui justifie s'il le fallait l'entreprise que nous menons avec Jean Véronis d'analyse du discours des politiques. Décidément, il nous faut les remercier pour le corpus qu'ils nous fournissent gratuitement.

vendredi, mars 30, 2007

Le troisième larron

Mardi dernier, en Bretagne, François Bayrou s'en est pris conjointement à N. Sarkozy et S. Royal, «compère et commère» qui «s'entendent comme larrons en foire».

Trois mots vieillis, mais intéressants à analyser, car ils ont pris au cours des ans différents sens enchassés comme des poupées russes. Le compère (latin compater) est à l'origine le parrain, comme la commère est la marraine. A ce premier sens s'en ajoute un deuxième: le compère est un ami, comme la commère est une amie. Mais, après ce parrallélisme, les deux mots divergent dans leur troisième sens, puisque le compère est un complice pour une supercherie (un prestidigitateur par exemple peut avoir des compères dans la salle) tandis que la commère est une mauvaise langue qui colporte des ragots. Et l'on peut se demander auquel de ces sens empilés comme dans un mille-feuilles songeait Bayrou. Madame Royal colporte-t-elle à ses yeux des ragots? Est-ele une amie? Ou la marraine d'un de ses enfants? Et monsieur Sarkozy est-il un complice? Ou un parrain, au sens que le terme a pris dans le milieu?

Ce qui est sûr, c'est que, selon lui, ils «s'entendent comme larrons en foire». Ici encore, le mot est vieilli et désignait un voleur. On se souvient que le Christ était sur sa croix entouré d'un bon et d'un mauvais larron. Mais F. Bayrou, agrégé de lettres, se souvient peut-être, lui, de la fable de La Fontaine, Le Compère et l'Ane:

Tandis que coups de poing trottaient
Et que nos champions songeaient à se défendre
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron
.

C'est depuis lors que l'on parle du «troisième larron», celui qui tire les marrons du feu. Le «troisième homme», comme l'appelle la presse, se verrait-il dans ce rôle de troisième larron? On dit pourtant qu'il élève des chevaux. Or, chez La Fontaine, Aliboron était un âne...

vendredi, mars 09, 2007

Ca va être long

Et de fait ça a été long !

Hier Ségolène Royal rédactrice en chef du Grand journal de Canal Plus, puis Nicolas Sarkozy sur France 2, plusieurs pipes, un havane, deux whiskies et, en plus, une casserole que j'ai oubliée sur le feu...

Alors? Alors je vais vous livrer quelques remarques, par rubriques, et pour commencer:

Le look

Sarkozy était en costume bleu sombre, cravate presque dans le même ton, chemise blanche, poignets mousquetaires et boutons de manchettes (tiens, ça existe encore?), ruban rouge au revers, bref un air de bureaucrate à l'ancienne sortant de chez le coiffeur (mais deux ou trois cheveux rebelles, dressés en l'air, dépareillaient le brushing. En outre une grosse montre très voyante faisait un peu nouveau riche.

Quant à Ségolène Royal, tout le monde parle de son look, donc je passe.

Les verbes

J'ai noté à la volée, et Jean Véronis me confirmera ou pas après avoir consulté ses appareils, mais j'ai trouvé que Sarkozy utilisait beaucoup le verbe respecter, à la première personne: je respecte...? Qui? Tout le monde ou presque: Bayrou, les fonctionnaires, les auxiliaires parentales, les syndicats, les enseignants... Et, bien sûr, le syntagme verbal est le plus souvent suivi d'un mais:

"Je respecte X, mais..."

Côté Royal, c'est la formule "moi je veux" qui m'a semblé la plus fréquente.

Les formules

Toute la presse écrit ce matin que Sarkozy a annoncé que s'il était élu il créérait un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, ajoutant qu'il allait sur les brisées de Le Pen. En fait il a dit: "ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale": voudrait-il bouter les Français hors de France?

En outre a utilisé près de trente fois (tu vérifies, Jean?) le mot quartier avec le sens de "quartier difficile. Tiens donc! Il n'y a pas de quartiers à Neuilly, ou dans le XVI° arrondissement?

Royal pour sa part maintient son ordre juste, et elle le décline:

"Ordre social juste qui met fin à tous les désordres, et le principal désordre c'est l'injustice sociale"

C'est un peu redondant, mais au moins elle a de la suite dans les idées.

Elle est d'ailleurs revenue plusieurs fois sur des problèmes lexicaux:

-"Les Français ne parlent pas de hausse des prix mais de vie chère, les mots élémentaires de la vie quotidienne"

-"Je mettrai les mots justes sur la réalité de la vie".

On se souvient que Victor Hugo voulait mettre le bonnet rouge sur le vocabulaire, et Léo Ferré le noir, peut-être écrirons-nous un jour le dictionnaire de Ségolène Royal. Avec un bonnet rose?

Revenons à Sarkozy, qui a affirmé: "Les Etats Unis ont réussi avec le plein emploi". J'ai vérifié: le taux de chômage y était, en février, de 4,60 %, en augmentation par rapport à janvier. Mais il est vrai que par les temps qui courent, notre gouvernement à quelques hésitations dans la mesure du chômage en France. Alors, aux Etats-Unis...

En revanche, il a montré une grande sagacité en affirmant:

"Avant d'avoir deux enfants, il en faut un".

Je n'y aurais pas pensé.

Les grands moments

Sur Canal Plus, Ségolène Royal avait parmi d'autres invités (Cali, Jeanne Moreau...) la dauphine de miss France, sourde, venue avec son interprète. Plutôt émouvant. Et derrière Sarkozy, une jeune femme, longues jambes surmontées d'une robe rose, qui a réussi à garder un sourire figé et niais pendant deux heures. Ca méritait une citation. Moi j'avais au moins mon cigare et mon scotch. Mais ma casserole est foutue...

jeudi, février 22, 2007

Lapsuceurs, lapsuceuses...

Par les temps qui courrent, le personnel politique donne aux linguistes bien des satisfactions, trop peut-être car nous n'avons pas le temps d'analyser tout ce que nous engrangeons: il nous faut tout de même nous occuper de nos étudiants, de nos recherches, de nos colloques, de nos conférences... Mais dans leurs mots, leurs phrases, leurs lapsus, ils nous posent parfois quelques problèmes théoriques, ce dont je les remercie chaleureusement.

Freud a raconté l’histoire d’un jeune homme qui propose à une jeune fille de la raccompagner chez elle (en allemand : begleiten). Mais il ne dit pas begleiten, il dit begleitdigen , mot qui n’existe pas en allemand mais ressemble à beleidigen, « manquer de respect ». Pour le père de la psychanalyse, il faut entendre ici la rencontre (ou la convergence, ou l’interférence) entre ce que le jeune homme a voulu dire (begleiten) et ce qu’il refoulait (beleidigen) : le lapsus est une sorte de compromis phonétique entre deux intentions, l’une consciente, celle d’accompagner la jeune fille, et l’autre inconsciente, refoulée, celle de la "sauter". Le lapsus pourrait donc de façon générale être défini comme la manifestation phonétique, par contamination sonore, de l’inconscient.

On pourrait bien sûr dire que l’analyse de begleitdigen comme le masque de beleidigen n’est qu’un interprétation, celle de Freud. Certes. Mais ce qui est sûr, c’est que le jeune homme voulait dire begleiten et qu’il a dit begleitdigen, et de façon générale qu’un lapsus consiste à dire B à la place de A, A et B ayant des formes sonores proches.

Prenons deux exemples concrets, tous deux empruntés à Nicolas Sarkozy. En novembre 2006, lors d’une émission de télévision, pour montrer que les entreprises peuvent se reconvertir, il parle d’une usine de céramique de Limoges qui, dit-il, fabrique désormais des prothèses pour réparer les factures. Tout le monde comprend qu’il voulait dire fractures et, dans ce cas de figure, il dit bien B à la place de A mais B existe dans la langue. Ce lapsus est bien entendu analysable, on pourrait par exemple se demander à quelles factures pensait monsieur Sarkozy, ou s’il voulait éviter le mot fracture, trop connoté (la fracture sociale de Chirac, la fracture du couple, la rupture qui avait été au centre de ses discours et qu’il était en train d’abandonner..). Mais là n’est pas mon propos, et ce lapsus n’est ici que pour illustrer une typologie.

Deux mois plus tard, le même Sarkozy veut parler d’héritage mais, bizarrement, prononce héritation. Ce cas de figure est strictement parallèle à l’exemple de Freud mais il faut alors déterminer quel est l’autre mot qui, avec héritage, a produit par contamination sonore cet étrange héritation et, éventuellement, quel refoulé se trouve derrière. On peut songer à irritation (et se demander ce qui irritait Sarkozy ce jour-là), à hésitation, etc…

Dans les deux cas, donc, Sarkozy a voulu dire A (fracture, héritage) et a dit B (facture, héritation), mais dans le premier cas B (facture) existe dans la langue alors qu’il n’y existe pas dans le second cas (héritation). Je me propose donc de distinguer momentanément entre les lapsus de type AB (A et B existent) et les lapsusde type A*B (B n’existe pas) et de continuer à examiner d’autres productions de nos lapsuceurs politiques. J'aime bien ce mot, lapsuceur, qui tout en renvoyant à lapsus combine les verbes laper et sucer: il faudra le proposer à l'Académie Française pour son dictionnaire. Mais là n'est pas mon propos aujourd'hui.

J'ai en effet une nouvelle pièce à verser au dossier. Il y a quelques jours Rachida Dati, une porte-parole de Nicolas Sarkozy déclarait dans un débat télévisé:

« A Bercy on a autant de fonctionnaires de droite…euh des douanes ».

Notre lapsuceuse se trouve ici dans le cas AB, droite et douane étant deux mots légitimes de la langue. Mais qu'est-ce qui l'a fait passer de A à B, de droite à douane? On peut penser, bien sûr, à une attraction de l'expression droits de douane, ce qui est tout à fait plausible dans les débats actuels sur la fuite des capitaux, les délocalisations, etc. Mais le débat porte aussi sur les fonctionnaires, dont Nicolas Sarkozy veut réduire le nombre. Dès lors, passer de fonctionnaires des douanes à fonctionnaires de droite nous donne peut-être une indication sur le type de fonctionnaires que voudrait conserver le candidat de l'UMP. Je sais, je ne suis pas Freud, mais on peut bien s'amuser...

lundi, février 12, 2007

On pactise ?

Lors d'une émission de télé diffusée dimanche je demandais au publiciste Thierry Saussez où étaient passées la rupture et la France d'après de son candidat Nicolas Sarkozy. Il me répondit en substance: c'était là le discours du président de l'UMP, maintenant qu'il est candidat, il a un autre discours. Ah bon! Les mots sont donc si peu importants qu'on puisse ainsi les changer, les révoquer, les jeter?

Le moins qu'on puisse dire de Ségolène Royal est qu'elle reste pour sa part fidèle à ses mots, ou du moins à certains d'entre eux. Elle parle en effet depuis plus d'un an d'ordre juste et elle a promis hier un ordre économique et social juste, un ordre international juste, pour finalement mettre sa campagne sous le thème général suivant: Plus juste la France sera plus forte. Sur le plan rhétorique, elle a par ailleurs réussi à intégrer dans son discours la pratique que certains lui avaient reprochée, jouant sur le vous et le je: vous m'avez dit (durant les débats participatifs), j'ai entendu, je ferai..., créant ainsi une dialectique qui donnait l'impression d'une cohérence dans sa démarche.

En revanche elle a été moins originale avec un autre mot très utilisé hier, le mot pacte. Car ici , contrairement à l' ordre juste, elle n'est pas seule. Nicolas Hulot l'avait déjà utilisé pour son pacte écologique, et Nicolas Sarkozy a parlé hier de pacte républicain. Ségolène Royal a pour sa part évoqué successivement dans son discours un pacte présidentiel, un pacte d'honneur, un pacte de confiance, bref le pacte (d'honneur ou pas) est à l'honneur, ils veulent tous en signer un. Un pacte est une convention entre deux ou plusieurs parties, une promesse mutuelle, et bien sûr ni Royal ni Sarkozy ne veulent pactiser entre eux (on ne pactise pas avec le diable), ils veulent pactiser avec nous, nous proposer un contrat en quelque sorte. Qu'ils se retrouvent tous les deux sur le même mot est intéressant, mais il reste à voir si, derrière ce même signifiant, il mettent le même signifié.A suivre...

Mais, pour revenir au discours de Ségolène Royal, il reste qu'au delà de cet ordre juste et de ce pacte, les mots qu'elle a le plus utilisés sont jeune, jeunesse, famille et école. Et là, elle est plus originale, même si cela frappe moins.

mercredi, février 07, 2007

La guerre des mots au filtre créole

Je rentre d'une semaine à la Martinique, où m'avait précédé Ségolène Royal (mais nous n'y allions pas pour les mêmes raisons...) et j'en rapporte quelques éléments de réflexion amusants ou intéressants.

Vous avez noté que, depuis plus d'un an maintenant, les candidats se livrent à une véritable guerre des mots ou des expressions, se les disputant, se les piquant... Sarkozy lançait sa rupture et Royal rétorquait la rupture c'est moi. Elle lançait l'ordre juste, il essayait de le lui faucher, elle répliquait qu'avec lui c'était plutôt le désordre injuste et pour couronner le tout, le 29 novembre dernier, le ministre de l’éducation s’essayait lourdement au jeu de mots, en pleine controverse sur l’enseignement du français, comme pour banaliser ou ridiculiser l’expression : « l’ordre juste c’est l’ordre des mots, celui qu’enseigne la grammaire ». Encore un exemple:Ségolène Royal lançait en novembre 2006, devant les maires socialistes :

Si je dis « vie chère » au lieu de « pouvoir d’achat » ce n’est pas un hasard (...) La vie chère tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le pouvoir d’achat, lui, dépend des statistiques de l’INSEE qui s’obstine à le voir en hausse.

On comprend ce qu’elle veut dire ou ce qu’elle cherche : un parler simple, immédiatement compréhensible, plus proche des préoccupations des gens. Mais Nicolas Sarkozy ne peut pas résister, il s’engage sur son terrain sémantique et le 30 novembre sur A2, déclare :

Je dis pouvoir d’achat parce que la vie chère elle est d’autant plus chère qu’on n’a pas de pouvoir d’achat.
La phrase ne veut pas dire grand chose, mais elle marque la recherche d’une opposition, qui n’est ici que lexicale. On appelle cela, au football, « marquer l’adversaire à la culotte », mais il est malaisé de distinguer derrière ces oppositions lexicales des positions politiques vraiment opposées : on se bat non pas sur des idées mais sur des mots.

Le récent voyage de Ségolène Royal aux Antilles nous donne peut-être une autre façon de les comparer, comme s'ils étaient plus « vrais » lorsqu'ils avaient à se choisir quelques mots dans une autre langue...

Il y a un an Sarkozy allait à la Martinique, après un premier voyage annulé, et annonçait en créole :

On a dit que j’avais fui. Le jeune coq ne fuit pas. Je suis ici parmi vous.

En fait il avait dit coq-djenn, qui fut en général bien traduit par « coq de combat », celui qui porte des ergots d’acier et qu’on lance dans l’arène après l’avoir excité. Je ne sais pas si le candidat de l’UMP a déjà assisté à un combat de coqs, mais l’image est forte, révélatrice d’un ego particulier (sauf, bien sûr, si on n’a pas expliqué à Sarkozy les connotations de la formule qu’on lui avait soufflée).

Plus récemment, à la Martinique, Ségolène Royal se présentait en créole : «moin sé on fanm doubout». Puis elle déclarait à la Guadeloupe : «Moin ké kassé sa». La presse a traduit ces deux phrases mot à mot : « je suis une femme debout », « je vais casser ça ». En fait une fanm doubout est en créole celle qui tient la maison (on l’appelle aussi « poteau mitan », le poteau central qui tient le toit de la case), par opposition à la fanm couchée, qui ne résiste pas. Quant à kassé sa, l’expression m’a-t-on dit à la Martinique ne signifie pas « casser la baraque », ou « tout détruire » mais « changer les choses avec détermination», et serait une bonne traduction de son slogan changer fort.

Coq djenn contre fanm doubout, coq de combat contre femme libérée, la guerre des mots entre les deux candidats pourrait ainsi être lue au filtre de leurs déclarations en créole, qui en disent beaucoup sur leur personnalité ou sur l’image d’eux-mêmes qu’ils veulent donner que tout ce que nous avons entendui en français. On sait que pour Jacques Lacan l’inconscient était structuré comme un langage, mais c‘est peut-être ici le langage des candidats qui est structuré par leur inconscient.

lundi, janvier 29, 2007

Travailleuses, travailleurs

Jeudi dernier, le jour même où j’écrivais que le mot travailleurs était tombé en désuétude dans le vocabulaire politique récent (sauf chez l’inoxydable Arlette, bien sûr), Nicolas Sarkozy en truffait son discours à Saint-Quentin :

[Cette force,] nous la trouverons en rendant au travailleur la première place dans la société.
Je veux redonner au beau nom de travailleur le prestige qu’il a perdu, parce qu’en abaissant le travailleur on a abaissé l’Homme.
Je veux réhabiliter le travailleur qui a été trop longtemps ignoré par la droite et qui a été trahi par la gauche.
Je n’accepte pas qu’il puisse exister des travailleurs pauvres alors que l’on a déjà bien assez à faire avec ceux qui sont pauvres parce qu’ils n’ont pas de travail !
Les travailleurs - et je pense aussi aux employés, aux techniciens, aux ingénieurs, aux cadres - sont fiers de leur métier, ils considèrent qu’ils doivent le faire le mieux qu’ils peuvent.
A leur manière les travailleurs sont des résistants.
Il faut cesser de faire du travailleur la seule variable d’ajustement de l’économie.
J’ai le devoir de parler à tous ceux qui se sentent trahis par une gauche qui ne reconnaît plus le travail, qui ne comprend plus les travailleurs, qui n’écoute plus le peuple dans son aspiration à la sécurité, à l’identité, à la protection.

Eh bien ! J’ai changé, nous martelait-il récemment. Il n’a pas osé dire les travailleuses et les travailleurs, mais Arlette n’a qu’à bien se tenir. Après avoir appelé Jaurès et Blum, voilà que Sarkozy drague encore plus à gauche. Bientôt une alliance avec Bové ?

jeudi, janvier 18, 2007

Sarko: Moi, je

J'ai passé le discours de Nicolas Sarkozy à la moulinette, et il y a plein de choses très intéressantes qui émergent ! Je suis un peu pressé par le temps, parce que je file prendre le TGV pour Paris. Je participerai ce soir à la nouvelle émission politique d'Europe 1 (« Club Europe 1 France 2007 », animée en direct par Fabienne Le Moal et Jérôme Dorville de 18h00 à 21h00), mais je vous livre rapidement quelques petits chiffres amusants.

logo europe1

En une heure et dix huit minutes de discours, Nicolas Sarkozy a prononcé je, me, moi, ma 258 fois, c'est-à-dire une fois toutes les 18 secondes. Ca ne vous dit peut-être rien, mais c'est énorme... Un des discours les plus égocentrés que j'aie jamais analysé. Un quart des phrases commencent par je !

Allons un peu plus loin :
Si on n'a pas compris le message...

Bon, soyons justes... Ségolène Royal est assez «moi je», elle aussi. Juste un petit peu moins. En 30 minutes de discours, lors de sa présentation des voeux, elle a prononcé 72 fois je, me, moi, ma, c'est-à-dire une fois toutes les 25 secondes seulement, mais c'est déjà bien. Un cinquième de ses phrases commençaient par je.

Quant à je veux, elle l'a dit 24 fois (sur un discours qui représente un tiers de celui de Sarkozy en nombre de mots, ça fait à peu près la même proportion), mais pas une seule fois je veux être présidente, ni même je veux être.

Son truc à elle c'est je veux que (la France, la Nation, etc.). En gros, c'est entre eux l'opposition bien connue je veux être / je veux faire (ou plutôt je veux que les autres fassent...).

Ah là là, ces gosses. Ils pourraient dire je voudrais (être président), ou bien j'aimerais bien que (vous votiez pour moi). Et ajouter s'il vous plaît. Sinon, on risque de leur répondre « T'as demandé, t'auras pas !». Et toc. Retour des valeurs.

Rendre à César...

Après avoir cité Jaurès, voilà donc que Nicolas Sarkozy se met à citer François Mitterrand ! En visite à Saint-Malo, belle cité corsaire qui pousse aux envolées lyriques, il a du haut des remparts, déclaré :
Il y a quelques années, François Mitterrand dans une réplique superbe, avait dit : Vous n’avez pas le monopole du cœur.
Et d’enchaîner :

Moi, je laisserai le monopole du sectarisme à tous ceux qui veulent être sectaires.

Passons sur les « quelques années » : cela se passait il y a plus de trente ans. Lors du dernier débat avant le second tour des présidentielles de 1974, l’un des deux candidats a en effet déclaré « vous n’avez pas le monopole du cœur ». Mais c’était Valéry Giscard d’Estaing qui envoyait cette « réplique superbe » dans les dents de Mitterrand.

Alors, Sarkozy manque-t-il de culture ? Ou a-t-il fait un lapsus ? J’ai tendance à pencher pour la seconde hypothèse. Depuis dimanche dernier en effet, le candidat UMP tente de brouiller les cartes en mêlant thèmes de gauche et thèmes de droite. Devant l’apparent retour en grâce de Mitterrand dans l’opinion publique, il aurait ainsi essayé d’enlever à Ségolène Royal « le monopole de Mitterrand ». Mais de là à attribuer à ce dernier une réplique de Giscard !

mercredi, janvier 17, 2007

Mélange

J'ai eu quelques problèmes avec mon ordinateur et j'ai donc pris un peu de retard par rapport à l'actualité. Retour en arrière, donc.

Dans son discours d'investiture de dimache, Nicolas Sarkozy a donc prononcé 88 fois France, 52 fois le mot république et 32 fois le mot travail.

Mais ce qui me frappe le plus est ailleurs. D’une part dans ce qu’il n’a pas dit. Depuis un an ses discours sont truffés de rupture, dont il avait fait son thème central, expliquant qu'il fallait se demander "rupture contre quoi" et non pas "contre qui", puis transformant en cours de route cette rupture en rupture tranquille. Or, dans le très long discours qu' il a prononcé, le mot n'apparaît qu’une seule fois, dans une phrase voulant au contraire marquer sa continuité avec le gaullisme :

Il m’ont appris, parce qu'ils le savaient mieux que quiconque, ce qu'était le gaullisme : non une doctrine que le Général de Gaulle n'avait jamais voulu mais une exigence morale, l'exercice du pouvoir comme un don de soi, la conviction que la France n’est forte que lorsqu’elle est rassemblée, la certitude que rien n'est jamais perdu tant que la flamme de la résistance continue de brûler dans le cœur d’un seul homme, le refus du renoncement, la rupture avec les idées reçues et l’ordre établi quand ils entraînent la France vers le déclin.

Où donc est passée la rupture? Il est vrai que dans le même discours Sarkozy a utilisé dix 10 fois l’expression « j’ai changé ». Sur la rupture, c’est indiscutable.

M'a frappé enfin, une image : celle d’une affiche déclarant ensemble tout devient possible, mais sur laquelle on ne voit qu’une personne, Sarkozy. Ensemble avec qui?

La plus belle chose de cette journée, cependant, ce fut Béatrice Schönberg, présentatrice vedette de France 2 (et dans le privé femme du ministre Borloo) annonçant à la fin du journal le film de la soirée de… TF1. Le public faisant la pub du privé! Serait-elle achetée ? Ou alors Sarkozy la trouble-t-elle à ce point ? A moins que, bientôt privée de journal pour cause de campagne électorale, elle songe à passer à la concurrence…

Dernière chose, qui nous ramène à la bravitude de Ségolène Royal. On nous a dit qu'elle s'était inspiré d'un proverbe chinois disant en gros "qui n'est pas allé à la grande muraille n'est pas un brave". Vérification faite, le proverbe existe bien et dit que qui n'est pas allé sur la dite muraille n'est pas un "Hao Han" : traduction littérale "bon Han", ou « bon chinois ». En fait le dictionnaire Ricci traduit cette expression par « gaillard énergique, type courageux, un brave ». C'est marrant les langues! Imaginez un proverbe français qui dirait "qui n'a pas vu la tour Eiffel n'est pas un bon Français". Comment un Chinois le comprendrait-il? Qui n'a pas vu la tour Eiffel n'a pas de baguette? Ou encore n'a pas de béret basque?

mardi, décembre 12, 2006

J'ai deux amours

Hier je vous parlais du rapport approximatif de Françoise de Panafieu à la formule d’origine latine L’homme est un loup pour l’homme. Mais elle ne s’en est pas tenue là pendant le récent forum de l’UMP. Quelques phrases plus loin, en effet, elle disait :
Quand un pays est dictatorial, quelqu'un arrive, un président, qui veut libérer son Paris... euh son pays.
Son pays, son Paris. Chacun sait que Panafieu est candidate à la mairie de la capitale, et son lapsus est dès lors intéressant : elle se verrait en libératrice, puisqu’il est évident que le socialiste Bertrand Delanoë est un usurpateur... Pays/Paris. On peut aussi songer à Joséphine Baker qui chantait en 1930 :
J’ai deux amour, mon pays et Paris
En fait Panafieu a dit « libérer son Paris », elle ne l’a pas écrit, et cette transcription est un choix : on pourrait tout aussi bien entendre «son pari», même s'il est probable qu'il s'agissait bien de Paris. Alors, Paris ou pari ? Dans le second cas, Panafieu aurait-elle fait un pari dont elle voudrait se libérer ? Ou penserait-elle qu’un jeune loup (voir hier) pourrait la forcer à s’en libérer ? A suivre...

Pays/Paris (ou pays/pari), nous sommes de toute façon dans la dualité, dans des oppositions binaires. Il en est d’autres dans le paysage politique qui s’anime avant les fêtes de Noël. Alors que Sarkozy baisse pavillon en transformant sa rupture en rupture tranquille, Ségolène Royal publie sa première affiche sur laquelle on lit Pour que ça change fort.

Du côté du ministre de l’intérieur un mot de départ agressif, ou volontariste (la rupture), que l’on relativise avec l’adjectif tranquille : après un plus, un moins.

Du côté de la candidate socialiste l’annonce d’un but plus « tranquille », le changement (souvenons-nous de Giscard : le changement dans la continuité) que l’on renforce, c’est le cas de le dire : pour que ça change fort. Après un moins un plus.

Dans les deux cas on songe à des vases communicants sémantiques : l’un voulait tout casser (c’est le sens de rompre) l’autre seulement changer, l’une précise qu’il s’agira d’un fort changement, l’autre que la rupture sera tranquille. Le casseur se calme, la réformatrice gonfle ses muscles. Ici aussi, à suivre.

lundi, décembre 04, 2006

Les factures de Sarkozy

L'actualité linguistico-politique est décidément trop riche : j'ai oublié hier de commenter un passage de la prestation de Nicolas Sarkozy sur France 2. Dans la partie économique de son intervention, il a en effet évoqué une usine de céramique de Limoges qui s'était reconvertie en fabriquant
des prothèses pour réparer les factures.
Il voulait, bien sûr, parler de fractures. Mais quelle dette secrète ou inconsciente ce lapsus révèle-t-il ? S'agit-il d'ailleurs d'une dette ? De plusieurs dettes secrètes ou inconscientes ? Je n'en sais bien entendu strictement rien, mais j'aime bien ces petites failles dans le discours, lorsque percent, à fleurs de mots, d'étranges refoulés...

dimanche, décembre 03, 2006

Rubrique à brac

Tout d'abord, tentative de restitution d'une ambiance. Hier soir j'étais invité à l'émission 88 minutes d'une chaîne du cable, Direct 8. Nous étions quatre à avoir quelque chose à vendre, chacun son livre, et une députée socialiste qui n'avait rien à vendre mais était visiblement là pour faire contrepoids à un sénateur UMP, « sarkozyste de choc » selon le Canard enchaîné, qui, lui, avait écrit un livre. La femme et l'homme politiques affichèrent donc leurs différences, l'une de gauche, l'autre de droite. Mais ils se retrouvèrent unis sur les mêmes positions lorsque j'ai commencé à parler du discours politique, pour dire en gros que cela n'avait aucune importance, que les mots n'étaient que des mots... Petit détail : à l'écran, en marquant leurs différences, ils se vouvoyaient. En coulisse, avant l'émission, ils se tutoyaient et se faisaient la bise. C'est sans doute ce qu'on appelle le spectacle...
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Jeudi soir, à la mutualité, meeting de la Ligue Communiste. Olivier Besancenot déclare :

Je préfère parler d'anticapitalisme que d'antilibéralisme.
Jusque là, avec la "gauche du non", il parlait d'antilibéralisme. Mais au même moment, comme on sait, il s'éloigne des comités antilibéraux et confirme qu'il fera cavalier seul aux présidentielles. Comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.
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J'ai dans ma précédente rubrique évoqué le nouveau slogan de Nicolas Sarkozy, La rupture tranquille, soulignant qu'on ne pouvait pas ne pas y entendre un écho de celui de François Mitterrand en 1981, La force tranquille. Sur France Inter vendredi matin nous expliquions avec Jean Véronis qu'il y avait là une entreprise d'adoucissement vers laquelle les conseillers de Sarkozy l'entrainent en ce moment. Rupture est en effet un mot lourd, porteur d'agressivité, de drame. Il renvoie à une rupture d'anévrisme, de contrat de travail, de cable de téléphérique ou de couple. L'adjectif tranquille adoucit donc le mot, mais comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.

Dans un article du Journal du dimanche, Michèle Stouvenot explique que les communiquants jugent « stupide et creux » ce slogan, la rupture tranquille qui constitue un oxymore, comme jadis la continuité dans le changement de Giscard d'Estaing. Mais il ne s'agit que de mots comme disent la députée socialiste et le sénateur UMP.

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Samedi après-midi, sur fond de montagnes pyrénéennes, François Bayrou présente sa candidature. Ses conseillers en communication lui ont conseillé (c'est leur travail, aux conseillers, de conseiller) de ne parler ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais du PS et de l'UMP. Et l'un de ses partisans, l'ancien général Morillon, déclare :

Cette séparation idéologique entre droite et gauche ne correspond plus à rien. Il faut faire péter ces structures.
Ni gauche, ni droite, donc. Mais la députée de gauche et le sénateur de droite disent que les mots ne sont que des mots.
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Enfin jeudi soir, sur France 2, David Pujadas ouvre le journal en annonçant que le pape, en visite à Istanboul, est entré dans la mosquée bleue
chassé... euh chaussé de babouches.
Mais, bien sûr, comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, chassé et chaussé ne sont que des mots.

samedi, décembre 02, 2006

Messied : ça m'assied

Nous avons décortiqué sur France Inter le passage de Nicolas Sarkozy dans l'émission « A vous de juger » de jeudi soir (voir ici pour écouter l'émission). Un mot nous avait frappé (parmi bien d'autres, nous en reparlerons peut-être), l'usage du verbe messeoir :
Un peu de pudeur ne messied pas dans le débat public.
Nicolas Sarkozy n'est pas un grand amateur de mots compliqués (contrairement à Jean-Marie Le Pen, par exemple), et ça a dû lui échapper. C'est curieux, mais plein de gens ne connaissent plus ce verbe, qui signifie « ne pas convenir » (au départ, ne pas être sur son séant). Il fait partie de ces verbes moribonds, comme choir. Il n'existe plus guère qu'à la troisième personne, et à la forme négative.

Les militants qui ont transcrit le débat sur le site de l'UMP n'y ont visiblement compris goutte, et ont écrit :
Un peu de pudeur ne me sieds pas dans le débat public.
C'est à dire exactement l'inverse (faisons abstraction de la faute d'accord). Mais peut-être ont-ils pensé que c'était réellement la pensée de leur chef. Le doute est possible quand on se remémore le fiston mis en scène (« Bonne chance mon papa ! »), l'affichage avec Cécilia dans les magazines, et autres petites scènes de la pipolisation quotidienne chez les Sarkozy.

Nous avons interrogé l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait lancé en son temps la mode du relâchement de la pudeur politique (rappelez-vous : l'accordéon, le ski en famille, etc.). Il a confirmé lui aussi qu'il en revient :
Un peu de pudeur ne saurait méchoir.
Ca m'a scié.

jeudi, novembre 23, 2006

La rupture plie (mais ne rompt point ?)

Si vous avez écouté Nicolas Sarkozy à l'instant au JT de Patrick Poivre d'Arvor, vous aurez peut-être remarqué qu'un mot était bruyamment absent.

Plus question de rupture.

Les conseillers en communication de l'UMP ont peut-être réalisé que ce mot avait des connotations extrêmement négatives. La rupture n'est jamais drôle : rupture amoureuse, rupture du contrat de travail, rupture d'anévrisme, rupture de câble... Un mot typiquement anxiogène au moment où Ségolène Royal se fait plébisciter en jouant la mère rassurante, qui parle de bonheur et de sérénité ! D'ailleurs rupture avec qui, puisque la droite a tous les pouvoirs ? Avec la chiraquie sans doute. Ca fait désordre face à un PS rassemblé...

Mais toujours, en politique, un mot en chasse un autre. Le Grand Dictionnaire des Synonymes de la Langue de Bois est infini. Ce soir, le mot de rechange était renouvellement. Le mot a été martelé : renouvellement des générations, renouvellement des méthodes, renouvellement des idées. Des hommes ?

La rupture a plié pour un temps.

mercredi, novembre 22, 2006

Sarkozy et la famille

Nous avons dans Combat Pour l'Elysée signalé à quel point la vie privée de Nicolas Sarkozy affleurait dans son vocabulaire politique : il s'est mis à parler de rupture, puis d'immigration choisie et non pas subie, au moment où sa femme le quittait puis immigrait (temporairement) à New York. Il a apporté de l'eau à notre moulin le 12 octobre en déclarant :

Je veux l’unité de la famille, je suis le garant de l’unité de la famille.

Il parlait de l’UMP, bien sûr....

Or l'éditorialiste Jean-Michel Thénard écrit dans Libération d'aujourd'hui:

Depuis deux ans il réclamait la rupture ! Mais à peine le spectre du divorce avec les chiraquiens ressurgit-il que s'organise aussitôt une réunion de conciliation. Alors, rompre ou pas?

Décidément, Sarkozy n'échappe pas au vocabulaire des affaires de famille !

[voir aussi le billet de Jean]

Rupture et conciliation

Rupture et conciliation : ces mots forment un couple pour le meilleur et pour le pire ! Il y a réunion de conciliation après la rupture de la vie conjugale ; il y a phase de conciliation dans la rupture du contrat de travail pour motif personnel...

L'UMP a bien tenté une «réunion de conciliation» après les disputes internes, et les sifflets dont a été victime Michèle Alliot-Marie. Mais Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il n'irait pas.

Alors, vers un divorce par consentement mutuel, ou pour faute ? Faute de langage peut-être... Avec Sarko, pour qui le Verbe s'est fait Kärcher, ça ne serait pas étonnant !

[voir aussi le billet de Louis-Jean]