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lundi, avril 30, 2007

Football et macha

Nicolas Sarkozy, mécontent de voir Bayrou venir s'immiscer entre lui et Ségolène Royal, a lancé à maintes reprises en fin de semaine la même formule:

"C'est un peu comme la finale de la coupe du monde, la finale elle a lieu entre les deux premiers".

Cette métaphore sportive n'est pas chose nouvelle. Elle est même fréquente... au Brésil. Ainsi, alors qu'un sondage du 9 juin 2006 montrait que 48% des amateurs de football avaient l’intention de voter pour Lula (contre 40% chez ceux qui ne s’intéressent pas au football), celui-ci comparait "la période électorale avec la coupe du monde de football ". Et il ajoutait:

« J’ai appris avec le football qu’on ne touche pas à une équipe qui gagne »

Mais il concluait, et cela devrait intéresser Nicolas Sarkozy:

« Personne n’a gagné avant le coup de sifflet final de l’arbitre »

Qu'on se le dise!

En attendant, tous ceux qui rêvent d'être ministres de Sarkozy au plus haut niveau rivalisent dans la formule creuse et la bassesse pour se faire bien voir du patron. Côté formule creuse, c'est François Fillon qui déclare:

"Le drapeau c'est pas sur les balcons qu'il faut l'installer, c'est dans les coeurs qu'il faut l'accrocher".

Bon, d'accord, mais on fait comment pour s'accrocher un drapeau dans le coeur?

Côté bassesse, c'est Michèle Alliot-Marie qui lance:

"Nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui change aussi souvent d'idées que de jupe".

Nous savions que tous les conseillers de Sarkozy lui ont expliqué qu'il ne fallait pas, face à Ségolène Royal, apparaître comme un macho. Il a donc choisi de confier ce rôle à une femme. Laquelle femme, qui porte plutôt la culotte, a remplacé dans l'expression populaire "changer d'idée comme de chemise" la chemise par la jupe. C'est donc elle le macho de l'équipe. Ou faut-il dire la macho? En tout cas, il est impossible de dire la macha. Ce mot espagnol est en effet irrémédiablement (et logiquement, croyions-nous) masculin: le macho est toujours un homme je ne peux donc pas dire que MAM est macha. Mais en espagnol d'Argentine, macha a un tout autre sens: il signifie cuite, une cuite, au sens alcoolique du terme, celle après laquelle on a une gueule de bois.

A propos, et je sais que cela n'a rien à voir, j'écoute France Inter en écrivant ce billet et j'entend un journaliste faire la liste de toutes les personnalités qui se trouvaient hier au meeting du candidat de l'UMP puis conclure:

« Il ne manquait que Cécilia Sarkozy".

Où est-elle passée?

jeudi, avril 12, 2007

Mots contre mots

Le 10 avril, devant son "Conseil de campagne", Ségolène Royal a opposé la "France calme", celle qu'elle envisage, à la "France excitée", celle que nous préparerait son adversaire de l'UMP. Et l'on remarque le parallélisme entre les deux formules, un mot commun, France, et deux adjectifs en opposition, calme/excitée.

Le lendemain, hier donc, à Metz, elle consacrait une bonne partie de son discours à attaquer Sarkozy, et l'on retrouvait le même principe d'oppositions:

Chez Sarkozy

"méthode faite de brutalité, de rupture, de fracture"

"loi du plus fort"

"valeurs de destruction"

"France de la peur, antichambre de la haine"

Chez elle

"réforme sans brutalité"

"loi du plus juste"

"valeurs de construction"

"France de la paix civile"

Ségolène Royal a donc choisi d'attaquer Sarkozy de front, ignorant superbement les autres, mais cette attaque repose pour l'instant sur des oppositions qui se manifestent essentiellement au niveau des signifiants: brutalité/sans brutalité, plus fort/plus juste, destruction/construction, haine/paix... C'est-à-dire que nous assistons à une véritable "guerre de mots", mots contre mots (ou mots contre maux, mais je sais, le jeu est facile: les mots de Ségo, les maux de Sarko. Justement, ce matin dans Libération il parle des migraines, qui sont dit-il innées, comme la pédophilie...) qui justifie s'il le fallait l'entreprise que nous menons avec Jean Véronis d'analyse du discours des politiques. Décidément, il nous faut les remercier pour le corpus qu'ils nous fournissent gratuitement.

vendredi, mars 30, 2007

Le troisième larron

Mardi dernier, en Bretagne, François Bayrou s'en est pris conjointement à N. Sarkozy et S. Royal, «compère et commère» qui «s'entendent comme larrons en foire».

Trois mots vieillis, mais intéressants à analyser, car ils ont pris au cours des ans différents sens enchassés comme des poupées russes. Le compère (latin compater) est à l'origine le parrain, comme la commère est la marraine. A ce premier sens s'en ajoute un deuxième: le compère est un ami, comme la commère est une amie. Mais, après ce parrallélisme, les deux mots divergent dans leur troisième sens, puisque le compère est un complice pour une supercherie (un prestidigitateur par exemple peut avoir des compères dans la salle) tandis que la commère est une mauvaise langue qui colporte des ragots. Et l'on peut se demander auquel de ces sens empilés comme dans un mille-feuilles songeait Bayrou. Madame Royal colporte-t-elle à ses yeux des ragots? Est-ele une amie? Ou la marraine d'un de ses enfants? Et monsieur Sarkozy est-il un complice? Ou un parrain, au sens que le terme a pris dans le milieu?

Ce qui est sûr, c'est que, selon lui, ils «s'entendent comme larrons en foire». Ici encore, le mot est vieilli et désignait un voleur. On se souvient que le Christ était sur sa croix entouré d'un bon et d'un mauvais larron. Mais F. Bayrou, agrégé de lettres, se souvient peut-être, lui, de la fable de La Fontaine, Le Compère et l'Ane:

Tandis que coups de poing trottaient
Et que nos champions songeaient à se défendre
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron
.

C'est depuis lors que l'on parle du «troisième larron», celui qui tire les marrons du feu. Le «troisième homme», comme l'appelle la presse, se verrait-il dans ce rôle de troisième larron? On dit pourtant qu'il élève des chevaux. Or, chez La Fontaine, Aliboron était un âne...

vendredi, mars 09, 2007

Ca va être long

Et de fait ça a été long !

Hier Ségolène Royal rédactrice en chef du Grand journal de Canal Plus, puis Nicolas Sarkozy sur France 2, plusieurs pipes, un havane, deux whiskies et, en plus, une casserole que j'ai oubliée sur le feu...

Alors? Alors je vais vous livrer quelques remarques, par rubriques, et pour commencer:

Le look

Sarkozy était en costume bleu sombre, cravate presque dans le même ton, chemise blanche, poignets mousquetaires et boutons de manchettes (tiens, ça existe encore?), ruban rouge au revers, bref un air de bureaucrate à l'ancienne sortant de chez le coiffeur (mais deux ou trois cheveux rebelles, dressés en l'air, dépareillaient le brushing. En outre une grosse montre très voyante faisait un peu nouveau riche.

Quant à Ségolène Royal, tout le monde parle de son look, donc je passe.

Les verbes

J'ai noté à la volée, et Jean Véronis me confirmera ou pas après avoir consulté ses appareils, mais j'ai trouvé que Sarkozy utilisait beaucoup le verbe respecter, à la première personne: je respecte...? Qui? Tout le monde ou presque: Bayrou, les fonctionnaires, les auxiliaires parentales, les syndicats, les enseignants... Et, bien sûr, le syntagme verbal est le plus souvent suivi d'un mais:

"Je respecte X, mais..."

Côté Royal, c'est la formule "moi je veux" qui m'a semblé la plus fréquente.

Les formules

Toute la presse écrit ce matin que Sarkozy a annoncé que s'il était élu il créérait un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, ajoutant qu'il allait sur les brisées de Le Pen. En fait il a dit: "ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale": voudrait-il bouter les Français hors de France?

En outre a utilisé près de trente fois (tu vérifies, Jean?) le mot quartier avec le sens de "quartier difficile. Tiens donc! Il n'y a pas de quartiers à Neuilly, ou dans le XVI° arrondissement?

Royal pour sa part maintient son ordre juste, et elle le décline:

"Ordre social juste qui met fin à tous les désordres, et le principal désordre c'est l'injustice sociale"

C'est un peu redondant, mais au moins elle a de la suite dans les idées.

Elle est d'ailleurs revenue plusieurs fois sur des problèmes lexicaux:

-"Les Français ne parlent pas de hausse des prix mais de vie chère, les mots élémentaires de la vie quotidienne"

-"Je mettrai les mots justes sur la réalité de la vie".

On se souvient que Victor Hugo voulait mettre le bonnet rouge sur le vocabulaire, et Léo Ferré le noir, peut-être écrirons-nous un jour le dictionnaire de Ségolène Royal. Avec un bonnet rose?

Revenons à Sarkozy, qui a affirmé: "Les Etats Unis ont réussi avec le plein emploi". J'ai vérifié: le taux de chômage y était, en février, de 4,60 %, en augmentation par rapport à janvier. Mais il est vrai que par les temps qui courent, notre gouvernement à quelques hésitations dans la mesure du chômage en France. Alors, aux Etats-Unis...

En revanche, il a montré une grande sagacité en affirmant:

"Avant d'avoir deux enfants, il en faut un".

Je n'y aurais pas pensé.

Les grands moments

Sur Canal Plus, Ségolène Royal avait parmi d'autres invités (Cali, Jeanne Moreau...) la dauphine de miss France, sourde, venue avec son interprète. Plutôt émouvant. Et derrière Sarkozy, une jeune femme, longues jambes surmontées d'une robe rose, qui a réussi à garder un sourire figé et niais pendant deux heures. Ca méritait une citation. Moi j'avais au moins mon cigare et mon scotch. Mais ma casserole est foutue...

vendredi, mars 02, 2007

Tenable...

Présentant son programme concernant la recherche, Ségolène Royal a précisé qu'elle faisait des promesses tenables. On connaît l'expression promettre et tenir sont deux, que l'on a adaptée sous la forme plus populaire "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". Mais qu'est-ce qu'une promesse tenable? Le suffixe -able, qui peut s'ajouter à un nom ou à un verbe, marque comme on sait la possibilité (par exemple dans mangeable : que l'on peut manger) ou la qualité (dans valable :qui a de la valeur). Quant au verbe tenir, il est ici utilisé de façon très particulière, non pas avec le sens d'avoir mais d'observer fidèlement : tenir sa parole, ses engagements, un serment, un pari ou ses promesses. Et c'est sans doute parce qu'ils ont la réputation de promettre n'importe quoi que les politiques nous assurent qu'ils feront ce qu'ils disent. Libre à nous, bien sûr, de les croire...

Mais l'expression utilisée par Ségolène Royal est différente. Elle ne nous dit pas qu'elle tiendra parole, mais que sa parole est tenable, c'est-à-dire qu'il est possible de la tenir: Une promesse tenable est une promesse que l'on peut tenir, qui est finançable, applicable, raisonnable, faisable, envisageable, etc.... Veut-elle par là nous dire que certaines promesses ne le sont pas? On n'ose le penser!

mardi, février 13, 2007

La mère patrie

J'ai eu une grosse surprise hier pendant un de mes cours. J'analysais le discours de Ségolène Royal avec mes étudiants, et je voulais commenter le moment le plus poignant à mon avis, celui où elle se frappe la poitrine en criant «Je sais au fond de moi, en tant que mère...». Quoi qu'on pense de ses idées et de son programme, c'est une belle image. C'est à la minute 59:36 de son discours :



A l'aide de mon outil, Discours 2007, je cherche le mot mère dans son texte, et ô surprise... Le seul exemple attesté est le moment où elle parle du cas d'Odile, une mère célibataire. Rien à voir. Le passage le plus intense de son discours n'est tout simplement pas dans la version écrite, c'est une «interpolation» qu'elle a faite en direct. Elle est en train de parler de la précarité avec des accents dignes de l'Abbé Pierre (voir le texte). On sent la tension qui monte :
La France entrera en crise. Et c’est tout le lien social qui, de proche en proche, menacera de craquer. Il y a urgence. J’ai la ferme volonté d’empoigner ce problème à bras le corps.

A la minute, 59:36, elle diverge de son texte. Elle zappe la prochaine phrase, assez insipide :
Ecoutons là encore, les propositions et les attentes de ceux qui agissent tous les jours sur le terrain.

Et elle remplace ce morceau de pure langue de bois par une envolée magnifique, qu'elle débite d'une traite sans rien lire, et en se frappant la poitrine :
J'en ai la ferme volonté, je l'ai là, cheville au corps, parce que je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France, ce que j'ai voulu pour mes propres enfants (applaudissements) Et je veux que tous les responsables politiques soient aussi comme cela, c'est comme cela que nous réussirons à régler ce problème. Cet avenir, il est là, il est devant nous, et nous avons l'obligation, l'ardente obligation de réussir. J'en fais devant vous le serment (applaudissements nourris). Vous êtes là pour que je tienne ma parole et cette parole, nous la tiendrons ensemble (délire de la salle, standing ovation).

L'ovation dure de la minute 60:23 jusqu'à la minute 62:03. Près de deux minutes, ce qui est énorme dans un meeting...

Puis elle continue, et reprend le cours de son texte :
Mettre les parents devant leur responsabilité pour assumer leur rôle, tout leur rôle. Nous aiderons les mamans seules...

C'est ce passage improvisé qui sera repris sur toutes les télés... J'avais noté exactement la même chose avec Nicolas Sarkozy. Il devient bon quand il quitte son texte, et c'est là qu'il fournit ses meilleurs moments, qui sont souvent repris par les médias. Comme quoi, nos hommes et femmes politiques devraient fuir la bêtise et la ternitude de leurs conseillers en com...

Ségo, la mère. J'ai expliqué à diverses reprises qu'elle avait un vocabulaire maternel tout à fait nouveau dans la politique française. La mère rassurante, mais ferme, voire militaire... Ne serait-elle pas l'image moderne de la mère patrie ? Avez-vous noté l'absurdité de cette expression, d'ailleurs ? Patrie, ça vient de pater, le père. Peut-être que cet assemblage de termes un peu oxymorique, mais si ancré dans notre histoire, peut laisser supposer que nous cherchons confusément une incarnation de la patrie pas trop machiste ? Si c'est le cas, Ségo a ses chances !

lundi, février 12, 2007

On pactise ?

Lors d'une émission de télé diffusée dimanche je demandais au publiciste Thierry Saussez où étaient passées la rupture et la France d'après de son candidat Nicolas Sarkozy. Il me répondit en substance: c'était là le discours du président de l'UMP, maintenant qu'il est candidat, il a un autre discours. Ah bon! Les mots sont donc si peu importants qu'on puisse ainsi les changer, les révoquer, les jeter?

Le moins qu'on puisse dire de Ségolène Royal est qu'elle reste pour sa part fidèle à ses mots, ou du moins à certains d'entre eux. Elle parle en effet depuis plus d'un an d'ordre juste et elle a promis hier un ordre économique et social juste, un ordre international juste, pour finalement mettre sa campagne sous le thème général suivant: Plus juste la France sera plus forte. Sur le plan rhétorique, elle a par ailleurs réussi à intégrer dans son discours la pratique que certains lui avaient reprochée, jouant sur le vous et le je: vous m'avez dit (durant les débats participatifs), j'ai entendu, je ferai..., créant ainsi une dialectique qui donnait l'impression d'une cohérence dans sa démarche.

En revanche elle a été moins originale avec un autre mot très utilisé hier, le mot pacte. Car ici , contrairement à l' ordre juste, elle n'est pas seule. Nicolas Hulot l'avait déjà utilisé pour son pacte écologique, et Nicolas Sarkozy a parlé hier de pacte républicain. Ségolène Royal a pour sa part évoqué successivement dans son discours un pacte présidentiel, un pacte d'honneur, un pacte de confiance, bref le pacte (d'honneur ou pas) est à l'honneur, ils veulent tous en signer un. Un pacte est une convention entre deux ou plusieurs parties, une promesse mutuelle, et bien sûr ni Royal ni Sarkozy ne veulent pactiser entre eux (on ne pactise pas avec le diable), ils veulent pactiser avec nous, nous proposer un contrat en quelque sorte. Qu'ils se retrouvent tous les deux sur le même mot est intéressant, mais il reste à voir si, derrière ce même signifiant, il mettent le même signifié.A suivre...

Mais, pour revenir au discours de Ségolène Royal, il reste qu'au delà de cet ordre juste et de ce pacte, les mots qu'elle a le plus utilisés sont jeune, jeunesse, famille et école. Et là, elle est plus originale, même si cela frappe moins.

mercredi, février 07, 2007

La guerre des mots au filtre créole

Je rentre d'une semaine à la Martinique, où m'avait précédé Ségolène Royal (mais nous n'y allions pas pour les mêmes raisons...) et j'en rapporte quelques éléments de réflexion amusants ou intéressants.

Vous avez noté que, depuis plus d'un an maintenant, les candidats se livrent à une véritable guerre des mots ou des expressions, se les disputant, se les piquant... Sarkozy lançait sa rupture et Royal rétorquait la rupture c'est moi. Elle lançait l'ordre juste, il essayait de le lui faucher, elle répliquait qu'avec lui c'était plutôt le désordre injuste et pour couronner le tout, le 29 novembre dernier, le ministre de l’éducation s’essayait lourdement au jeu de mots, en pleine controverse sur l’enseignement du français, comme pour banaliser ou ridiculiser l’expression : « l’ordre juste c’est l’ordre des mots, celui qu’enseigne la grammaire ». Encore un exemple:Ségolène Royal lançait en novembre 2006, devant les maires socialistes :

Si je dis « vie chère » au lieu de « pouvoir d’achat » ce n’est pas un hasard (...) La vie chère tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le pouvoir d’achat, lui, dépend des statistiques de l’INSEE qui s’obstine à le voir en hausse.

On comprend ce qu’elle veut dire ou ce qu’elle cherche : un parler simple, immédiatement compréhensible, plus proche des préoccupations des gens. Mais Nicolas Sarkozy ne peut pas résister, il s’engage sur son terrain sémantique et le 30 novembre sur A2, déclare :

Je dis pouvoir d’achat parce que la vie chère elle est d’autant plus chère qu’on n’a pas de pouvoir d’achat.
La phrase ne veut pas dire grand chose, mais elle marque la recherche d’une opposition, qui n’est ici que lexicale. On appelle cela, au football, « marquer l’adversaire à la culotte », mais il est malaisé de distinguer derrière ces oppositions lexicales des positions politiques vraiment opposées : on se bat non pas sur des idées mais sur des mots.

Le récent voyage de Ségolène Royal aux Antilles nous donne peut-être une autre façon de les comparer, comme s'ils étaient plus « vrais » lorsqu'ils avaient à se choisir quelques mots dans une autre langue...

Il y a un an Sarkozy allait à la Martinique, après un premier voyage annulé, et annonçait en créole :

On a dit que j’avais fui. Le jeune coq ne fuit pas. Je suis ici parmi vous.

En fait il avait dit coq-djenn, qui fut en général bien traduit par « coq de combat », celui qui porte des ergots d’acier et qu’on lance dans l’arène après l’avoir excité. Je ne sais pas si le candidat de l’UMP a déjà assisté à un combat de coqs, mais l’image est forte, révélatrice d’un ego particulier (sauf, bien sûr, si on n’a pas expliqué à Sarkozy les connotations de la formule qu’on lui avait soufflée).

Plus récemment, à la Martinique, Ségolène Royal se présentait en créole : «moin sé on fanm doubout». Puis elle déclarait à la Guadeloupe : «Moin ké kassé sa». La presse a traduit ces deux phrases mot à mot : « je suis une femme debout », « je vais casser ça ». En fait une fanm doubout est en créole celle qui tient la maison (on l’appelle aussi « poteau mitan », le poteau central qui tient le toit de la case), par opposition à la fanm couchée, qui ne résiste pas. Quant à kassé sa, l’expression m’a-t-on dit à la Martinique ne signifie pas « casser la baraque », ou « tout détruire » mais « changer les choses avec détermination», et serait une bonne traduction de son slogan changer fort.

Coq djenn contre fanm doubout, coq de combat contre femme libérée, la guerre des mots entre les deux candidats pourrait ainsi être lue au filtre de leurs déclarations en créole, qui en disent beaucoup sur leur personnalité ou sur l’image d’eux-mêmes qu’ils veulent donner que tout ce que nous avons entendui en français. On sait que pour Jacques Lacan l’inconscient était structuré comme un langage, mais c‘est peut-être ici le langage des candidats qui est structuré par leur inconscient.

jeudi, janvier 18, 2007

Sarko: Moi, je

J'ai passé le discours de Nicolas Sarkozy à la moulinette, et il y a plein de choses très intéressantes qui émergent ! Je suis un peu pressé par le temps, parce que je file prendre le TGV pour Paris. Je participerai ce soir à la nouvelle émission politique d'Europe 1 (« Club Europe 1 France 2007 », animée en direct par Fabienne Le Moal et Jérôme Dorville de 18h00 à 21h00), mais je vous livre rapidement quelques petits chiffres amusants.

logo europe1

En une heure et dix huit minutes de discours, Nicolas Sarkozy a prononcé je, me, moi, ma 258 fois, c'est-à-dire une fois toutes les 18 secondes. Ca ne vous dit peut-être rien, mais c'est énorme... Un des discours les plus égocentrés que j'aie jamais analysé. Un quart des phrases commencent par je !

Allons un peu plus loin :
Si on n'a pas compris le message...

Bon, soyons justes... Ségolène Royal est assez «moi je», elle aussi. Juste un petit peu moins. En 30 minutes de discours, lors de sa présentation des voeux, elle a prononcé 72 fois je, me, moi, ma, c'est-à-dire une fois toutes les 25 secondes seulement, mais c'est déjà bien. Un cinquième de ses phrases commençaient par je.

Quant à je veux, elle l'a dit 24 fois (sur un discours qui représente un tiers de celui de Sarkozy en nombre de mots, ça fait à peu près la même proportion), mais pas une seule fois je veux être présidente, ni même je veux être.

Son truc à elle c'est je veux que (la France, la Nation, etc.). En gros, c'est entre eux l'opposition bien connue je veux être / je veux faire (ou plutôt je veux que les autres fassent...).

Ah là là, ces gosses. Ils pourraient dire je voudrais (être président), ou bien j'aimerais bien que (vous votiez pour moi). Et ajouter s'il vous plaît. Sinon, on risque de leur répondre « T'as demandé, t'auras pas !». Et toc. Retour des valeurs.

mercredi, janvier 17, 2007

Mélange

J'ai eu quelques problèmes avec mon ordinateur et j'ai donc pris un peu de retard par rapport à l'actualité. Retour en arrière, donc.

Dans son discours d'investiture de dimache, Nicolas Sarkozy a donc prononcé 88 fois France, 52 fois le mot république et 32 fois le mot travail.

Mais ce qui me frappe le plus est ailleurs. D’une part dans ce qu’il n’a pas dit. Depuis un an ses discours sont truffés de rupture, dont il avait fait son thème central, expliquant qu'il fallait se demander "rupture contre quoi" et non pas "contre qui", puis transformant en cours de route cette rupture en rupture tranquille. Or, dans le très long discours qu' il a prononcé, le mot n'apparaît qu’une seule fois, dans une phrase voulant au contraire marquer sa continuité avec le gaullisme :

Il m’ont appris, parce qu'ils le savaient mieux que quiconque, ce qu'était le gaullisme : non une doctrine que le Général de Gaulle n'avait jamais voulu mais une exigence morale, l'exercice du pouvoir comme un don de soi, la conviction que la France n’est forte que lorsqu’elle est rassemblée, la certitude que rien n'est jamais perdu tant que la flamme de la résistance continue de brûler dans le cœur d’un seul homme, le refus du renoncement, la rupture avec les idées reçues et l’ordre établi quand ils entraînent la France vers le déclin.

Où donc est passée la rupture? Il est vrai que dans le même discours Sarkozy a utilisé dix 10 fois l’expression « j’ai changé ». Sur la rupture, c’est indiscutable.

M'a frappé enfin, une image : celle d’une affiche déclarant ensemble tout devient possible, mais sur laquelle on ne voit qu’une personne, Sarkozy. Ensemble avec qui?

La plus belle chose de cette journée, cependant, ce fut Béatrice Schönberg, présentatrice vedette de France 2 (et dans le privé femme du ministre Borloo) annonçant à la fin du journal le film de la soirée de… TF1. Le public faisant la pub du privé! Serait-elle achetée ? Ou alors Sarkozy la trouble-t-elle à ce point ? A moins que, bientôt privée de journal pour cause de campagne électorale, elle songe à passer à la concurrence…

Dernière chose, qui nous ramène à la bravitude de Ségolène Royal. On nous a dit qu'elle s'était inspiré d'un proverbe chinois disant en gros "qui n'est pas allé à la grande muraille n'est pas un brave". Vérification faite, le proverbe existe bien et dit que qui n'est pas allé sur la dite muraille n'est pas un "Hao Han" : traduction littérale "bon Han", ou « bon chinois ». En fait le dictionnaire Ricci traduit cette expression par « gaillard énergique, type courageux, un brave ». C'est marrant les langues! Imaginez un proverbe français qui dirait "qui n'a pas vu la tour Eiffel n'est pas un bon Français". Comment un Chinois le comprendrait-il? Qui n'a pas vu la tour Eiffel n'a pas de baguette? Ou encore n'a pas de béret basque?

lundi, janvier 08, 2007

Bravitude

Visitant samedi la grande muraille de Chine, Ségolène Royal a rappelé une formule chinoise selon laquelle « qui n’y est pas venu sur la Grande muraille n’est pas un brave » et elle a conclu en souriant qu’elle était venue chercher la bravitude, son sourire montrant qu’elle s’amusait, ce qui est déjà un point positif. Bien sûr la presse s’est emparée de ce néologisme, puisque bravitude n’existe pas, même si le mot est formé de façon tout à fait acceptable, selon une règle permettant de passer d’un adjectif à un nom : plat + -itude donne platitude, et donc brave + itude donne bravitude. Mais il se trouve que nous avons déjà en français bravoure, emprunté à l’italien bravura... Alors, pourquoi bravitude ?

En fait les compositions en –itude, qui servent à faire un nom à partir d’un adjectif, viennent le plus souvent directement du latin : aptitude (latin aptitudo), certitude (certitudo), plénitude (plenitudo), habitude (habitudo), solitude (solitudo). D’autres sont formées en français à partir d’un adjectif : platitude, décrépitude... Mais ces formes sont rares et le suffixe –itude n’est plus productif. Encore que zénitude par exemple s’entende de plus en plus, à partir de zen. Royal a-t-elle pensé à zénitude ? Ou à attitude ? (on songe à la rock ‘n roll attitude prônée par un chanteur suisse). Dès lors la langue française serait désormais travaillée par la Ségolène attitude?

vendredi, janvier 05, 2007

Ségovoeux

Je disais avant-hier que les voeux des politiques sont un exercice mortellement ennuyeux en début de chaque nouvelle année. Ségolène Royal a surpris en transformant le genre à l'aide d'un véritable discours programmatique [texte intégral]. De quoi a-t-elle parlé ? Je ne sais pas si c'était nébuleux ou pas, mais elle avait l'air d'être sur un petit nuage :


Tout le monde a parlé de son O.P.A. sur le droit (opposable, désormais) au logement, mais le mot qu'elle a le plus prononcé c'est Europe. Les partisans du NON apprécieront. A comparer en tous cas avec le nuage des Sarkovoeux (enfin, ceux de la grand-messe de 2006 : l'attachée de presse de l'UMP m'a confirmé que Nicolas Sarkozy ne ferait pas de présentation de voeux cette année, se contentant de sa petite vidéo sur Internet [lire texte]).

Vous avez remarqué, si vous avez cliqué sur les liens, que j'ai mis en place un petit site avec le texte intégral des voeux de tous les présidentiables (ou ex...) que j'ai pu trouver : Ségo et Sarko, bien sûr, mais aussi Autain, Besancenot, Chirac, Chevènement, Lepage, Voynet...


J'ai installé un moteur de recherche qui permet de savoir qui a utilisé tel ou tel mot. Devinette: qui a utilisé le mot bonheur ? Réponse en cliquant. Vous verrez également les principaux mots-clés de chacun. Si chaque déclaration en elle-même est assez soporifique (encore que certains se lâchent: Voynet fait dans la poésie, Autain dans la déprime...), l'ensemble est assez parlant. Une sorte d'instantané de la politique française en ce début d'année 2007.

Bayrou présentera ses voeux à la presse le mardi 9 : je le rajouterai alors. Si vous avez connaissance d'autres voeux de candidats potentiels (ou qui l'ont été à un moment ou un autre), merci de me les signaler !

mardi, décembre 12, 2006

J'ai deux amours

Hier je vous parlais du rapport approximatif de Françoise de Panafieu à la formule d’origine latine L’homme est un loup pour l’homme. Mais elle ne s’en est pas tenue là pendant le récent forum de l’UMP. Quelques phrases plus loin, en effet, elle disait :
Quand un pays est dictatorial, quelqu'un arrive, un président, qui veut libérer son Paris... euh son pays.
Son pays, son Paris. Chacun sait que Panafieu est candidate à la mairie de la capitale, et son lapsus est dès lors intéressant : elle se verrait en libératrice, puisqu’il est évident que le socialiste Bertrand Delanoë est un usurpateur... Pays/Paris. On peut aussi songer à Joséphine Baker qui chantait en 1930 :
J’ai deux amour, mon pays et Paris
En fait Panafieu a dit « libérer son Paris », elle ne l’a pas écrit, et cette transcription est un choix : on pourrait tout aussi bien entendre «son pari», même s'il est probable qu'il s'agissait bien de Paris. Alors, Paris ou pari ? Dans le second cas, Panafieu aurait-elle fait un pari dont elle voudrait se libérer ? Ou penserait-elle qu’un jeune loup (voir hier) pourrait la forcer à s’en libérer ? A suivre...

Pays/Paris (ou pays/pari), nous sommes de toute façon dans la dualité, dans des oppositions binaires. Il en est d’autres dans le paysage politique qui s’anime avant les fêtes de Noël. Alors que Sarkozy baisse pavillon en transformant sa rupture en rupture tranquille, Ségolène Royal publie sa première affiche sur laquelle on lit Pour que ça change fort.

Du côté du ministre de l’intérieur un mot de départ agressif, ou volontariste (la rupture), que l’on relativise avec l’adjectif tranquille : après un plus, un moins.

Du côté de la candidate socialiste l’annonce d’un but plus « tranquille », le changement (souvenons-nous de Giscard : le changement dans la continuité) que l’on renforce, c’est le cas de le dire : pour que ça change fort. Après un moins un plus.

Dans les deux cas on songe à des vases communicants sémantiques : l’un voulait tout casser (c’est le sens de rompre) l’autre seulement changer, l’une précise qu’il s’agira d’un fort changement, l’autre que la rupture sera tranquille. Le casseur se calme, la réformatrice gonfle ses muscles. Ici aussi, à suivre.

mercredi, décembre 06, 2006

Le syndrome de la boulette

On connaissait « le syndrome du restaurant chinois ». Il va falloir désormais parler de « syndrome de la boulette ». Rien à voir avec la cuisine libanaise, dans laquelle les boulettes figurent en bonne place. La Boulette, c'est celle de Ségolène Royal, celle qu'ils attendent tous, à droite comme à gauche (plus discrètement de ce côté, ces temps-ci, mais certains se frotteraient peut-être les mains si... peut-être... sait-on jamais...). Il faut dire qu'elle avait prêté le flanc, en faisant son coming-out sur la chanson de Diam's du même nom au mois d'avril (voir ici). Tout un symbole ! Cette Boulette monstrueuse, tant désirée, ils vont désormais la voir à chaque pas de l'heureuse élue... Il y a comme ça des leitmotivs qui vont apporter leur petit contrepoint tout au long de la campagne. Pour Sarko, c'est la racaille, qu'on lui ressort à toutes les sauces (ce sera peut-être bientôt la rupture manquée...).

Alors bien sûr, que Ségolène Royal écoute un élu du Hezbollah, qu'elle accepte qu'il compare « par deux fois » Israël au nazisme, c'était presque trop beau. Ca y était. Enfin ! Et sur le terrain de prédilection de son adversaire : l'International, sur lequel elle est censée être nulle et non avenue. Sauf que l'affaire sentait la mauvaise fois à plein nez : on découvre qu'il y avait deux traducteurs, que la phrase que Mme Royal a écoutée n'était pas la même que celle que les journalistes ont entendue, comme le racontait l'excellent Antoine Sfeir hier soir dans C dans l'air, et que si le mot nazisme y est bien cité, le contexte en est nettement moins violent (le langage, toujours !). Le traitement de cette histoire par la presse est d'ailleurs pour le moins curieux (voir décryptage ici). Et puis enfin, l'ambassadeur de France, Bernard Emié, un homme prudent et expérimenté, était aux côtés de la Madone, et a assisté au même discours sans quitter la salle... Or, que représente-t-il sinon la politique étrangère de Jacques Chirac et du parti dirigeant actuel... l'UMP ?

Vous connaissez probablement l'histoire de l'homme qui criait au loup. Il faudrait inventer celle du parti qui criait à la boulette. Le plus drôle c'est que le jour où elle en fera une belle, une vraie, une grosse, personne n'y croira plus.

La politique c'est quand même une drôle de cuisine !

lundi, novembre 27, 2006

Appendix Segoleni

Dans l'histoire des tentatives d'intervention sur la langue il existe un document de base pour l’étude de l’évolution du latin, l'Appendix Probi, attribué au grammairien Probius (3e-4e siècles) mais sans doute rédigé vers 700 par des moines de Bobbio (Emilie Romagne). Quoiqu’il en soit, nous disposons là d’une liste à double entrée de mots ou d'expressions, sur le modèle « dites... ne dites pas... » : dans la colonne dites on trouve une forme latine classique et dans la colonne ne dites pas ce que disait vraiment les gens : speculum non speclum, masculus non masclus, angulus non anglus, etc... Ce document utile aux historiens de la langue témoigne bien sûr d’abord d’un fort purisme : son rédacteur anonyme ne voulait pas laisser aux linguistes de l’avenir des données historiques, il voulait mettre un frein à la dérive du lexique. Mais il n'empêche que nous pouvons en avoir une autre lecture et l'utiliser pour comprendre l'histoire.

Tel n’est pas bien sûr le but de Ségolène Royal, mais elle fait cependant la preuve d'une volonté de mesurer les mots et les expressions qu'elle utilise à l'aune de leur transparence. Selon Le Monde du 24 novembre elle aurait déclaré devant les maires socialistes :

Si je dis « vie chère » au lieu de « pouvoir d’achat » ce n’est pas un hasard (...) La vie chère tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le pouvoir d’achat, lui, dépend des statistiques de l’INSEE qui s’obstine à la voir en hausse.

Et elle demandait encore à ses partisans de remplacer désormais pension modeste par petite retraite... Derrière cela, un constat: les politiques ont tendance à se payer de mots, des mots que ne comprennent pas toujours les électeurs, et Ségolène Royal veut parler la langue des gens, la langue du peuple. Certains ne manqueront pas de voir là du populisme. D'autres de faire un parallèle avec le 1984 de George Orwell : pension modeste ou petite retraite, qu'importe, ce qui compte c'est que les fins de mois sont difficiles.

Mais je crois qu'on se tromperait à ne voir que cela dans cette entreprise qui constitue, à petite échelle certes, une politique linguistique. On peut bien sûr proposer une lecture ironique ou malveillante des propos de la candidate socialiste. Elle a lancé dimanche, lors de son investiture, des formules à connotation chrétienne ("aidons-nous les uns les autres"...) qui en ont fait sursauter ou ricaner beaucoup. Pourtant elle est peut-être en train de s'affranchir de la novlangue socialiste, d'un code poussiéreux, pour en inaugurer un autre (dont, bien sûr, l'avenir est d'être à son tour, un jour, poussiéreux).

En attendant, là où Michel Rocard se proposait naguère de parler vrai, Ségolène Royal laissera peut-être le souvenir d'une volonté de parler clair.

mercredi, novembre 22, 2006

Un éléphant ça blogue énormément

En 2002, Lionel Jospin avait déclaré sa candidature par un fax à l'AFP. Un peu froid, non ? Ca n'avait pas été très bien perçu. Mais les temps changent : il annonce aujourd'hui ses meilleurs voeux de bonheur son soutien à l'heureuse élue sur son blog. Quelques lignes sibyllines. Toujours très chaleureux.

Enfin, quand je dis soutien... C'est ce qu'annonce la presse (exemple). Mais le texte est tellement court que ça vaut la peine de le lire :
Certains d’entre vous m’ont demandé quelle sera mon attitude lors de la prochaine présidentielle. La réponse va de soi.

Ségolène Royal a été désignée de façon très nette par les adhérents du P.S. Elle est désormais la candidate de tous les socialistes dont je suis. Dans un combat que je sais difficile, je lui souhaite bonne chance.

D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite.

Lionel JOSPIN
Bel exercice de plume de bois ! Vous avez lu soutien, vous ? «La réponse va de soi», mais elle lui écorche visiblement les doigts. Quant à la dernière phrase, elle laisse la porte ouverte à tout. La victoire, pas sa victoire. Et si la campagne de Ségolène se transformait en fiasco... Il y aurait peut-être un recours...

mardi, novembre 21, 2006

Bleu, blanc... rouge !

J'ai déjà parlé des couleurs de Ségolène Royal, du blanc de ses tailleurs et du bleu de son site : les couleurs de Marie, pour celle que l'on a surnommée la Madone... Je ne sais pas si sa virginité politique est réelle ou supposée, mais j'ai été très frappé l'autre jour par ses premières réactions à son élection. On aurait dit les propos d'une jeune épouse (voir ici).

Mais j'ai été encore plus surpris le lendemain en voyant que son site Désirs d'avenir s'était métamorphosé. La jeune vierge politique s'est transformée en épouse du peuple français, et son site arbore désormais une page d'accueil pleine de rouge...

Vous savez certainement que dans beaucoup de cultures, le lendemain des noces, on affiche à la fenêtre la chemise ou le drap tâchés de sang, qui prouvent à la fois la virginité de l'élue, et la réalité du mariage (les militants ségolistes ont-ils eu inconsciemment le besoin de prouver l'une et l'autre, au cas où nous aurions douté ?)

Sveltlana Tolstaja explique dans les Cahiers slaves que le rituel se prolongeait dans certaines régions de Russie par des signes secondaires, drapeaux, foulards et tissus, évidemment tous de couleur rouge, que l'on attachait un peu partout autour de la maison.

Et pourquoi pas les sites Web ?

dimanche, novembre 19, 2006

La chanson comme affiche...

Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a popularisé la notion d’habitus, aurait pu étudier les goûts des Français en matière de chanson. Quelque chose comme « dis-moi ce que tu écoutes je te dirai qui tu es » : Brassens ou MC Solaar ? Juliette ou Joey Starr ? Johnny ou Patrick (je veux parler de Patriiiiiiiiick !, celui de la Bruelmania) ? Diams, Renaud ou Doc Gyneco ? Il ne l’a pas fait mais nous avons en ce moment sous les yeux (ou plutôt sous les oreilles) un corpus plein d’intérêt sur les rapports entre la chanson et les hommes et femmes politiques. Il fut un temps où les choses étaient simples : en gros on chantait La Marseillaise dans les meetings de droite (ou dans les manifestations aux Champs Elysées) et L’Internationale dans ceux de gauche (ou dans les défilés entre la République et la Bastille). Dans les deux cas, la chanson était utilisée comme affiche, ce qui n’a pas changé. Mais cette campagne électorale témoigne d’une redistribution des cartes assez originale. Qu’on en juge !

A l’extrême gauche, Olivier Besancenot considèrant sans doute que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même intervient sur le dernier disque de Joey Star, tout seul, comme un grand. Questions 1, c’est le titre du morceau, ne marquera certes pas l’histoire du rap mais on y trouve une formule intéressante. Posant une série de fausses questions (fausses parce qu’elles comprennent la réponse), « Est-ce que tu sais que... », il interpelle : Hey mon pote ! Mon pote : le style rappelle la façon dont, dans Le Monde du 28 avril, il invitait « Marie-George, Arlette et José » : « pourquoi pas autour d’une bouffe à quatre ? C’est moi qui régale ! ». Le style c’est l’homme, disait je ne sais plus qui, le style de Besancenot est décidément « popu », utilisant un argot un peu vieilli, un peu rétro. Le trotskysme façon Ligue Communiste n’innove pas beaucoup sur le plan lexical et se situe dans le courant rap sur le plan musical. Et la famille trotskyste apparaît donc comme nettement séparée en deux habitus : on n’imagine pas Arlette rappant avec Joey Star...

Passons au PS. Le 24 juin, tenant meeting dans son fief de Seine Maritime, Laurent Fabius entrait en scène sur une chanson de Cali, C’est quand le bonheur ? On hésitait à interpréter : s’agissait-il du bonheur pour lui s’il était devenu président ou du bonheur pour la France qui l’aurait élu ? Toujours est-il que l’on fit savoir que toute sa campagne sera mise sous le signe de cette chanson. Patatra ! Trois jours plus tard Cali expliquait qu’il n’avait pas été consulté et demandait à Fabius de retirer cette bande de ses meetings. A la mi-octobre, nouvelle chanson, de Jean-Louis Aubert celle-ci, Temps à nouveau, dans laquelle on apprenait que « les révolutions se font maintenant à la maison », que « de monde meilleur on ne parle plus », et dont le refrain scandait
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De prendre le souffle nouveau
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De nous jeter à l’eau.
De son côté, Dominique Strauss-Kahn utilisait un zouk dont la musique était nettement détournée du tube de l’été, Zidane y va marquer :
A gauche, à gauche, à gauche, tout le monde à gauche, Strauss-Kahn y va gagner, la gauche elle va passer...
Mais que voulait-il détourner? L’icône de Zidane ou l’ambiance des stades ? Quoiqu’il en soit, ces deux-là sont désormais hors-jeu.

Pendant ce temps, dans les meetings de Ségolène Royal, on passait Du courage ! de La Grande Sophie. Et Ségolène est maintenant au centre du jeu.

Les trois « compétiteurs » (vous avez remarqué que les candidats à la candidature n’étaient pas adversaires mais compétiteurs) nous fournissaient ainsi une sorte de typologie partielle de la chanson française d’aujourd’hui, trois styles très différents (et différents, bien sûr de celui de Besancenot), s’étalant du rock BCBG de Jean-Louis Aubert à ce que La Grande Sophie appelle elle-même de la « kitchen miousic » (Ségolène le sait-elle ?), en passant par le n’importe quoi chez DSK.

Mais ce n’est pas fini, car Ségolène a décidément inspiré les artistes. Sur l’air de Célimène (David Martial, 1975) le trio féminin « Classe affaire » chantait Ségolène (« Sé Sé Sé Ségolène ») et le groupe « Les gars de la Royal » mettait en ligne le Ségolèneroyalremix, inspiré de la même œuvre de David Martial. Et Laam présente sur scène sa chanson Si les femmes menaient le monde en disant :
Et si une femme devenait président, et si Ségolène dirigeait la France ?
Fermons le ban et passons au centre. Selon Le Monde du 13 novembre, François Bayrou entre en scène sur « un morceau techno-disco au tempo enlevé, mâtiné de rythmes andalous, Révélation, de Cerrone ». Révélation, tout un programme (politique ?). Mais que veut-il révéler ?

Côté Sarkozy, pas vraiment de chanson phare, mais on embauche des chanteurs qui s’affichent gentiment au premier rang d’un meeting: Doc Gyneco et Johnny Hallyday. Hallyday qui déclarait le 7 septembre sur RTL :
Je le dis et je le redis, je soutiens Sarkozy parce que c’est un homme que je connais depuis très très longtemps.
Et comme on l’interrogeait sur Renaud (qui venait de sortir une chanson, Elle est facho, qui se terminait par « elle vote Sarko »...), il lance : « Renaud n’a pas d’idées ». Dans la bouche de Johnny, cette affirmation prend évidemment une saveur toute particulière. Ce qui est sûr, c’est qu’ici on affiche un artiste et non pas une œuvre.

Nous pourrions poursuivre cette promenade aux marges de la chanson et de la politique (voir par exemple Philippe Katerine qui dans sa Marine Le Pen joue à Nostradamus et annonce la mort de l’égérie du FN le jour de ses 40 ans, le 8 décembre 2008). Mais ce large éventail de styles, ces choix des différents candidats, nous disent-ils quelque chose des publics visés, des électeurs ciblés ?

On voit bien que Sarkozy tente avec Doc Gyneco d’amadouer les jeunes électeurs.

Mais quels rapports entre Ségolène Royal et La Grande Sophie ? A-t-elle été choisie parce qu’elle est femme ? Parce que Ségolène a besoin de courage ? Parce qu’elle caractérise les électeurs potentiels de la candidate socialiste ? Ou parce qu’elle vient des Bouches du Rhône, grosse fédération du PS pro Ségolène ? Ce qui est sûr, c’est que la scansion du refrain, « du courage, du courage, du courage » (deux brèves une longue, répétées trois fois) rappelle un peu celle des slogans.

Et Bayrou ? Est-il vraiment convaincu que son électorat se retrouve dans la musique « techno-disco » ?

Graves questions... La réponse dans les urnes ?

vendredi, novembre 17, 2006

Heureuse élue

La Madone était aux anges hier soir (voir vidéo). On le comprend un peu. Versac la compare à une jeune lauréate de la Star'Ac toute émue, qui remercie le jury (pardon, les militants) en s'embrouillant les pinceaux, et en répétant dix fois les mêmes phrases creuses. Pas gentil. Moi, elle m'a fait penser à une jeune mariée, et je n'arrivais plus à m'enlever de la tête l'expression heureuse élue.
Je voudrais simplement vous dire tout le bonheur que je ressens...
Voilà, je suis très heureuse...
Et je vis intensément ce moment de bonheur...
Maintenant je veux méditer et vivre pleinement ce moment de bonheur...
Je mesure le fait de recevoir cet élan, d'être choisie...
Qui lui donne tout ce bonheur ? Les militants bien sûr (qui sont en train de lui donner un élan, un élan, un élan...), mais la vierge en blanc a trouvé preneur. Le peuple français. D'ailleurs l'élection présidentielle n'est elle pas une rencontre entre une femme et un peuple ?
Je pense que le peuple français a écrit cette histoire...
C'est le peuple qui s'est mis en mouvement...
La France a écrit une nouvelle page de cette histoire...
Et c'est le peuple français qui est en train d'écrire cette histoire...
Je vais mettre le peuple français au coeur du projet socialiste pour le mettre en mouvement...
Cha ba da ba da...

Mais attendez, on me dit que ce ne sont que des fiançailles. Il paraîtrait que les bans sont publiés pour le 22 avril 2007...

mardi, novembre 14, 2006

S'il n'en reste qu'un...

A la fin du mois d’août, José Bové annonçait être : «prêt à assumer le rôle de candidat unitaire antilibéral ». Ce n’est pas sa candidature virtuelle qui me retient mais sa formule : candidat unitaire antilibéral. On entendait en effet jusque là parler de «la gauche de la gauche » ou de « la gauche du non » et voilà qu’apparaissait une nouvelle définition de ce que nous avions appelé dans Combat Pour l’Elysée « la gauche sans nom » .

Dans Libération du 10 novembre, Olivier Besancenot, à propos de l’élection municipale de Bordeaux, reprenait exactement la même expression, parlant de « la liste unitaire antilibérale » que la ligue communiste avait proposée au PC. Et le 12 novembre le même PC décidait de proposer la candidature de Marie-George Buffet aux collectifs de la « gauche antilébérale », Buffet qui avait déjà déclaré maintes fois se voir comme « candidate du rassemblement antilibéral ».

Ce qui frappe dans tout cela, c’est qu’en quelques années une expression est apparue et qu’une autre a été abandonnée : l’antilibéralisme a condamné à la disparition l’anticapitalisme. L’aviez-vous remarqué ? On ne parle plus de capitalisme ou d’anticapitalisme. Ni les trotskystes ni les communistes n’utilisent ces termes, Ségolène Royal parle d’«ordre juste», Dominique Strauss-Kahn appelle de ses vœux « social-démocratie renouvelée », bref le capitalisme n’existe plus.

Enfin presque car il reste un révolutionnaire, un seul, qui a lancé fièrement le 7 novembre lors du débat l’opposant à S. Royal et DSK:
L’hypercapitalisme lamine tout !
Il s’agit bien sûr de la grande figure de gauche, Laurent Fabius. Ouf ! Le capitalisme existe encore, et il a un opposant...