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lundi, mars 12, 2007

Zzzzz...

Vous étiez sans doute nombreux à regarder hier les adieux de Jacques Chirac. J'ai eu pour ma part l'impression d'assister à un spectacle, le spectacle d'un imitateur dans le rôle du Président de la République. Tout y était. La gestuelle et les mimiques surjouées, et surtout cette façon toute personnelle de réaliser les liaisons sans enchaînement, tel un maître d'école qui veut imiter des fautes d'orthographes aux élèves, comme le Topaze de Pagnol: "les moutons...les moutonSSSSSSE".

Hier Chirac (ou son imitateur) a déclaré: "Nous couronsZZZZ...à la catastrophe".

Parmi les commentaires, relevons celui d'un proche de Sarkozy, Brice Hortefeux: "Nous voulons écrire une nouvelle page sans déchirer la précédente". Nous sommes loin désormais de la rupture, même tranquille.

samedi, janvier 06, 2007

Calendes grecques

Hier matin, Jacques Chirac présentait ses vœux aux « forces sociales » (syndicats ouvriers et patronaux) et il annonçait qu’il voulait
la réduction de l’impôt sur les sociétés à 20% en 20 ans. Pardon j’ai dit en 20 ans, je voulais dire en 5 ans... Un lapsus.
Lapsus autoproclamé, donc. A première vue, pourtant, il ne s’agit pas d’un lapsus (l’inconscient qui s’impose à fleur de mots contre la volonté du locuteur) : on a plutôt l’impression d’une attraction phonétique, le vingt de 20% menant à celui de 20 ans. Mais il l’affirme, c’est un lapsus !

Ce qui est intéressant ici, pourtant, c’est ce qu’il n’a pas dit : cinq ans: le temps d’un mandat présidentiel. Dans cinq ans, on verra si Sarkozy ou Royal ont baissé l’impôt sur les sociétés, semble vouloir nous dire le Président. Et il n’a sans doute pas fini de lancer ainsi des défis. Des défis aux autres, bien sûr : il n’a jamais tenu ses promesses et peut dire n’importe quoi, cela ne mange pas de pain, cela ennuie juste Sarkozy (pas Royal, qui est moins tenue que lui par ces engagements farfelus : comme le rappelle Libération l’impôt sur les sociétés est de 39% en Allemagne, 37% en Italie, 35% en Espagne, il est de 20% en Slovaquie et en Pologne, pays que Sarkozy justement a accusé de « dumping social »). Donc, avec cet objectif affirmé de 20%, Chirac se place en embuscade, pour faire un croche-pied ou un pied de nez à Sarkozy : t’es pas chiche de le faire, nah !

Alors, lapsus ?

Peut-être, mais à l’envers. Car ce qui est intéressant, ce n’est pas ce qu’il a dit (vingt ans) et ne voulait pas dire, mais c’est ce qu’il n’a pas dit (cinq ans). Peut-être en effet le Président, conscient de l’énormité de ce qu’il voulait dire, s’est-il inconsciemment corrigé : cinq ans ce n’est pas possible, trop court, alors vingt ans. Ce qui n’exclut pas ma thèse de l’attraction phonétique. Il aurait pu dire

réduction de l’impôt sur les sociétés à 30% en 30 ans

par exemple, ou

augmentation à 40% en 40 ans,

mais il voulait dire en cinq ans et ne l’a pas dit. Parce qu’il a hésité, inconsciemment cette fois-ci, devant un gros mensonge ? C’est peut-être en effet le «super menteur » des Guignols qui recule devant l’énormité de ses mensonges : les vingt ans seraient alors un écho phonétique aux 20% et, en même temps, l’équivalent des calendes grecques, ou de la semaine des quatre mercredis et des trois dimanches.

jeudi, janvier 04, 2007

Le nous et le vous

Rien ne ressemble plus à des vœux présidentiels que les vœux présidentiels de l’année précédente. Le 31 décembre dernier, Jacques Chirac n’a pas failli à cette règle, commençant par la même formule qu’en 2005

Mes chers compatriotes de métropoles, d’outre-mer et de l’étranger

terminant également de la même façon

Vive la République, vive la France

faisant entre les deux référence aux soldats français « qui sont engagés sur tous les continents au service de la paix » (2005) ou «qui défendent partout dans le monde la paix et les valeurs de la France » (2006), pensant « à toutes celles et tous ceux qui connaissent (2005) ou qui sont victimes de (2006) la maladie, la solitude », s’autocongratulant pour le recul du chômage qui «baisse » (2005) ou «baisse fortement » (2006), etc.

Pourtant, dans les espaces entre ces points de passage obligé, Jacques Chirac a notablement innové. Pour le décor tout d’abord: se détachant sur un fond de drapeaux français et européen, il faisait paradoxalement très candidat. Mais aussi pour le contenu. Il s’agissait sans doute de ses derniers vœux de Président, et nous aurions pu nous attendre à un bilan. Pas de bilan pourtant, mais presque un programme (« les cinq enjeux majeurs ») et un appel aux électeurs (« Faites vivre intensément vos convictions. Vous êtes le peuple souverain »). Ainsi il a prononcé sept fois le mot enjeu (contre zéro en 2005), trois fois le mot environnement (toujours zéro en 2005), a parlé du monde (sept fois) alors qu’il parlait en 2005 de mondialisation (quatre fois), a exprimé ses exigences (trois fois, contre zéro l’an dernier), de changement (deux fois contre zéro), des victimes (trois fois contre zéro encore) de la maladie, de la violence, de la solitude...

Mais la plus grande différence entre ces deux crus réside dans l’usage des pronoms personnels : dix-sept nous et un vous en 2005, douze nous et onze vous cette année. Nous c’est chaque fois la France et les Français, vous c’est chacun de nous si je puis dire. De ce point de vue, Chirac ne s’est pas seulement adressé au peuple, il a parlé à chacun des électeurs. Il ne manquait que « votez pour moi ». Jacques Chirac ne sera sans doute pas candidat, et cette invitation subliminale doit plutôt être comprise comme « votez pour qui j’aimerais que vous votiez », ce qui est une façon d’imposer sa présence dans la campagne et de rappeler à qui vous savez qu’il compte bien y jouer un rôle. Campagne que nous suivrons, ou que vous suivrez avec attention.

mercredi, janvier 03, 2007

2007: Meilleurs baîllements

Je trouve que les années finissent toujours bien. Les vitrines illuminées, le père Noël qui dépose les cadeaux sous le sapin, les enfants qui rient, la dinde qui tourne doucement dans la cheminée…

Les débuts d’année sont, eux, d’un ennui mortel. La gueule de bois, le sapin défraîchi qui fout des aiguilles partout, les tonnes de poubelles le 2 au matin dans les rues où les lampions n’arrivent même plus à faire illusion, et bien sûr la sempiternelle litanie des vœux. Comme d’hab, Jacques Chirac a ouvert le bal le 31 au soir, fidèle à lui-même, lisant ses prompteurs... Tiens, il n’avait pas les lunettes en écaille cette année.



Ca doit être ça le scoop. Parce que pour le reste, je me suis un peu demandé si on n'avait pas ressorti une vieille bande. « Mes chers compatriotes »... Oui, mais attention, pas n’importe lesquels : « de métropole, d'outre-mer, de l'étranger ». Il faut préciser. Pas ceux de la planète Mars, n’est-ce pas. C’est intéressant, la langue de bois : Mes chers compatriotes aurait suffit, puisque ça englobe normalement toutes les espèces connues, mais non, ça va mieux en le disant. Et on enchaîne : « Et je pense d'abord à toutes celles et à tous ceux qui sont victimes de la solitude, de la maladie, de la détresse. » Ben voyons, le bonheur et la santé surtout. Du moment que ça ne coûte rien… « Nos soldats qui défendent, partout dans le monde, la paix et les valeurs de la France. » Normal, c’est le chef des armées, tout de même. Et puis c’est mérité. Et le reste à l’avenant : des chômeurs en moins, des vies sauvées sur les routes en plus. Il y a des mots qui apparaissent : Internet, dont le chef de l’état salue la révolution (qui date quand même de 1990, mais bon, il lui a fallu d’abord un temps pour apprivoiser le mulot), les apprentis sorciers de l’extrémisme (bien trouvée celle-là, j’aime bien : je vois tout à fait Le Pen et de Villiers en Mickey diaboliques avec des balais qui dansent en train de chasser des torrents d’immigrés...). Il y a un mot qui a disparu, personne ne l’a remarqué. C’est comme dans les dictionnaires, on voit les mots qui entrent, jamais ceux qui sortent.

Vous donnez votre langue au Chi ?

Patriotisme.

Bon d’accord, il a été préempté par les Mickey de l’extrême droite… C’est devenu un mot qui pue (attention à compatriote, cependant, ce mot-là est porteur sain pour l’instant, mais bon, on ne sait pas comment ça peut évoluer).

Alors, face à ce désert linguistique, la presse cherche désespérément quoi dire. Et s’il y avait un indice d’une envie de tentative de déclaration cachée entre les lignes (bien cachée alors) ou un bon vieux tacle à Sarkozy… Il y a des 1er janvier qui doivent être bien pénibles dans les rédactions !

Ça fait 12 ans qu’on réécoute à peu près la même bande. Lassant. Remarquez, avant ce n’était pas mieux. Vous vous souvenez des vœux de Mitterrand ? Je vois que vous baillez. Giscard avait su nous faire rire au moins (si, rappelez vous, avec Anne-Aymone, en chandail près de la cheminée pendant le choc pétrolier: « Et maintenant Anne-Aymone va vous dire quelques mots »). Après, ou plutôt avant, j’ai un trou. J’ai zappé Pompidou (on ne disait pas encore comme ça). Il faut dire que j’étais étudiant. Pas la télé. Le souvenir le plus ancien que j’ai de cet exercice annuel et soporifique, c’est de Gaulle. Mais c’est autre chose. Au moins, lui, il savait parler. Et sauter sur sa chaise comme un cabri en levant ses bras ou ciel quand il fallait.

Cette année, les autres ne se sont pas cassé la tête. Plus de grand-messe salle Gaveau pour les Sarkovoeux. Lui et Ségo nous ont fait un petit clip sur leurs blogs. Internet, n’est-ce pas… C’est décidément la mode. Ché-bran comme disait Mitterrand.

Bon, allez, j’arrête, je ne veux pas vous déprimer dès le 3 janvier ! Encore que, en prenant tout ça au deuxième degré, il y a plutôt de quoi rire, non ?

Alors, je vous souhaite tout plein de choses pour cette nouvelle année. Plein d’amour surtout, c’est le plus dur. Et un(e) bon(ne) président(e) tout neuf, qui nous fasse bien rire pendant cinq ans. Moi, ça ne commence pas trop mal. Le Monde consacre une pleine page aux mots de la politique aujourd’hui. Nous y sommes amplement cités. Rien de tel qu’un bon bol d’égo tout frais pour commencer l’année ! Et puis, Nicolas (non, non, pas celui auquel vous pensez) a commencé à vendre la mèche, il y a plein de projets marrants qui se dessinent… On en reparlera ;-)

jeudi, novembre 02, 2006

Variations dans la continuité

Dans l'arsenal des pièges, piques, méchancetés, chausse-trapes et autres gracieusetés que le clan Chirac distille à l'endroit de Sarkozy (au fait, ça n'a rien à voir bien sûr, sauf l'initiale de leur nom : qui avait baptisé Sartre «l'agité du bocal»?), nous avons vu (ici) qu'une métaphore saisonnière était fort prisée chez les adversaires UMP du ministre de l'Intérieur. Il est une autre formule qui s'inscrit dans la continuité. Souvenez-vous : il y a plusieurs mois qui paraissent plusieurs siècles (c'était avant le CPE et Villepin se voyait un destin, comme naguère Giscard), le premier Ministre déclarait:
L'élection présidentielle est la rencontre d'un homme et d'un peuple.
Le 30 octobre, dans Le Figaro, Jacques Chirac reprend et développe la formule:
L’élection présidentielle, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Tel est l’esprit du gaullisme. Telle est la logique de l’élection du président au suffrage universel. Tout est donc possible.
Tout est possible, en effet. Un homme (ou une femme) et un peuple: Traduisons : les procédures de désignation du candidat de l'UMP (à propos, avez-vous remarqué, ça n'a rien à voir, bien sûr, qu'UMP est l'anagramme de PMU ?) n'ont rien à voir avec la conception gaulliste de l'élection présidentielle.

Je crois que nous n'en avons pas fini sur ce thème. Chiraquiens, Chiraquiennes (ou Chiraquistes, comme vous voudrez), faites travailler vos méninges, pour alimenter cette chronique. Et merci par avance.

lundi, octobre 23, 2006

Surnoms d'oiseau

La première partie du documentaire de Patrick Rotman consacré à Jacques Chirac vient de s'achever sur France 2. Vous êtes sans doute nombreux à l'avoir regardé. Avez-vous noté la profusion des surnoms que le film recense ? J'ai relevé au passage :
  • l'Hélicoptère (à Sciences Po, dans les années 50, tant il remue les bras) ;
  • le Bulldozer (quand il devient chargé de mission au cabinet du président Pompidou) ;
  • Serre La Louche (lorsqu'il est parachuté en Corrèze, où il en serre effectivement quelques-unes !) ;
  • Château Chirac (après l'achat du manoir de Bity, qui devint aussitôt monument historique restauré aux frais du contribuable) ;
  • Facho Chirac (quand Garaud et Juillet le positionnent très à droite pour torpiller Chaban) ;
  • Al Capone (quand il trahit l'UDR) ;
  • l'Agité (après l'appel de Cochin, où il appelle l'UDF, favorable à l'Europe, le «parti de l'étranger»).
On aura peut-être dans la deuxième partie les plus récents Brut de pomme ou Supermenteur popularisés par les Guignols de l'Info. Quel florilège ! Un surnom c'est une vacherie. Une dizaine, c'est un portrait...