vendredi, mars 30, 2007

Le troisième larron

Mardi dernier, en Bretagne, François Bayrou s'en est pris conjointement à N. Sarkozy et S. Royal, «compère et commère» qui «s'entendent comme larrons en foire».

Trois mots vieillis, mais intéressants à analyser, car ils ont pris au cours des ans différents sens enchassés comme des poupées russes. Le compère (latin compater) est à l'origine le parrain, comme la commère est la marraine. A ce premier sens s'en ajoute un deuxième: le compère est un ami, comme la commère est une amie. Mais, après ce parrallélisme, les deux mots divergent dans leur troisième sens, puisque le compère est un complice pour une supercherie (un prestidigitateur par exemple peut avoir des compères dans la salle) tandis que la commère est une mauvaise langue qui colporte des ragots. Et l'on peut se demander auquel de ces sens empilés comme dans un mille-feuilles songeait Bayrou. Madame Royal colporte-t-elle à ses yeux des ragots? Est-ele une amie? Ou la marraine d'un de ses enfants? Et monsieur Sarkozy est-il un complice? Ou un parrain, au sens que le terme a pris dans le milieu?

Ce qui est sûr, c'est que, selon lui, ils «s'entendent comme larrons en foire». Ici encore, le mot est vieilli et désignait un voleur. On se souvient que le Christ était sur sa croix entouré d'un bon et d'un mauvais larron. Mais F. Bayrou, agrégé de lettres, se souvient peut-être, lui, de la fable de La Fontaine, Le Compère et l'Ane:

Tandis que coups de poing trottaient
Et que nos champions songeaient à se défendre
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron
.

C'est depuis lors que l'on parle du «troisième larron», celui qui tire les marrons du feu. Le «troisième homme», comme l'appelle la presse, se verrait-il dans ce rôle de troisième larron? On dit pourtant qu'il élève des chevaux. Or, chez La Fontaine, Aliboron était un âne...

mardi, mars 13, 2007

Amodier

J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer la richesse du vocabulaire de Jean-Marie Le Pen. En voici un exemple concret. Je l'ai entendu ce soir au JT de PPDA, parlant de Royal, Bayrou et Sarkozy, qui pour lui sont «les représentants d'un système qui a mené la France au désastre», nous expliquer «qu'ils vont essayer de l'amodier»...

Connaissez-vous le verbe amodier ? Je n'en trouve que quelques centaines d'occurrences sur Yahoo...

Si vous ne le connaissez pas, vous aurez peut-être le réflexe d'ouvrir le Petit Larousse :

Amodier. v.t. Concédér par amodiation.

Bon, c'est un de ces jeux de piste qu'affectionnent les lexicographes. Allons voir amodiation :

Amodiation. n.f. DR. Exploitation d'une terre ou d'une mine moyennant une redevance périodique.

Le Petit Robert donne à peu près les mêmes définitions.

Mais alors, que cherche à nous dire Jean-Marie Le Pen ? Quel rapport avec l'agriculture ou les mines ? En fait, ce verbe a un homographe, encore moins fréquent, qui signifie «aménager». Le premier amodier vient de modius, « boisseau, muid (de blé) », le second de latin modus, «mesure» (comme mode, modérer, etc.). Ce deuxième amodier est si peu fréquent qu'il n'est même pas dans les dictionnaires courants.

Étonnant, tout de même, pour le champion supposé du populisme !

lundi, mars 12, 2007

Zzzzz...

Vous étiez sans doute nombreux à regarder hier les adieux de Jacques Chirac. J'ai eu pour ma part l'impression d'assister à un spectacle, le spectacle d'un imitateur dans le rôle du Président de la République. Tout y était. La gestuelle et les mimiques surjouées, et surtout cette façon toute personnelle de réaliser les liaisons sans enchaînement, tel un maître d'école qui veut imiter des fautes d'orthographes aux élèves, comme le Topaze de Pagnol: "les moutons...les moutonSSSSSSE".

Hier Chirac (ou son imitateur) a déclaré: "Nous couronsZZZZ...à la catastrophe".

Parmi les commentaires, relevons celui d'un proche de Sarkozy, Brice Hortefeux: "Nous voulons écrire une nouvelle page sans déchirer la précédente". Nous sommes loin désormais de la rupture, même tranquille.

vendredi, mars 09, 2007

Ca va être long

Et de fait ça a été long !

Hier Ségolène Royal rédactrice en chef du Grand journal de Canal Plus, puis Nicolas Sarkozy sur France 2, plusieurs pipes, un havane, deux whiskies et, en plus, une casserole que j'ai oubliée sur le feu...

Alors? Alors je vais vous livrer quelques remarques, par rubriques, et pour commencer:

Le look

Sarkozy était en costume bleu sombre, cravate presque dans le même ton, chemise blanche, poignets mousquetaires et boutons de manchettes (tiens, ça existe encore?), ruban rouge au revers, bref un air de bureaucrate à l'ancienne sortant de chez le coiffeur (mais deux ou trois cheveux rebelles, dressés en l'air, dépareillaient le brushing. En outre une grosse montre très voyante faisait un peu nouveau riche.

Quant à Ségolène Royal, tout le monde parle de son look, donc je passe.

Les verbes

J'ai noté à la volée, et Jean Véronis me confirmera ou pas après avoir consulté ses appareils, mais j'ai trouvé que Sarkozy utilisait beaucoup le verbe respecter, à la première personne: je respecte...? Qui? Tout le monde ou presque: Bayrou, les fonctionnaires, les auxiliaires parentales, les syndicats, les enseignants... Et, bien sûr, le syntagme verbal est le plus souvent suivi d'un mais:

"Je respecte X, mais..."

Côté Royal, c'est la formule "moi je veux" qui m'a semblé la plus fréquente.

Les formules

Toute la presse écrit ce matin que Sarkozy a annoncé que s'il était élu il créérait un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, ajoutant qu'il allait sur les brisées de Le Pen. En fait il a dit: "ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale": voudrait-il bouter les Français hors de France?

En outre a utilisé près de trente fois (tu vérifies, Jean?) le mot quartier avec le sens de "quartier difficile. Tiens donc! Il n'y a pas de quartiers à Neuilly, ou dans le XVI° arrondissement?

Royal pour sa part maintient son ordre juste, et elle le décline:

"Ordre social juste qui met fin à tous les désordres, et le principal désordre c'est l'injustice sociale"

C'est un peu redondant, mais au moins elle a de la suite dans les idées.

Elle est d'ailleurs revenue plusieurs fois sur des problèmes lexicaux:

-"Les Français ne parlent pas de hausse des prix mais de vie chère, les mots élémentaires de la vie quotidienne"

-"Je mettrai les mots justes sur la réalité de la vie".

On se souvient que Victor Hugo voulait mettre le bonnet rouge sur le vocabulaire, et Léo Ferré le noir, peut-être écrirons-nous un jour le dictionnaire de Ségolène Royal. Avec un bonnet rose?

Revenons à Sarkozy, qui a affirmé: "Les Etats Unis ont réussi avec le plein emploi". J'ai vérifié: le taux de chômage y était, en février, de 4,60 %, en augmentation par rapport à janvier. Mais il est vrai que par les temps qui courent, notre gouvernement à quelques hésitations dans la mesure du chômage en France. Alors, aux Etats-Unis...

En revanche, il a montré une grande sagacité en affirmant:

"Avant d'avoir deux enfants, il en faut un".

Je n'y aurais pas pensé.

Les grands moments

Sur Canal Plus, Ségolène Royal avait parmi d'autres invités (Cali, Jeanne Moreau...) la dauphine de miss France, sourde, venue avec son interprète. Plutôt émouvant. Et derrière Sarkozy, une jeune femme, longues jambes surmontées d'une robe rose, qui a réussi à garder un sourire figé et niais pendant deux heures. Ca méritait une citation. Moi j'avais au moins mon cigare et mon scotch. Mais ma casserole est foutue...

vendredi, mars 02, 2007

Lapsus croisés

Il y a quelques jours je rappellais ce lapsus de Nicolas Sarkozy le 30 novembre sur France 2, lorsqu'il avait parlé de cette usine de céramique qui

fabriquait des prothèses pour réparer les factures.

Et je m'interrogeais: pourquoi factures et non pas fractures?

François Fillon, conseiller politique de Sarkozy, nous a peut-être donné ce matin une partie de la réponse sur Canal plus. Interrogé sur l'article du Canard enchaîné selon lequel le ministre de l'intérieur aurait payé son appartement à moindre prix et aurait bénéficié d'un prix d'ami pour les travaux d'aménagement intérieur, F. Fillon a en effet expliqué que N. Sarkozy était bien sûr innocent de ces turpitudes et que depuis deux jours il s'était employé à

retrouver les fractures.

Tiens donc! Les fractures? Mais non, monsieur Fillon, les factures!

Ces lapsus croisés m'intriguent. Sarkozy dit factures au lieu de fractures, Fillon dit fractures au lieu de factures: mais qu'est-ce qu'ils ont donc? Je vous laisse tirer vos propres conclusions, mais face à ce numéro de duettistes on a envie de rappeler cette forte pensée de Saint-Exupéry je crois:

Aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.

Regardant dans la même direction, Sarkozy et Fillon éviteraient peut-être ce genre de lapsus en miroir.

Tenable...

Présentant son programme concernant la recherche, Ségolène Royal a précisé qu'elle faisait des promesses tenables. On connaît l'expression promettre et tenir sont deux, que l'on a adaptée sous la forme plus populaire "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". Mais qu'est-ce qu'une promesse tenable? Le suffixe -able, qui peut s'ajouter à un nom ou à un verbe, marque comme on sait la possibilité (par exemple dans mangeable : que l'on peut manger) ou la qualité (dans valable :qui a de la valeur). Quant au verbe tenir, il est ici utilisé de façon très particulière, non pas avec le sens d'avoir mais d'observer fidèlement : tenir sa parole, ses engagements, un serment, un pari ou ses promesses. Et c'est sans doute parce qu'ils ont la réputation de promettre n'importe quoi que les politiques nous assurent qu'ils feront ce qu'ils disent. Libre à nous, bien sûr, de les croire...

Mais l'expression utilisée par Ségolène Royal est différente. Elle ne nous dit pas qu'elle tiendra parole, mais que sa parole est tenable, c'est-à-dire qu'il est possible de la tenir: Une promesse tenable est une promesse que l'on peut tenir, qui est finançable, applicable, raisonnable, faisable, envisageable, etc.... Veut-elle par là nous dire que certaines promesses ne le sont pas? On n'ose le penser!