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lundi, avril 09, 2007

Electrochoc... tranquille

François Bayrou a donc annoncé hier que son élection serait un électrochoc tranquille, et l'on se gratte la tête: où vont-il chercher çà? Certes, électrochoc commence comme élection , mais cela ne suffit pas à justifier l'affirmation selon laquelle l'élection (de Bayrou) serait une électrochoc (pour qui?).

Selon le dictionnaire Robert, un électrochoc est un "procédé de traitement psychiatrique consistant à provoquer une perte de conscience, suivie de convulsions, par le passage d'un courant alternatif à travers la boîte crânienne". L'élection de François Bayrou serait donc un "traitement psychiatrique" qui provoquerait "une perte de conscience, suivie de convulsions". Mais à qui s'adresserait ce traitement? Qui perdrait conscience, aurait des convulsions? Je ne vois qu'une seule réponse: le corps électoral, c'est-à-dire vous et moi. Pauvres de nous! Avons-nous vraiment mérité ce "courant alternatif à travers la boîte crânienne"? Qu'aurions-nous fait qui mérite cette punition? Voté Bayrou?

Et en plus cet électrochoc serait tranquille. En d'autres termes: Nous allons vous faire passer du courant alternatif dans la boîte crânienne, vous perdrez conscience, aurez des convultions, mais ne vous en faites pas, ce sera dans la tranquillité. Bigre! On se souvient que Nicolas Sarkozy nous a déjà proposé le même genre d'oxymore avec sa rupture tranquille . Mais électrochoc tranquille, il fallait l'inventer!

Le PS a immédiatement répliqué que c'était Bayrou qui avait besoin d'un électrochoc, pour retrouver (après bien sûr la perte de conscience et les convulsions) la différence entre la droite et la gauche. C'est ce qu'on appelle l'arroseur arrosé, ou plutôt l'électrochoqueur électrochoqué...

vendredi, mars 30, 2007

Le troisième larron

Mardi dernier, en Bretagne, François Bayrou s'en est pris conjointement à N. Sarkozy et S. Royal, «compère et commère» qui «s'entendent comme larrons en foire».

Trois mots vieillis, mais intéressants à analyser, car ils ont pris au cours des ans différents sens enchassés comme des poupées russes. Le compère (latin compater) est à l'origine le parrain, comme la commère est la marraine. A ce premier sens s'en ajoute un deuxième: le compère est un ami, comme la commère est une amie. Mais, après ce parrallélisme, les deux mots divergent dans leur troisième sens, puisque le compère est un complice pour une supercherie (un prestidigitateur par exemple peut avoir des compères dans la salle) tandis que la commère est une mauvaise langue qui colporte des ragots. Et l'on peut se demander auquel de ces sens empilés comme dans un mille-feuilles songeait Bayrou. Madame Royal colporte-t-elle à ses yeux des ragots? Est-ele une amie? Ou la marraine d'un de ses enfants? Et monsieur Sarkozy est-il un complice? Ou un parrain, au sens que le terme a pris dans le milieu?

Ce qui est sûr, c'est que, selon lui, ils «s'entendent comme larrons en foire». Ici encore, le mot est vieilli et désignait un voleur. On se souvient que le Christ était sur sa croix entouré d'un bon et d'un mauvais larron. Mais F. Bayrou, agrégé de lettres, se souvient peut-être, lui, de la fable de La Fontaine, Le Compère et l'Ane:

Tandis que coups de poing trottaient
Et que nos champions songeaient à se défendre
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron
.

C'est depuis lors que l'on parle du «troisième larron», celui qui tire les marrons du feu. Le «troisième homme», comme l'appelle la presse, se verrait-il dans ce rôle de troisième larron? On dit pourtant qu'il élève des chevaux. Or, chez La Fontaine, Aliboron était un âne...

mardi, février 27, 2007

Coordination

J'ai longuement parlé de lapsus linguae dans mon précédent billet, je voudrais aujourd'hui attirer votre attention sur une forme un peu particulière de lapsus: le lapsus gestuel.

Hier soir, sur la Une, François Bayrou répondait aux "questions des Français". A un certain moment on lui dit que s'il était élu il n'aurait pas de majorité pour gouverner et il répond que pas du tout, au contraire, que les candidats aux législatives

venus de la droite ou venus de la gauche

se regrouperaient sous une étiquette présidentielle.

L'ennui est en prononçant "venus de la droite" il a, de sa main gauche, montré la gauche, et qu'en prononçant "venus de la gauche" il a, de sa main droite, montré la droite.

Problème de coordination? Ou dyslexie propre aux centristes?

mercredi, février 21, 2007

Troisième homme

La presse a commenté la phrase de François Hollande : «Le seul troisième homme possible, hélas! c'est Jean-Marie Le Pen».

Evidemment on pense tout de suite à Le Pen en 3e position, comme en 2002.

Mais on m'a fait remarquer qu'effectivement, le seul troisième HOMME possible était Le Pen, après Sarkozy et Bayrou (qui monte très fort dans les sondages...)

Sans doute pas voulu, mais rigolo !

jeudi, février 08, 2007

Les banlieues, c'est la zone !

Agrégé de Lettres classiques, François Bayrou est un véritable amoureux de la langue française, comme nous l’avons expliqué dans Combat pour l’Elysée. Hier soir, j’ai regardé la retransmission de son meeting de Bordeaux sur i-Télé, et il nous a encore fait une belle leçon de langue…

Bayrou n’aime pas les mots qu’on utilise pour parler des banlieues. Le mot banlieue lui-même a une connotation déplaisante, puisqu’il rappelle, dit-il, la mise au ban, l’exclusion. En fait, cette dérive est tardive, parce que justement au Moyen-Age, le ban était l’étendue de la juridiction du suzerain, du seigneur (d’où convoquer le ban et l’arrière-ban). La banlieue c’était, vers les Xe et XIe siècles, l’espace d’une lieue qui entourait une ville dans lequel l’autorité avait juridiction. Ce n’était pas une zone d’exclusion. Ce n’est que plus tard, au XVIè siècle que le mot ban a pris le sens d’exil, de rejet, que l’on a encore dans mettre au ban, bannir.

Le mot zone, nous rappelle-t-il, vient de zônê, «ceinture» en grec, et il a tellement été mis à toutes les sauces bureaucratiques qu’il en est devenu insupportable. Je n’avais encore pas vu de candidat qui nous fasse des citations en grec dans ses discours ! Ca décoiffe (mais on n'était pas sur TF1, là !) Et il enchaîne en rigolant les ZUS, les ZUP, les ZES, les ZIF… Cela rappelle l’extrait assez tordant d’un de ses discours de 2005 que nous citions dans le livre (page 105).

Reste quartier, que Bayrou va utiliser, faute de mieux, sans trop l’aimer non plus. Chirac, lui, dans ses vœux pour 2006, évitait de prononcer le mot banlieues après les événements de l’automne 2005, et parlait de territoires. L'expression n'avait guère eu de succès.

«Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots» disait Jaurès, très à la mode ces temps-ci.

dimanche, décembre 03, 2006

Rubrique à brac

Tout d'abord, tentative de restitution d'une ambiance. Hier soir j'étais invité à l'émission 88 minutes d'une chaîne du cable, Direct 8. Nous étions quatre à avoir quelque chose à vendre, chacun son livre, et une députée socialiste qui n'avait rien à vendre mais était visiblement là pour faire contrepoids à un sénateur UMP, « sarkozyste de choc » selon le Canard enchaîné, qui, lui, avait écrit un livre. La femme et l'homme politiques affichèrent donc leurs différences, l'une de gauche, l'autre de droite. Mais ils se retrouvèrent unis sur les mêmes positions lorsque j'ai commencé à parler du discours politique, pour dire en gros que cela n'avait aucune importance, que les mots n'étaient que des mots... Petit détail : à l'écran, en marquant leurs différences, ils se vouvoyaient. En coulisse, avant l'émission, ils se tutoyaient et se faisaient la bise. C'est sans doute ce qu'on appelle le spectacle...
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Jeudi soir, à la mutualité, meeting de la Ligue Communiste. Olivier Besancenot déclare :

Je préfère parler d'anticapitalisme que d'antilibéralisme.
Jusque là, avec la "gauche du non", il parlait d'antilibéralisme. Mais au même moment, comme on sait, il s'éloigne des comités antilibéraux et confirme qu'il fera cavalier seul aux présidentielles. Comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.
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J'ai dans ma précédente rubrique évoqué le nouveau slogan de Nicolas Sarkozy, La rupture tranquille, soulignant qu'on ne pouvait pas ne pas y entendre un écho de celui de François Mitterrand en 1981, La force tranquille. Sur France Inter vendredi matin nous expliquions avec Jean Véronis qu'il y avait là une entreprise d'adoucissement vers laquelle les conseillers de Sarkozy l'entrainent en ce moment. Rupture est en effet un mot lourd, porteur d'agressivité, de drame. Il renvoie à une rupture d'anévrisme, de contrat de travail, de cable de téléphérique ou de couple. L'adjectif tranquille adoucit donc le mot, mais comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.

Dans un article du Journal du dimanche, Michèle Stouvenot explique que les communiquants jugent « stupide et creux » ce slogan, la rupture tranquille qui constitue un oxymore, comme jadis la continuité dans le changement de Giscard d'Estaing. Mais il ne s'agit que de mots comme disent la députée socialiste et le sénateur UMP.

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Samedi après-midi, sur fond de montagnes pyrénéennes, François Bayrou présente sa candidature. Ses conseillers en communication lui ont conseillé (c'est leur travail, aux conseillers, de conseiller) de ne parler ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais du PS et de l'UMP. Et l'un de ses partisans, l'ancien général Morillon, déclare :

Cette séparation idéologique entre droite et gauche ne correspond plus à rien. Il faut faire péter ces structures.
Ni gauche, ni droite, donc. Mais la députée de gauche et le sénateur de droite disent que les mots ne sont que des mots.
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Enfin jeudi soir, sur France 2, David Pujadas ouvre le journal en annonçant que le pape, en visite à Istanboul, est entré dans la mosquée bleue
chassé... euh chaussé de babouches.
Mais, bien sûr, comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, chassé et chaussé ne sont que des mots.

mardi, novembre 28, 2006

La gifle

Tout le monde se souvient de l'image de François Bayrou donnant une gifle à un gamin qui lui faisait les poches pendant la campagne 2002. Je ne sais pas si vous avez la même perception que moi, mais je n'ai pas souvenir que les médias aient parlé du contexte. C'est dommage.

François Bayrou le raconte dans l'interview qu'il a accordée récemment à Nicolas Voisin (PoliTIC'Show). Vous verrez que l'image prend plus de profondeur de champ quand on restitue les mots qui sont autour.
C'est une histoire qui n'a pas été racontée. On a gardé la gifle mais pas son contexte, alors je le raconte si on a cinq minutes. Ca se passe à Strasbourg... Je suis dans une mairie du quartier avec la maire de Strasbourg, une femme donc, qui est à l'époque une de mes amies, que j'ai contribué à faire élire. On entre dans la mairie de quartier, tout d'un coup les vitres se mettent à voler parce que des pierres sont jetées. Il y a une espèce d'émeute à l'extérieur. Le préfet téléphone en disant : « Vous n'êtes pas en sécurité, vous ne pouvez pas restez là, échappez-vous. » Alors on décide d'évacuer la mairie, toujours sous les vitres qui volent. Les forces de l'ordre sont à deux cent mètres et n'osent pas approcher tant la réputation du quartier est une réputation catastrophique. Et on on part vers les voitures. Tout d'un coup jaillissent du groupe de jeunes qui étaient là --beurs, immigrés, durs-- jaillissent de ce groupe des insultes à l'égard de la maire de Strasbourg. Des insultes sexistes d'une violence telle que je ne peux évidemment pas les répéter devant vous.

Et alors mon sang ne fait qu'un tour, et je me dis : moi vivant ça ne se passera pas comme ça. Donc au lieu de partir dans la voiture, je pars vers le groupe des gens. Je file sur eux. A ce moment-là commence une discussion extrêmement violente, notamment avec le père du gamin qui aura cet accident quelques minutes après, sur le thème islam. Parce que j'avais pris un texte sur le voile islamique qui était l'objet de polémiques intenses sur ce sujet à cette époque. C'est extrêmement violent, extrêmement dur avec plusieurs dizaines de personnes autour de moi --vous regarderez les images-- quand machinalement je passe la main dans mes poches pour voir si j'ai tout à sa place, passeport et carnet et stylo.

Tout d'un coup dans ma poche, sur ma carte bleue, je trouve une main qui était en train de me faire les poches. Et a claque est partie, évidemment plus vite l'éclair parce que je n'ai pas réfléchi. C'était un réflexe. En réalité les gens ont apprécié ça. Parce que c'était un geste non pas de policier, mais un geste de père de famille.
Pourquoi les médias n'ont-ils pas pris le temps de nous raconter la totalité de l'histoire ? Le choc des images serait-il désormais plus important que le poids des mots ? En regardant la télé, j'ai parfois l'impression de lire une BD dont on aurait effacé les bulles...

La transcription intégrale (près de trois heures d'entretien) a été réalisée dans le cadre du projet Parole 2007, que nous avons lancé avec les étudiants de l'université de Provence. Le but est de constituer une archive pour des études futures. Il y aura bientôt d'autres paroles de prétendants à l'Elysée, avec peut-être d'autres petites perles comme celle-ci.

mardi, novembre 21, 2006

Politiques à moitié frappés

François Bayrou a dénoncé sur Radio J ce qu'il appelle «l'hémiplégie française», c'est-à-dire «le schéma traditionnel classique gauche contre droite». Il a renouvelé dans le même entretien sa proposition de travailler «avec des gens qui ont été ou qui sont au PS», mais je ne sais pas s'il a réalisé, notre agrégé de lettres classiques, qu'hémiplégie vient du grec hémiplêgos, c'est-à-dire à moitié frappé... Une entrée en matière comme ça, ça risque de paralyser les débats.

dimanche, novembre 19, 2006

La chanson comme affiche...

Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a popularisé la notion d’habitus, aurait pu étudier les goûts des Français en matière de chanson. Quelque chose comme « dis-moi ce que tu écoutes je te dirai qui tu es » : Brassens ou MC Solaar ? Juliette ou Joey Starr ? Johnny ou Patrick (je veux parler de Patriiiiiiiiick !, celui de la Bruelmania) ? Diams, Renaud ou Doc Gyneco ? Il ne l’a pas fait mais nous avons en ce moment sous les yeux (ou plutôt sous les oreilles) un corpus plein d’intérêt sur les rapports entre la chanson et les hommes et femmes politiques. Il fut un temps où les choses étaient simples : en gros on chantait La Marseillaise dans les meetings de droite (ou dans les manifestations aux Champs Elysées) et L’Internationale dans ceux de gauche (ou dans les défilés entre la République et la Bastille). Dans les deux cas, la chanson était utilisée comme affiche, ce qui n’a pas changé. Mais cette campagne électorale témoigne d’une redistribution des cartes assez originale. Qu’on en juge !

A l’extrême gauche, Olivier Besancenot considèrant sans doute que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même intervient sur le dernier disque de Joey Star, tout seul, comme un grand. Questions 1, c’est le titre du morceau, ne marquera certes pas l’histoire du rap mais on y trouve une formule intéressante. Posant une série de fausses questions (fausses parce qu’elles comprennent la réponse), « Est-ce que tu sais que... », il interpelle : Hey mon pote ! Mon pote : le style rappelle la façon dont, dans Le Monde du 28 avril, il invitait « Marie-George, Arlette et José » : « pourquoi pas autour d’une bouffe à quatre ? C’est moi qui régale ! ». Le style c’est l’homme, disait je ne sais plus qui, le style de Besancenot est décidément « popu », utilisant un argot un peu vieilli, un peu rétro. Le trotskysme façon Ligue Communiste n’innove pas beaucoup sur le plan lexical et se situe dans le courant rap sur le plan musical. Et la famille trotskyste apparaît donc comme nettement séparée en deux habitus : on n’imagine pas Arlette rappant avec Joey Star...

Passons au PS. Le 24 juin, tenant meeting dans son fief de Seine Maritime, Laurent Fabius entrait en scène sur une chanson de Cali, C’est quand le bonheur ? On hésitait à interpréter : s’agissait-il du bonheur pour lui s’il était devenu président ou du bonheur pour la France qui l’aurait élu ? Toujours est-il que l’on fit savoir que toute sa campagne sera mise sous le signe de cette chanson. Patatra ! Trois jours plus tard Cali expliquait qu’il n’avait pas été consulté et demandait à Fabius de retirer cette bande de ses meetings. A la mi-octobre, nouvelle chanson, de Jean-Louis Aubert celle-ci, Temps à nouveau, dans laquelle on apprenait que « les révolutions se font maintenant à la maison », que « de monde meilleur on ne parle plus », et dont le refrain scandait
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De prendre le souffle nouveau
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De nous jeter à l’eau.
De son côté, Dominique Strauss-Kahn utilisait un zouk dont la musique était nettement détournée du tube de l’été, Zidane y va marquer :
A gauche, à gauche, à gauche, tout le monde à gauche, Strauss-Kahn y va gagner, la gauche elle va passer...
Mais que voulait-il détourner? L’icône de Zidane ou l’ambiance des stades ? Quoiqu’il en soit, ces deux-là sont désormais hors-jeu.

Pendant ce temps, dans les meetings de Ségolène Royal, on passait Du courage ! de La Grande Sophie. Et Ségolène est maintenant au centre du jeu.

Les trois « compétiteurs » (vous avez remarqué que les candidats à la candidature n’étaient pas adversaires mais compétiteurs) nous fournissaient ainsi une sorte de typologie partielle de la chanson française d’aujourd’hui, trois styles très différents (et différents, bien sûr de celui de Besancenot), s’étalant du rock BCBG de Jean-Louis Aubert à ce que La Grande Sophie appelle elle-même de la « kitchen miousic » (Ségolène le sait-elle ?), en passant par le n’importe quoi chez DSK.

Mais ce n’est pas fini, car Ségolène a décidément inspiré les artistes. Sur l’air de Célimène (David Martial, 1975) le trio féminin « Classe affaire » chantait Ségolène (« Sé Sé Sé Ségolène ») et le groupe « Les gars de la Royal » mettait en ligne le Ségolèneroyalremix, inspiré de la même œuvre de David Martial. Et Laam présente sur scène sa chanson Si les femmes menaient le monde en disant :
Et si une femme devenait président, et si Ségolène dirigeait la France ?
Fermons le ban et passons au centre. Selon Le Monde du 13 novembre, François Bayrou entre en scène sur « un morceau techno-disco au tempo enlevé, mâtiné de rythmes andalous, Révélation, de Cerrone ». Révélation, tout un programme (politique ?). Mais que veut-il révéler ?

Côté Sarkozy, pas vraiment de chanson phare, mais on embauche des chanteurs qui s’affichent gentiment au premier rang d’un meeting: Doc Gyneco et Johnny Hallyday. Hallyday qui déclarait le 7 septembre sur RTL :
Je le dis et je le redis, je soutiens Sarkozy parce que c’est un homme que je connais depuis très très longtemps.
Et comme on l’interrogeait sur Renaud (qui venait de sortir une chanson, Elle est facho, qui se terminait par « elle vote Sarko »...), il lance : « Renaud n’a pas d’idées ». Dans la bouche de Johnny, cette affirmation prend évidemment une saveur toute particulière. Ce qui est sûr, c’est qu’ici on affiche un artiste et non pas une œuvre.

Nous pourrions poursuivre cette promenade aux marges de la chanson et de la politique (voir par exemple Philippe Katerine qui dans sa Marine Le Pen joue à Nostradamus et annonce la mort de l’égérie du FN le jour de ses 40 ans, le 8 décembre 2008). Mais ce large éventail de styles, ces choix des différents candidats, nous disent-ils quelque chose des publics visés, des électeurs ciblés ?

On voit bien que Sarkozy tente avec Doc Gyneco d’amadouer les jeunes électeurs.

Mais quels rapports entre Ségolène Royal et La Grande Sophie ? A-t-elle été choisie parce qu’elle est femme ? Parce que Ségolène a besoin de courage ? Parce qu’elle caractérise les électeurs potentiels de la candidate socialiste ? Ou parce qu’elle vient des Bouches du Rhône, grosse fédération du PS pro Ségolène ? Ce qui est sûr, c’est que la scansion du refrain, « du courage, du courage, du courage » (deux brèves une longue, répétées trois fois) rappelle un peu celle des slogans.

Et Bayrou ? Est-il vraiment convaincu que son électorat se retrouve dans la musique « techno-disco » ?

Graves questions... La réponse dans les urnes ?

mercredi, novembre 15, 2006

Révolution orange

Normalement, ma spécialité c'est plutôt les mots, mais ces temps-ci je m'intéresse aux couleurs. Parfois elles parlent aussi. J'ai déjà évoqué le blanc et le bleu mariaux de Ségolène Royal, le rouge qui vire à l'arc-en-ciel chez Olivier Besancenot ou au vert chez Arlette Laguiller... Les temps changent, les couleurs aussi. Alors, mon oreille a fait tilt quand j'ai entendu le député Maurice Leroy lancer au récent conseil national de l'UDF :
Ensemble, nous allons faire la révolution orange !
Cette allusion à la révolution ukrainienne m'a beaucoup étonné. On se souvient de cette révolution «de velours» où des milliers de manifestants ont bravé le froid et la neige, arborant écharpes et drapeaux orange, pour imposer le changement à un pouvoir cynique et corrompu.

Simple jeu de mot de circonstance ? Le décor du conseil de l'UDF était effectivement orange (voir ici)...

Vous avez dit orange ? J'en étais resté à l'UDF bleue moi... Je me suis précipité sur le site Web (ici) et que vois-je ? un site tout orange ! Des oranges bleues ? Non, même pas. Orange vif. Et en cherchant sur le Web, je m'aperçois que tout le matériel de campagne de l'UDF est de la même couleur (logos, tee-shirts, etc.). Plus fort encore : le journal des jeunes UDF de Sciences Po s'appelle... Révolution orange.

Intrigué, j'ai mené ma petite enquête : le passage du bleu à l'orange s'est fait un peu avant la révolution ukrainienne, et c'est donc au départ une coïncidence. Il faut dire que les couleurs libres en politique ne sont pas légion ! Il y aurait peut-être eu le violet, mais comme c'est un mélange de bleu et de rouge, ça aurait fait jaser...

J'ai interrogé Thierry Rochas du bureau national de l'UDF, qui me dit que Bayrou s'est tenu très au courant en appelant régulièrement l'Ukraine durant la révolution orange, et il ajoute :
Nous avons tous été fascinés par les images de l'Ukraine. Elle sont pour moi aussi fortes que la chute du mur en 89 sauf que nos jeunes n'ont pas vécu cette “révolution” là. A peine avaient-ils l'âge de Tienanmen... Les images chocs d'aujourd"hui sont le “petit livre rouge” d'hier...
Comme quoi, une simple coïncidence peut engendrer de sacrés symboles !

Et une révolution, même orange, ça a quand même plus de gueule qu'une rupture, non ? Quand on parlait d'extrême-centre dans le livre...

dimanche, novembre 12, 2006

Un duo de duels

François Bayrou vient de clore le Conseil national de l'UDF. Il fustige Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : « L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.» Et il conclut par une phrase qui a été reprise sur les télés : «Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo» (voir intégralité du discours ici).

J'ai trouvé cette phrase très intéressante. Le jeu sur les phonèmes cache un autre jeu, sur le sens et l'étymologie. La plupart des gens pensent sans doute plus ou moins confusément que duel et duo ont la même origine. Des avatars du nombre deux : un duo c'est deux personnes, et il faut bien deux personnes pour avoir un duel.

Faux : si le mot duo vient bien du latin duo (deux), par l'intermédiaire de l'italien, le mot duel n'a rien à voir. Il provient du mot latin duellum, qui signifiait guerre, combat (pas forcément à deux !). Duellum s'est déformé en latin, et a donné bellum. D'où nos modernes belligérants belliqueux.

On ne sait pas trop pourquoi le mot duel a pris le sens de combat entre deux personnes, mais c'est vraisemblablement une de ces contaminations étymologiques dont je suis friand : un rapprochement phonétique avec le mot... duo ! François Bayrou est agrégé de lettres classiques et connaît donc parfaitement son latin. Au-delà du mot d'esprit, il nous fait probablement un clin d'oeil de lettré. A croire qu'il veut nous donner du matériau pour notre prochain livre !

Mais attention : un duel peut en cacher un autre. Il y a bien un deuxième duel en français, celui qui exprime la dualité (il est vrai qu'il a tendance à être remplacé par dual). Celui-là provient bien de duo...

Voilà, le duel était duel ; c'est simple comme deux duels font quatre mousquetaires.

lundi, novembre 06, 2006

Rupture avec la rupture

Je racontais samedi comment les politiques de tous bords se piquent des bons mots et des petites phrases (et semblent largement s'en amuser)... Coïncidence, qui renforce ma démonstration, je lis ce matin dans les Echos une interview de François Bayrou, qui rompt... le silence et nous dit que c'est lui qui a inventé la fameuse rupture :
Question : Revendiquez-vous toujours la « rupture », comme vous l'avez fait l'année dernière ?
François Bayrou : C'est vrai que je suis le premier à avoir employé le mot. Mais le mot est négatif et ambigu. Je suis donc ravi que Nicolas Sarkozy m'en ait débarrassé.
Rompez !

samedi, octobre 14, 2006

Sarkozien ou sarkoziste ?

Farid a laissé un gentil commentaire sur le billet de Louis-Jean ("Je pense donc je suis, il pense donc il suit"), qui se termine par une question: faut-il dire sarkozien ou sarkoziste ? Farid nous suggère de demander à Alain Rey. Je suis sûr, effectivement, qu'Alain pourrait nous expliquer en détail la différence entre les suffixes -ien et -iste, mais de toutes façons, il y a la théorie et la pratique. La pratique, on peut la connaître en demandant à l'oracle des temps modernes, Yahoo (j'ai expliqué en d'autres temps et d'autres lieux pourquoi Google était à éviter).

J'ai posé deux petites requêtes:

sarkozien OR sarkoziens OR sarkozienne OR sarkoziennes20 100 résultats
sarkoziste OR sarkozistes21 800 résultats


Compte tenu des incertitudes qui entourent les dits de l'oracle (voir par exemple ici), on peut dire que c'est kif-kif (et il paraît que Sarko commence à s'y connaître, en kif ;-)



Exercices (à faire pendant la semaine) :

1. Est-ce qu'il vaut mieux dire royaliste, royalien ? (ou régalien ?) A moins qu'on préfère ségoliste (ou ségolien ?).
2. Que faire avec Bayrou ? bayrouliste ? bayroulien ? bayroutier ? Bayroutant, peut-être...