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jeudi, avril 19, 2007

Ambiguillages

Le 15 avril, au Palais des Sports de Paris, Jean-Marie Le Pen a lancé:

"Homme de foi, je crois avec passion que le destin n'est pas inéluctable"

phrase qui semble n'avoir aucun sens. Si l'on croit au destin en effet, il est inéluctable. En fait, lorsque l'on prend en compte le reste de la phrase ("et qu'il y a pour la France un avenir de grandeur et d'espoir"), on voit qu'il voulait dire déclin : "le déclin n'est pas inéluctable"... (c'est d'ailleurs ce qui apparaît dans la version officielle de son discours).

Mais pourquoi ce lapsus? Pourquoi destin à la place de déclin? Parce que, profondément, Le Pen pense que le déclin est inéluctable? Et dans ce cas quel déclin? Le sien? Celui de la France? Autre hypothèse: Le Pen est à ce point obsédé par Sarkozy qu'il pensait à la détermination génétique chère au candidat de l'UMP. J'avoue que je n'y vois pas très clair sur ce point, et que je suis incapable de trancher.

Autre chose, qui n'a rien à voir. Tous ceux qui s'intéressent à l'argot ont noté que depuis quelques années il ne s'agissait plus seulement d'un phénomène lexical mais aussi d'un début de phénomène syntaxique. Ainsi des verbes transitifs comme assurer ou craindre sont-ils utilisés de façon intransitive (il assure, ça craint) avec un sens différent. Or voici qu'une compagnie d'assurance utilise ce fait linguistique dans sa publicité: Ca c'est sûr, la Matmut, elle assure. On voit en effet que le verbe fonctionne ici comme un aiguillage entre l'usage transitif (la Matmut est une compagnie d'assurance, donc elle assure les biens ou les gens) et l'usage intransitif (la Matmut est une bonne compagnie, elle assure). C'est ce qu'on pourrait appeller un ambiguillage.

Et, finalement, mes deux petites notations se recoupent. Les lapsus peuvent en effet être considérés comme des ambiguillages, des aiguillages ambigus qui passent d'un signifiant à un autre, charge à nous de décoder ce qui se passe au plan des signifiés. L'aiguillage lepeniste passe de déclin à destin, et derrière cette variation de signifiant nous pouvons, si nous sommes optimistes, voir l'idée que le destin des idées lepenistes est dans le déclin. On peut toujours rêver.

samedi, avril 07, 2007

In vostra manu est

Jean-Marie Le Pen, comme on sait, aime les citations latines, mais il les utilise parfois d'étrange façon. Le 5 avril, lors d’un débat organisé à Sciences Po par le journal Elle sur le thème « Ce que veulent les femmes », il explique qu’il est opposé à la distribution de préservatifs dans les lycées et ajoute « pour ceux que ça travaille, je conseille le manu militari, ce sont des méthodes plus simples ». Avec sa finesse habituelle, il évoquait bien sûr la masturbation. Mais pourquoi militari? Pourquoi cette allusion à la force brutale? La main peut-être douce, caressante, et notre distingué latiniste aurait pu préférer in manibus habere ("dorloter, choyer"), habere opus in manibus ("Avoir l'ouvrage en main"), manus facere ("faire de sa main"), manum tangere ("tâter le poul"), in manus sumere ("prendre en mains"), in vostra manu est ("c'est entre vos mains"), etc. Il aurait pu citer Tite-Live, occasio in manibus est ("l'occasion est sous la main"), ou plus poétiquement et métaphoriquement Cicéron, mea manu scriptae litterae ("lettre écrite de ma propre main")... Mais non, il a préféré manu militari, faisant ainsi de la masturbation une chose violente, agressive.

La vérité, cependant, est peut-être ailleurs. On dit que Le Pen possède un gros paquet d'actions dans une marque de champagne, dont le doux nom est Veuve Poignet, champagne que pour ma part je n'ai jamais goûté, m'en tenant pour les veuves à bulles à la Veuve Clicquot. Vous savez tous que l'expression Veuve Poignet signifie, en argot, la masturbation justement, ce qui semblerait prouver qu'il n'a rien contre. Mais, co-propriétaire de la Veuve Poignet, il a peut-être voulu éviter l'accusation de publicité clandestine...

Reste une dernière hypothèse. La violence de manu militari évoque peut-être une certaine difficulté à jouir, l'obligation de malmener l'objet. Et cette citation de Cicéron serait alors plus appropriée: haec non sunt in nostra manu, "cela n'est pas en notre pouvoir". Ou plus en notre pouvoir...

PS Merci au dictionnaire Gaffiot pour les citations latines que je n'avais pas en stock mental.

mardi, mars 13, 2007

Amodier

J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer la richesse du vocabulaire de Jean-Marie Le Pen. En voici un exemple concret. Je l'ai entendu ce soir au JT de PPDA, parlant de Royal, Bayrou et Sarkozy, qui pour lui sont «les représentants d'un système qui a mené la France au désastre», nous expliquer «qu'ils vont essayer de l'amodier»...

Connaissez-vous le verbe amodier ? Je n'en trouve que quelques centaines d'occurrences sur Yahoo...

Si vous ne le connaissez pas, vous aurez peut-être le réflexe d'ouvrir le Petit Larousse :

Amodier. v.t. Concédér par amodiation.

Bon, c'est un de ces jeux de piste qu'affectionnent les lexicographes. Allons voir amodiation :

Amodiation. n.f. DR. Exploitation d'une terre ou d'une mine moyennant une redevance périodique.

Le Petit Robert donne à peu près les mêmes définitions.

Mais alors, que cherche à nous dire Jean-Marie Le Pen ? Quel rapport avec l'agriculture ou les mines ? En fait, ce verbe a un homographe, encore moins fréquent, qui signifie «aménager». Le premier amodier vient de modius, « boisseau, muid (de blé) », le second de latin modus, «mesure» (comme mode, modérer, etc.). Ce deuxième amodier est si peu fréquent qu'il n'est même pas dans les dictionnaires courants.

Étonnant, tout de même, pour le champion supposé du populisme !

mercredi, février 21, 2007

Troisième homme

La presse a commenté la phrase de François Hollande : «Le seul troisième homme possible, hélas! c'est Jean-Marie Le Pen».

Evidemment on pense tout de suite à Le Pen en 3e position, comme en 2002.

Mais on m'a fait remarquer qu'effectivement, le seul troisième HOMME possible était Le Pen, après Sarkozy et Bayrou (qui monte très fort dans les sondages...)

Sans doute pas voulu, mais rigolo !