Le 15 avril, au Palais des Sports de Paris, Jean-Marie Le Pen a lancé:
"Homme de foi, je crois avec passion que le destin n'est pas inéluctable"
phrase qui semble n'avoir aucun sens. Si l'on croit au destin en effet, il est inéluctable. En fait, lorsque l'on prend en compte le reste de la phrase ("et qu'il y a pour la France un avenir de grandeur et d'espoir"), on voit qu'il voulait dire déclin : "le déclin n'est pas inéluctable"... (c'est d'ailleurs ce qui apparaît dans la version officielle de son discours).
Mais pourquoi ce lapsus? Pourquoi destin à la place de déclin? Parce que, profondément, Le Pen pense que le déclin est inéluctable? Et dans ce cas quel déclin? Le sien? Celui de la France? Autre hypothèse: Le Pen est à ce point obsédé par Sarkozy qu'il pensait à la détermination génétique chère au candidat de l'UMP. J'avoue que je n'y vois pas très clair sur ce point, et que je suis incapable de trancher.
Autre chose, qui n'a rien à voir. Tous ceux qui s'intéressent à l'argot ont noté que depuis quelques années il ne s'agissait plus seulement d'un phénomène lexical mais aussi d'un début de phénomène syntaxique. Ainsi des verbes transitifs comme assurer ou craindre sont-ils utilisés de façon intransitive (il assure, ça craint) avec un sens différent. Or voici qu'une compagnie d'assurance utilise ce fait linguistique dans sa publicité: Ca c'est sûr, la Matmut, elle assure. On voit en effet que le verbe fonctionne ici comme un aiguillage entre l'usage transitif (la Matmut est une compagnie d'assurance, donc elle assure les biens ou les gens) et l'usage intransitif (la Matmut est une bonne compagnie, elle assure). C'est ce qu'on pourrait appeller un ambiguillage.
Et, finalement, mes deux petites notations se recoupent. Les lapsus peuvent en effet être considérés comme des ambiguillages, des aiguillages ambigus qui passent d'un signifiant à un autre, charge à nous de décoder ce qui se passe au plan des signifiés. L'aiguillage lepeniste passe de déclin à destin, et derrière cette variation de signifiant nous pouvons, si nous sommes optimistes, voir l'idée que le destin des idées lepenistes est dans le déclin. On peut toujours rêver.


