L'ordre juste : c'est l'ordre des mots, celui qu'enseigne la grammaire.L'expression a décidemment du succès. Peut-être pourrait-on lui rétorquer, paraphrasant une autre réplique célèbre :
La grammaire ce n'est pas juste l'ordre...
L'ordre juste : c'est l'ordre des mots, celui qu'enseigne la grammaire.L'expression a décidemment du succès. Peut-être pourrait-on lui rétorquer, paraphrasant une autre réplique célèbre :
La grammaire ce n'est pas juste l'ordre...
C'est une histoire qui n'a pas été racontée. On a gardé la gifle mais pas son contexte, alors je le raconte si on a cinq minutes. Ca se passe à Strasbourg... Je suis dans une mairie du quartier avec la maire de Strasbourg, une femme donc, qui est à l'époque une de mes amies, que j'ai contribué à faire élire. On entre dans la mairie de quartier, tout d'un coup les vitres se mettent à voler parce que des pierres sont jetées. Il y a une espèce d'émeute à l'extérieur. Le préfet téléphone en disant : « Vous n'êtes pas en sécurité, vous ne pouvez pas restez là, échappez-vous. » Alors on décide d'évacuer la mairie, toujours sous les vitres qui volent. Les forces de l'ordre sont à deux cent mètres et n'osent pas approcher tant la réputation du quartier est une réputation catastrophique. Et on on part vers les voitures. Tout d'un coup jaillissent du groupe de jeunes qui étaient là --beurs, immigrés, durs-- jaillissent de ce groupe des insultes à l'égard de la maire de Strasbourg. Des insultes sexistes d'une violence telle que je ne peux évidemment pas les répéter devant vous.Pourquoi les médias n'ont-ils pas pris le temps de nous raconter la totalité de l'histoire ? Le choc des images serait-il désormais plus important que le poids des mots ? En regardant la télé, j'ai parfois l'impression de lire une BD dont on aurait effacé les bulles...
Et alors mon sang ne fait qu'un tour, et je me dis : moi vivant ça ne se passera pas comme ça. Donc au lieu de partir dans la voiture, je pars vers le groupe des gens. Je file sur eux. A ce moment-là commence une discussion extrêmement violente, notamment avec le père du gamin qui aura cet accident quelques minutes après, sur le thème islam. Parce que j'avais pris un texte sur le voile islamique qui était l'objet de polémiques intenses sur ce sujet à cette époque. C'est extrêmement violent, extrêmement dur avec plusieurs dizaines de personnes autour de moi --vous regarderez les images-- quand machinalement je passe la main dans mes poches pour voir si j'ai tout à sa place, passeport et carnet et stylo.
Tout d'un coup dans ma poche, sur ma carte bleue, je trouve une main qui était en train de me faire les poches. Et a claque est partie, évidemment plus vite l'éclair parce que je n'ai pas réfléchi. C'était un réflexe. En réalité les gens ont apprécié ça. Parce que c'était un geste non pas de policier, mais un geste de père de famille.
Dans l'histoire des tentatives d'intervention sur la langue il existe un document de base pour l’étude de l’évolution du latin, l'Appendix Probi, attribué au grammairien Probius (3e-4e siècles) mais sans doute rédigé vers 700 par des moines de Bobbio (Emilie Romagne). Quoiqu’il en soit, nous disposons là d’une liste à double entrée de mots ou d'expressions, sur le modèle « dites... ne dites pas... » : dans la colonne dites on trouve une forme latine classique et dans la colonne ne dites pas ce que disait vraiment les gens : speculum non speclum, masculus non masclus, angulus non anglus, etc... Ce document utile aux historiens de la langue témoigne bien sûr d’abord d’un fort purisme : son rédacteur anonyme ne voulait pas laisser aux linguistes de l’avenir des données historiques, il voulait mettre un frein à la dérive du lexique. Mais il n'empêche que nous pouvons en avoir une autre lecture et l'utiliser pour comprendre l'histoire.
Tel n’est pas bien sûr le but de Ségolène Royal, mais elle fait cependant la preuve d'une volonté de mesurer les mots et les expressions qu'elle utilise à l'aune de leur transparence. Selon Le Monde du 24 novembre elle aurait déclaré devant les maires socialistes :
Si je dis « vie chère » au lieu de « pouvoir d’achat » ce n’est pas un hasard (...) La vie chère tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le pouvoir d’achat, lui, dépend des statistiques de l’INSEE qui s’obstine à la voir en hausse.
Et elle demandait encore à ses partisans de remplacer désormais pension modeste par petite retraite... Derrière cela, un constat: les politiques ont tendance à se payer de mots, des mots que ne comprennent pas toujours les électeurs, et Ségolène Royal veut parler la langue des gens, la langue du peuple. Certains ne manqueront pas de voir là du populisme. D'autres de faire un parallèle avec le 1984 de George Orwell : pension modeste ou petite retraite, qu'importe, ce qui compte c'est que les fins de mois sont difficiles.
Mais je crois qu'on se tromperait à ne voir que cela dans cette entreprise qui constitue, à petite échelle certes, une politique linguistique. On peut bien sûr proposer une lecture ironique ou malveillante des propos de la candidate socialiste. Elle a lancé dimanche, lors de son investiture, des formules à connotation chrétienne ("aidons-nous les uns les autres"...) qui en ont fait sursauter ou ricaner beaucoup. Pourtant elle est peut-être en train de s'affranchir de la novlangue socialiste, d'un code poussiéreux, pour en inaugurer un autre (dont, bien sûr, l'avenir est d'être à son tour, un jour, poussiéreux).
En attendant, là où Michel Rocard se proposait naguère de parler vrai, Ségolène Royal laissera peut-être le souvenir d'une volonté de parler clair.
Certains d’entre vous m’ont demandé quelle sera mon attitude lors de la prochaine présidentielle. La réponse va de soi.Bel exercice de plume de bois ! Vous avez lu soutien, vous ? «La réponse va de soi», mais elle lui écorche visiblement les doigts. Quant à la dernière phrase, elle laisse la porte ouverte à tout. La victoire, pas sa victoire. Et si la campagne de Ségolène se transformait en fiasco... Il y aurait peut-être un recours...
Ségolène Royal a été désignée de façon très nette par les adhérents du P.S. Elle est désormais la candidate de tous les socialistes dont je suis. Dans un combat que je sais difficile, je lui souhaite bonne chance.
D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite.
Lionel JOSPIN
Nous avons dans Combat Pour l'Elysée signalé à quel point la vie privée de Nicolas Sarkozy affleurait dans son vocabulaire politique : il s'est mis à parler de rupture, puis d'immigration choisie et non pas subie, au moment où sa femme le quittait puis immigrait (temporairement) à New York. Il a apporté de l'eau à notre moulin le 12 octobre en déclarant :
Je veux l’unité de la famille, je suis le garant de l’unité de la famille.
Il parlait de l’UMP, bien sûr....
Or l'éditorialiste Jean-Michel Thénard écrit dans Libération d'aujourd'hui:
Depuis deux ans il réclamait la rupture ! Mais à peine le spectre du divorce avec les chiraquiens ressurgit-il que s'organise aussitôt une réunion de conciliation. Alors, rompre ou pas?
Décidément, Sarkozy n'échappe pas au vocabulaire des affaires de famille !
[voir aussi le billet de Jean]C'est le temps du débat. Puis vient le temps de la décision.Se rend-t-il compte qu'à suivre son raisonnement, c'est MAM qui pourrait être la candidate choisie par l'UMP ? Mais le plus beau reste à venir. Après une belle faute de français ("nous avons convenu" là où l'on attendrait "nous sommes convenus"), il enchaîne en expliquant qu'Alliot-Marie :
a soulevé de vraies questions: quelle est la différence entre discrimination politique... pardon, positive...Tiens donc! Il y aurait de la discrimination politique à l'UMP ? Contre qui ?
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveauDe son côté, Dominique Strauss-Kahn utilisait un zouk dont la musique était nettement détournée du tube de l’été, Zidane y va marquer :
De prendre le souffle nouveau
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De nous jeter à l’eau.
A gauche, à gauche, à gauche, tout le monde à gauche, Strauss-Kahn y va gagner, la gauche elle va passer...Mais que voulait-il détourner? L’icône de Zidane ou l’ambiance des stades ? Quoiqu’il en soit, ces deux-là sont désormais hors-jeu.
Et si une femme devenait président, et si Ségolène dirigeait la France ?Fermons le ban et passons au centre. Selon Le Monde du 13 novembre, François Bayrou entre en scène sur « un morceau techno-disco au tempo enlevé, mâtiné de rythmes andalous, Révélation, de Cerrone ». Révélation, tout un programme (politique ?). Mais que veut-il révéler ?
Je le dis et je le redis, je soutiens Sarkozy parce que c’est un homme que je connais depuis très très longtemps.Et comme on l’interrogeait sur Renaud (qui venait de sortir une chanson, Elle est facho, qui se terminait par « elle vote Sarko »...), il lance : « Renaud n’a pas d’idées ». Dans la bouche de Johnny, cette affirmation prend évidemment une saveur toute particulière. Ce qui est sûr, c’est qu’ici on affiche un artiste et non pas une œuvre.
Je voudrais simplement vous dire tout le bonheur que je ressens...Qui lui donne tout ce bonheur ? Les militants bien sûr (qui sont en train de lui donner un élan, un élan, un élan...), mais la vierge en blanc a trouvé preneur. Le peuple français. D'ailleurs l'élection présidentielle n'est elle pas une rencontre entre une femme et un peuple ?
Voilà, je suis très heureuse...
Et je vis intensément ce moment de bonheur...
Maintenant je veux méditer et vivre pleinement ce moment de bonheur...
Je mesure le fait de recevoir cet élan, d'être choisie...
Je pense que le peuple français a écrit cette histoire...Cha ba da ba da...
C'est le peuple qui s'est mis en mouvement...
La France a écrit une nouvelle page de cette histoire...
Et c'est le peuple français qui est en train d'écrire cette histoire...
Je vais mettre le peuple français au coeur du projet socialiste pour le mettre en mouvement...
Ensemble, nous allons faire la révolution orange !Cette allusion à la révolution ukrainienne m'a beaucoup étonné. On se souvient de cette révolution «de velours» où des milliers de manifestants ont bravé le froid et la neige, arborant écharpes et drapeaux orange, pour imposer le changement à un pouvoir cynique et corrompu.
Nous avons tous été fascinés par les images de l'Ukraine. Elle sont pour moi aussi fortes que la chute du mur en 89 sauf que nos jeunes n'ont pas vécu cette “révolution” là. A peine avaient-ils l'âge de Tienanmen... Les images chocs d'aujourd"hui sont le “petit livre rouge” d'hier...Comme quoi, une simple coïncidence peut engendrer de sacrés symboles !
L’hypercapitalisme lamine tout !Il s’agit bien sûr de la grande figure de gauche, Laurent Fabius. Ouf ! Le capitalisme existe encore, et il a un opposant...
«On ne fait pas n'importe quoi avec l'homme, qui n'est pas une marchandise comme les autres»Pas comme les autres, mais marchandise quand même donc. Il paraît que les lapsus révèlent l'inconscient...
La mort de Jean-Jacques Servan-Schreiber me fait penser qu'il fut parmi les toutes premières personnalités françaises à voir son patronyme siglé: JJSS. Il en est une autre, Brigitte Bardot (BB), et un troisième, Pierre Mendès-France (PMF), mais j'ai l'impression (à vérifier) qu'il le fut plus tard, a postériori. Ils ne furent pas nombreux dans ce cas : ni de Gaulle, ni Pompidou, ni Mitterrand, ni Rocard, ni Chirac, ni Jospin pour ne citer que quelques hommes politiques n'ont eu cet «honneur». Honneur parce que le fait de voir son nom ainsi popularisé sous une forme siglée est, bien sûr, une preuve de notoriété.
Si nous réfléchissons aux deux premiers exemples (JJSS, BB), les caractéristiques de leurs noms ne sont sans doute pas étrangères à ce phénomène: la duplication des consonnes, les allitérations ainsi créées, expliquent en partie ce devenir. Et aujourd'hui? A part DSK et MAM, pas grand chose. Pour Alliot-Marie, le sigle constitue un palindrome, c'est-à-dire qu'il se lit dans les deux sens, et ceci explique peut-être cela (voici un autre palindrome: élu par cette crapule, et dans notre Combat Pour l'Elysée nous en suggérons avec Jean Véronis un troisième, qui pourrait s'appliquer à elle, non à ce canon...). Mais pourquoi DSK ? Sont-ce ses services de communication (comme ceux de Bernard-Henri Levy, dit B-HL) qui l'ont imposé ? Car la siglaison des noms est aujourd'hui plutôt le fait d'hommes d'affaires qui pratiquent la notoriété auto-proclamée (souvenons-nous de Jean-Marie Messier, JMM ou J2M...), depuis qu'un personnage du feuilleton Dallas s'appelait JR. On pratique en effet plutôt l'abréviation : Chichi et non pas JC pour Chirac, Sarko et non pas NS pour Nicolas Sarkozy, Ségo et non pas SR pour Ségolène Royal, Zizou et non pas ZZ pour Zinedine Zidane, etc...
Sigle ou abréviation : du point de vue strictement linguistique, la différence est essentiellement que le sigle est un fait de «lettrés». Pour créer RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) il faut bien sûr savoir comment s'écrit «autonome» (si on l'écrivait «otonome», on aurait ROTP...). Dans les deux cas, l'existence de cette appellation raccourcie témoigne d'une connivence, d'un rapport affectif à la personne, mais la domination des abréviations témoignerait-elle de ce recul de l'orthographe dont on nous rebat les oreilles?
Dans le doute, et pour militer pour le retour de l'orthographe (ainsi, peut-être, que pour satisfaire mon égo), je signe aujourd'hui mon billet: L-J C...
Brassens est probablement un passionné de la liberté : s'il avait fait de la politique, est-ce que je peux oser dire qu'il aurait pu adhérer à Alternative Libérale ?Hmm. Les sismographes ont entendu comme un retournement sous la terre. Epicentre : le cimetière de Sète.
Dans beaucoup de pays comme le Chili ou l'Allemagne, les femmes ont déjà pris le pouvoir, je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette évidence. Le monde se porte mieux depuis qu'il y a plus de femmes au pouvoir. Une femme présidente en France, ce serait logique.Coïncidence : Nancy Pelosi, femme, et «issue de l'immigration» en plus, devient numéro trois des Etats-Unis, tandis qu'Hillary Clinton se hisse (à coups de dollars) au rang de prétendante à la magistrature suprême. Quant à la droite française, elle essaie d'arroser le chêne de MAM pour contrer Sarko... Il y a comme un souffle mondial : la femme pourrait bien être l'avenir de l'homme politique.
Question : Revendiquez-vous toujours la « rupture », comme vous l'avez fait l'année dernière ?Rompez !
François Bayrou : C'est vrai que je suis le premier à avoir employé le mot. Mais le mot est négatif et ambigu. Je suis donc ravi que Nicolas Sarkozy m'en ait débarrassé.
Dans Libération du 4 novembre, Gérard Lefort commente une photo sur laquelle le premier ministre, Dominique de Villepin, debout devant un micro, s'adresse à la presse. A droite le ministre de la justice, Dominique Perben, regarde son patron. Derrière, Nicolas Sarkozy regarde... le sol, comme s'il craignait de trébucher. Mais le regard du journaliste s'est porté, lui, sur les chaussures de Sarkozy. En effet, selon un bottier appelé en expertise, les talons compensés du ministre de l'Intérieur lui donneraient dix centimètres de plus. Et de s'interroger: les talons du ministre seraient-ils à l'origine de ses migraines? Car
Le talon est mauvais pour la colonne, n'importe quelle porteuse d'aiguilles le confirmera.
Décidément en forme, Lefort poursuit:
Si le ministre veut nous leurrer sur sa taille, que serait-ce sur ses mesures s'il est un jour président?
On se souvient qu'il y avait déjà eu des commentaires amusés à propos d'une photo prise à la Maison Blanche sur laquelle Sarkozy semblait avoir la même taille que Bush. Ce qui me fait penser à deux expressions françaises, «être de taille à», «être assez grand pour» qui, toutes deux, signifient «être capable de». Y aurait-il une taille minimum pour devenir président de la République? Et, dans le débat démocratique, tous les candidats devraient-ils porter les mêmes chaussures comme ils disposent du même temps sur les ondes?
Ce qui est sûr, c'est que ces talons compensés aux pieds s'apparentent à de la poudre aux yeux.


L'élection présidentielle est la rencontre d'un homme et d'un peuple.Le 30 octobre, dans Le Figaro, Jacques Chirac reprend et développe la formule:
L’élection présidentielle, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Tel est l’esprit du gaullisme. Telle est la logique de l’élection du président au suffrage universel. Tout est donc possible.Tout est possible, en effet. Un homme (ou une femme) et un peuple: Traduisons : les procédures de désignation du candidat de l'UMP (à propos, avez-vous remarqué, ça n'a rien à voir, bien sûr, qu'UMP est l'anagramme de PMU ?) n'ont rien à voir avec la conception gaulliste de l'élection présidentielle.

