Souvenez-vous, c’était le 12 mars 2006 et Jack Lang déclarait : « Je suis candidat à la candidature de façon irréversible ». Depuis lors il a sans cesse confirmé sa décision définitive. Le 17 août le Nouvel Observateur lui offrait deux pages d’interview, où il tentait de démontrer qu’il était le meilleur candidat. Et il montrait au passage que, comme Jeanne d’Arc il pouvait entendre des voix :
J'étais l'autre jour au Festival des Vieilles Charrues. Un événement extraordinaire, inventé, porté par des bénévoles. La preuve de la vitalité de ce pays, qui n'attend qu'une délivrance... On m'attrapait dans les allées. « On sera avec vous l'an prochain, débarrassez-nous de cette droite ! » Je suis monté sur scène pour saluer Jamel Debbouze. 50 000 jeunes m'ont applaudi. Ils criaient, « Jack président ! » - apparemment, ils ne lisent pas les sondages... La France attend la gauche.C’était beau comme de l’antique. Patatras ! Des lecteurs ayant assisté au spectacle n’ont même pas vu Lang, l’ont encore moins applaudi et l’écrivent à Libération. Réponse de Jack : « Mes propos sont à lire comme un raccourci de l’enthousiasme qui m’a accompagné toute cette journée ». Pour le dictionnaire, « raccourcir » signifie « rendre plus court » et l’on peut donc imaginer qu’ils n’étaient pas 50 000 mais 500 000 à l’acclamer...
Pour montrer l’aspect irréversible de sa candidature, il publiait début septembre son troisième livre de l’année, Faire la révolution fiscale (après L’immigration positive en mars et Vaincre le chômage en avril), pour construire par petites touches son programme électoral. Bref, il était prêt. Et à la mi-septembre, alors que certaines voix au PS chuchotaient qu’il devrait se retirer de la compétition, il répliquait, hautain :
Nous ne sommes pas des toutous auxquels sur un coup de sifflet on pourrait intimer l’ordre de rentrer au chenil.Dont acte ! Mais tout cela s’est terminé assez piteusement : François Hollande lui demande d’abandonner la course et celui dont la candidature était irréversible, celui qui n’était pas un toutou que l’on siffle, se retire. En 1995, lors de la primaire socialiste, il s’était déjà retiré pour laisser Jospin et Emmanuelli face à face. Et en 2000, il s’était retiré devant Delanoë de la course à l’investiture à la mairie de Paris, pour devenir quelques heures plus tard ministre de l’éducation nationale.
Décidément les mots, même assénés avec force, n’engagent guère ceux qui les profèrent.


