jeudi, mai 03, 2007

Chronique en deux temps

1. L'orthographe .... ça engage

Comme plus de vingt millions de Français j'ai donc suivi hier soir le débat Royal/Sarkozy. Suivi, c'est-à-dire écouté ou entendu. Et je l'ai ensuite lu ce matin, dans la transcription qu'on donnait Libération tout d'abord puis dans d'autres sources.

La transcription est un exercice difficile et qui parfois force à des choix. Lorsque j'ai débuté, il y a bien longtemps, comme prof de français dans un lycée de la région parisienne, je ne pratiquais pas (et je ne pratique d'ailleurs toujours pas) l'opposition entre le é fermé et le é ouvert qui permet parfois de distinguer entre le futur et le conditionnel. Mes élèves, habitués à cette distinction par d'autres profs qui souhaitaient leur éviter des fautes d'orthographe lors de l'exercice de la dictée, me le firent savoir. Et c'est ainsi que je me suis appliqué, en dictant, à faire la différence entre je serai (futur) et je serais (conditionnel).

La ou les personnes qui ont transcrit pour Libération le débat d'hier ont été confrontées à ce problème. Lorsque Ségolène Royal dit "l'hôpital public reviendra une priorité", elle parle évidemment au futur, mais lorsqu'elle dit "je réformerai(s)", faut-il entendre "si j'étais élue je réformerais" ou "je vais être élue et je réformerai"? La première personne est, pour l'oreille, ambigüe, ambigüité que lève par exemple la troisième personne: elle réformerait ou elle réformera. Hier soir j'ai eu l'impression qu'elle parlait beaucoup au futur alors que Sarkozy était plus circoncept, et ce choix du futur émettait une sorte de message subliminal: je vais être élue.

Mais, étrangement, on lit dans Libération des phrases comme je réformerai, j'augmenterai, je créérai, je garantirai lorsque c'est Sarkozy qui parle, et parfois, lorsque c'est Royal qui parle, je serais (la présidente de la République qui fera en sorte..., de ce qui marche). Pour l'oreille elle parlait au futur, pour l'oeil qui lit Libération elle parle au conditionnel. Comme quoi l'orthographe (ou du moins la transcription orthographique) peut parfois dénoter une forme d'engagement. Mais je suppose qu'il s'agit plutôt là d'incompétence. C'était la rubrique "j'suis linguiste mais j'me soigne". Demain ou après-demain je vous ferai "j'suis linguiste mais je vote".

Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur ce débat, sur sa forme. Par malice, je ne noterai que deux passages. Libération fait dire à Sarkozy:

"Vous revenez sur ce qui a été le travail du gouvernement Balladur et du gouvernement Raffarin pour obtenir le financement pérenne de nos régimes de retraite".

Ici, le quotidien est gentil pour le candidat de l'UMP, car il a dit (prononcé) tout autre chose. L'adjectif pérenne ("qui dure longtemps, qui dure depuis longtemps") est en effet invariable (pour être plus précis épicène, il a la même forme au masculin et au féminin). Or Sarkozy a dit hier: "le financement périn (ou pérein?)", énorme faute de français dont Libération l' a absout. Mais nous retiendrons qu'il a inventé un adjectif.

2. C'est pas pire

Pas pire est le titre d'un excellent roman de France Daigle (lire aussi d'elle Petites difficultés d'existence ou Un fin passage, le tout aux éditions Boréal, à Moncton: vous aurez sans doute du mal à trouver ça en France). Et pas pire est aussi un expression populaire dans le français canadien (canadien et non pas seulement québécois car on l'entend aussi chez les acadiens) qui signifie "pas mal, pas mauvais". Mais pire, en français hexagonal, est un terme péjoratif (il vient d'ailleurs du latin pejor) qui signifie "plus mauvais". Or, autre passage savoureux, Ségolène Royal reprochait hier à Sarkozy son projet de bouclier fiscal qui favorise les riches:

"Cette dame qui a 400 millions de patrimoine et qui reçoit un chèque grâce à vous, grâce au bouclier fiscal va toucher un chèque de 7 millions d’euros Ségolène Royal : Ce n’est pas un cas, c’est la conséquence de ce que vous avez fait voter !"

Et Sarkozy a répondu:

" Non, ce que je propose, c’est pire. Je considère qu'un pays libre est un pays où chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il a gagné. C'est une conception..." C'est pire, effectivement.

mardi, mai 01, 2007

Liquider

Nicolas Sarkozy l'a affirmé haut et fort: il faut liquider l'héritage de Mai 68.

Pourquoi liquider ? Le mot a, bien sûr, un sens technique, en gros réaliser ou vendre à bas prix. Mais il ne s'agit pas ici de "vendre" l'héritage de Mai 68, il s'agit de s'en débarasser. Or c'est là le sens le plus courant, le plus populaire du verbe, avec des connotations violentes: liquider un témoin gênant, liquider un traître, c'est-à-dire bien sûr le descendre ou le fusiller. On pourrait imaginer que quelqu'un propose d'évaluer, de soupeser, de contester, de critiquer, l'héritage de Mai 68, mais Sarkozy veut donc le liquider. Et le choix de ce mot n'est pas innocent, il témoigne d'une violence profonde, latente, chez le candidat de l'UMP, qui a commencé à se manifester avec l'épisode du kärcher et qui se poursuit ici.

Un adage dit qu' entre deux maux il faut choisir le moindre, mais Sarkozy considère décidément qu'entre deux mots il faut choisir le pire. Estimons-nous heureux, cependant: il a dit héritage et non pas héritation.

lundi, avril 30, 2007

Football et macha

Nicolas Sarkozy, mécontent de voir Bayrou venir s'immiscer entre lui et Ségolène Royal, a lancé à maintes reprises en fin de semaine la même formule:

"C'est un peu comme la finale de la coupe du monde, la finale elle a lieu entre les deux premiers".

Cette métaphore sportive n'est pas chose nouvelle. Elle est même fréquente... au Brésil. Ainsi, alors qu'un sondage du 9 juin 2006 montrait que 48% des amateurs de football avaient l’intention de voter pour Lula (contre 40% chez ceux qui ne s’intéressent pas au football), celui-ci comparait "la période électorale avec la coupe du monde de football ". Et il ajoutait:

« J’ai appris avec le football qu’on ne touche pas à une équipe qui gagne »

Mais il concluait, et cela devrait intéresser Nicolas Sarkozy:

« Personne n’a gagné avant le coup de sifflet final de l’arbitre »

Qu'on se le dise!

En attendant, tous ceux qui rêvent d'être ministres de Sarkozy au plus haut niveau rivalisent dans la formule creuse et la bassesse pour se faire bien voir du patron. Côté formule creuse, c'est François Fillon qui déclare:

"Le drapeau c'est pas sur les balcons qu'il faut l'installer, c'est dans les coeurs qu'il faut l'accrocher".

Bon, d'accord, mais on fait comment pour s'accrocher un drapeau dans le coeur?

Côté bassesse, c'est Michèle Alliot-Marie qui lance:

"Nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui change aussi souvent d'idées que de jupe".

Nous savions que tous les conseillers de Sarkozy lui ont expliqué qu'il ne fallait pas, face à Ségolène Royal, apparaître comme un macho. Il a donc choisi de confier ce rôle à une femme. Laquelle femme, qui porte plutôt la culotte, a remplacé dans l'expression populaire "changer d'idée comme de chemise" la chemise par la jupe. C'est donc elle le macho de l'équipe. Ou faut-il dire la macho? En tout cas, il est impossible de dire la macha. Ce mot espagnol est en effet irrémédiablement (et logiquement, croyions-nous) masculin: le macho est toujours un homme je ne peux donc pas dire que MAM est macha. Mais en espagnol d'Argentine, macha a un tout autre sens: il signifie cuite, une cuite, au sens alcoolique du terme, celle après laquelle on a une gueule de bois.

A propos, et je sais que cela n'a rien à voir, j'écoute France Inter en écrivant ce billet et j'entend un journaliste faire la liste de toutes les personnalités qui se trouvaient hier au meeting du candidat de l'UMP puis conclure:

« Il ne manquait que Cécilia Sarkozy".

Où est-elle passée?

lundi, avril 23, 2007

Un verre ça va...

Bon, tout le monde connaît les résultats du premier tour et, sur le plan linguistique, ils n'ont pas apporté grand chose de très marquant.

Sarkozy a simplement lancé une nouvelle formule, le nouveau rêve français, qu'il avait testée le 19 avril à Marseille sous la forme un grand rêve français. A y regarder de plus près, le mot rêve et le verbe rêver sont absents de ses discours jusqu'au 18 décembre. Après cette date, il les utilise très exactement 147 fois, sous la forme je rêve.....ce rêve..... Mais le rêve français vient de sortir: il est sans doute destiné à remplacer rupture et identité nationale. Le très dévoué Jean-François Copé ne s'y est pas trompé: il a immédiatement repris la formule hier soir sur France 2. C'est ce qu'on appelle la voix de son maître.

En revanche, toujours sur France 2, il y a eu un moment très réjouissant. Bernard Tapie, ex homme d'affaires, ex dirigeant de club de football, ex ministre de François Mitterrand, ex taulard, aujourd'hui reconverti dans le théâtre et ayant rejoint Nicolas Sarkozy, était invité à donner son point de vue:

"Si je soutiens Ségolène Royal..."

Tout le monde le regarde, ahuri

"Euh... si je soutiens Nicolas Sarkozy..."Publier

Ah bon! Mais, une minute plus tard:

"En juin, Bayrou m'a demandé d'être candidat"

De nouveau, stupeur des participants, et il se reprend:

"Baylet (NB: le patron des radicaux de gauche) m'a demandé d'être candidat".

Et trente secondes après:

"Du temps où j'étais de gauche". Ca, on avait compris que ce temps était révolu.

Vous vous dîtes que je vais encore une fois m'amuser à analyser des lapsus. Même pas: Tapie était saoul, et il a mis ses bafouillages sur le compte du buffet trop arrosé. Comme quoi, un verre ça va, deux verres, bonjour les dégâts.

jeudi, avril 19, 2007

Ambiguillages

Le 15 avril, au Palais des Sports de Paris, Jean-Marie Le Pen a lancé:

"Homme de foi, je crois avec passion que le destin n'est pas inéluctable"

phrase qui semble n'avoir aucun sens. Si l'on croit au destin en effet, il est inéluctable. En fait, lorsque l'on prend en compte le reste de la phrase ("et qu'il y a pour la France un avenir de grandeur et d'espoir"), on voit qu'il voulait dire déclin : "le déclin n'est pas inéluctable"... (c'est d'ailleurs ce qui apparaît dans la version officielle de son discours).

Mais pourquoi ce lapsus? Pourquoi destin à la place de déclin? Parce que, profondément, Le Pen pense que le déclin est inéluctable? Et dans ce cas quel déclin? Le sien? Celui de la France? Autre hypothèse: Le Pen est à ce point obsédé par Sarkozy qu'il pensait à la détermination génétique chère au candidat de l'UMP. J'avoue que je n'y vois pas très clair sur ce point, et que je suis incapable de trancher.

Autre chose, qui n'a rien à voir. Tous ceux qui s'intéressent à l'argot ont noté que depuis quelques années il ne s'agissait plus seulement d'un phénomène lexical mais aussi d'un début de phénomène syntaxique. Ainsi des verbes transitifs comme assurer ou craindre sont-ils utilisés de façon intransitive (il assure, ça craint) avec un sens différent. Or voici qu'une compagnie d'assurance utilise ce fait linguistique dans sa publicité: Ca c'est sûr, la Matmut, elle assure. On voit en effet que le verbe fonctionne ici comme un aiguillage entre l'usage transitif (la Matmut est une compagnie d'assurance, donc elle assure les biens ou les gens) et l'usage intransitif (la Matmut est une bonne compagnie, elle assure). C'est ce qu'on pourrait appeller un ambiguillage.

Et, finalement, mes deux petites notations se recoupent. Les lapsus peuvent en effet être considérés comme des ambiguillages, des aiguillages ambigus qui passent d'un signifiant à un autre, charge à nous de décoder ce qui se passe au plan des signifiés. L'aiguillage lepeniste passe de déclin à destin, et derrière cette variation de signifiant nous pouvons, si nous sommes optimistes, voir l'idée que le destin des idées lepenistes est dans le déclin. On peut toujours rêver.

mardi, avril 17, 2007

Identité, identique, identifiable...

Nicolas Sarkozy nous promet donc que s'il était élu Président de la République nous aurions un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Moi dont l'un des pays, celui dans lequel j'ai passé les dix-huit premières années de ma vie est, vu de France, un pays étranger, je crois savoir ce qu'est l'immigration. Mais l'identité?

Pour le dictionnaire, c'est "le caractère de ce qui est identique". Vous avez envie d'être identique, vous? Et en plus d'être nationalement identique? Rien que l'idée me fait frémir.

Il est vrai que nous avons une carte nationale d'identité, vous savez, celle que l'on sort lorsqu'un monsieur en uniforme vous demande poliment: "Vos papiers!" Et là, l'identité prend un autre sens, non plus identique, ce qui est déjà rédhibitoire, mais identifié, voire identifiable. Le monsieur en uniforme qui vous demande poliment vos papiers a longtemps eu pour patron, comme vous savez, Nicolas Sarkozy, premier flic de France. Et ce monsieur Sarkozy veut donc que tous nous soyons identiques, identifiables ou identifiés. Je dois avouer que je n'ai pas du tout envie d'être identique, encore moins identifiable. Mais ce doit être génétique...

dimanche, avril 15, 2007

Histoire de queue

Selon l’hebdomadaire Challenges du 12 avril, Dominique Voynet aurait déclaré :

"Plus que jamais, il faut que les femmes se serrent les couilles.... Pardon, les coudes."

Mon respect pour la candidate à la Présidence de la République, pour la personne comme pour la fonction, m’interdit bien sûr de commenter ce beau lapsus. Mais il se trouve que je l’ai entendue le lendemain parler des

« des résultats du premier court… »

(ou « du premier cours », à l’oral on ne sait jamais)

puis se corriger :

« du premier tour ».

S’il s’agissait de court, on pourrait songer aux dimensions de son score attendu. Pour cours, on songerait à la dure leçon qu’elle risque de prendre. Quoiqu’il en soit, avons là une belle paire phonologique, cours/tour, k/t. Et, dans la continuïté, couilles, coudes, court (ou cours), une suite de k qui font la queue.

Une histoire de keu, donc. Ou de que. Ou encore Publierde queue ?

jeudi, avril 12, 2007

Mots contre mots

Le 10 avril, devant son "Conseil de campagne", Ségolène Royal a opposé la "France calme", celle qu'elle envisage, à la "France excitée", celle que nous préparerait son adversaire de l'UMP. Et l'on remarque le parallélisme entre les deux formules, un mot commun, France, et deux adjectifs en opposition, calme/excitée.

Le lendemain, hier donc, à Metz, elle consacrait une bonne partie de son discours à attaquer Sarkozy, et l'on retrouvait le même principe d'oppositions:

Chez Sarkozy

"méthode faite de brutalité, de rupture, de fracture"

"loi du plus fort"

"valeurs de destruction"

"France de la peur, antichambre de la haine"

Chez elle

"réforme sans brutalité"

"loi du plus juste"

"valeurs de construction"

"France de la paix civile"

Ségolène Royal a donc choisi d'attaquer Sarkozy de front, ignorant superbement les autres, mais cette attaque repose pour l'instant sur des oppositions qui se manifestent essentiellement au niveau des signifiants: brutalité/sans brutalité, plus fort/plus juste, destruction/construction, haine/paix... C'est-à-dire que nous assistons à une véritable "guerre de mots", mots contre mots (ou mots contre maux, mais je sais, le jeu est facile: les mots de Ségo, les maux de Sarko. Justement, ce matin dans Libération il parle des migraines, qui sont dit-il innées, comme la pédophilie...) qui justifie s'il le fallait l'entreprise que nous menons avec Jean Véronis d'analyse du discours des politiques. Décidément, il nous faut les remercier pour le corpus qu'ils nous fournissent gratuitement.

lundi, avril 09, 2007

Electrochoc... tranquille

François Bayrou a donc annoncé hier que son élection serait un électrochoc tranquille, et l'on se gratte la tête: où vont-il chercher çà? Certes, électrochoc commence comme élection , mais cela ne suffit pas à justifier l'affirmation selon laquelle l'élection (de Bayrou) serait une électrochoc (pour qui?).

Selon le dictionnaire Robert, un électrochoc est un "procédé de traitement psychiatrique consistant à provoquer une perte de conscience, suivie de convulsions, par le passage d'un courant alternatif à travers la boîte crânienne". L'élection de François Bayrou serait donc un "traitement psychiatrique" qui provoquerait "une perte de conscience, suivie de convulsions". Mais à qui s'adresserait ce traitement? Qui perdrait conscience, aurait des convulsions? Je ne vois qu'une seule réponse: le corps électoral, c'est-à-dire vous et moi. Pauvres de nous! Avons-nous vraiment mérité ce "courant alternatif à travers la boîte crânienne"? Qu'aurions-nous fait qui mérite cette punition? Voté Bayrou?

Et en plus cet électrochoc serait tranquille. En d'autres termes: Nous allons vous faire passer du courant alternatif dans la boîte crânienne, vous perdrez conscience, aurez des convultions, mais ne vous en faites pas, ce sera dans la tranquillité. Bigre! On se souvient que Nicolas Sarkozy nous a déjà proposé le même genre d'oxymore avec sa rupture tranquille . Mais électrochoc tranquille, il fallait l'inventer!

Le PS a immédiatement répliqué que c'était Bayrou qui avait besoin d'un électrochoc, pour retrouver (après bien sûr la perte de conscience et les convulsions) la différence entre la droite et la gauche. C'est ce qu'on appelle l'arroseur arrosé, ou plutôt l'électrochoqueur électrochoqué...

samedi, avril 07, 2007

In vostra manu est

Jean-Marie Le Pen, comme on sait, aime les citations latines, mais il les utilise parfois d'étrange façon. Le 5 avril, lors d’un débat organisé à Sciences Po par le journal Elle sur le thème « Ce que veulent les femmes », il explique qu’il est opposé à la distribution de préservatifs dans les lycées et ajoute « pour ceux que ça travaille, je conseille le manu militari, ce sont des méthodes plus simples ». Avec sa finesse habituelle, il évoquait bien sûr la masturbation. Mais pourquoi militari? Pourquoi cette allusion à la force brutale? La main peut-être douce, caressante, et notre distingué latiniste aurait pu préférer in manibus habere ("dorloter, choyer"), habere opus in manibus ("Avoir l'ouvrage en main"), manus facere ("faire de sa main"), manum tangere ("tâter le poul"), in manus sumere ("prendre en mains"), in vostra manu est ("c'est entre vos mains"), etc. Il aurait pu citer Tite-Live, occasio in manibus est ("l'occasion est sous la main"), ou plus poétiquement et métaphoriquement Cicéron, mea manu scriptae litterae ("lettre écrite de ma propre main")... Mais non, il a préféré manu militari, faisant ainsi de la masturbation une chose violente, agressive.

La vérité, cependant, est peut-être ailleurs. On dit que Le Pen possède un gros paquet d'actions dans une marque de champagne, dont le doux nom est Veuve Poignet, champagne que pour ma part je n'ai jamais goûté, m'en tenant pour les veuves à bulles à la Veuve Clicquot. Vous savez tous que l'expression Veuve Poignet signifie, en argot, la masturbation justement, ce qui semblerait prouver qu'il n'a rien contre. Mais, co-propriétaire de la Veuve Poignet, il a peut-être voulu éviter l'accusation de publicité clandestine...

Reste une dernière hypothèse. La violence de manu militari évoque peut-être une certaine difficulté à jouir, l'obligation de malmener l'objet. Et cette citation de Cicéron serait alors plus appropriée: haec non sunt in nostra manu, "cela n'est pas en notre pouvoir". Ou plus en notre pouvoir...

PS Merci au dictionnaire Gaffiot pour les citations latines que je n'avais pas en stock mental.

vendredi, mars 30, 2007

Le troisième larron

Mardi dernier, en Bretagne, François Bayrou s'en est pris conjointement à N. Sarkozy et S. Royal, «compère et commère» qui «s'entendent comme larrons en foire».

Trois mots vieillis, mais intéressants à analyser, car ils ont pris au cours des ans différents sens enchassés comme des poupées russes. Le compère (latin compater) est à l'origine le parrain, comme la commère est la marraine. A ce premier sens s'en ajoute un deuxième: le compère est un ami, comme la commère est une amie. Mais, après ce parrallélisme, les deux mots divergent dans leur troisième sens, puisque le compère est un complice pour une supercherie (un prestidigitateur par exemple peut avoir des compères dans la salle) tandis que la commère est une mauvaise langue qui colporte des ragots. Et l'on peut se demander auquel de ces sens empilés comme dans un mille-feuilles songeait Bayrou. Madame Royal colporte-t-elle à ses yeux des ragots? Est-ele une amie? Ou la marraine d'un de ses enfants? Et monsieur Sarkozy est-il un complice? Ou un parrain, au sens que le terme a pris dans le milieu?

Ce qui est sûr, c'est que, selon lui, ils «s'entendent comme larrons en foire». Ici encore, le mot est vieilli et désignait un voleur. On se souvient que le Christ était sur sa croix entouré d'un bon et d'un mauvais larron. Mais F. Bayrou, agrégé de lettres, se souvient peut-être, lui, de la fable de La Fontaine, Le Compère et l'Ane:

Tandis que coups de poing trottaient
Et que nos champions songeaient à se défendre
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron
.

C'est depuis lors que l'on parle du «troisième larron», celui qui tire les marrons du feu. Le «troisième homme», comme l'appelle la presse, se verrait-il dans ce rôle de troisième larron? On dit pourtant qu'il élève des chevaux. Or, chez La Fontaine, Aliboron était un âne...

mardi, mars 13, 2007

Amodier

J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer la richesse du vocabulaire de Jean-Marie Le Pen. En voici un exemple concret. Je l'ai entendu ce soir au JT de PPDA, parlant de Royal, Bayrou et Sarkozy, qui pour lui sont «les représentants d'un système qui a mené la France au désastre», nous expliquer «qu'ils vont essayer de l'amodier»...

Connaissez-vous le verbe amodier ? Je n'en trouve que quelques centaines d'occurrences sur Yahoo...

Si vous ne le connaissez pas, vous aurez peut-être le réflexe d'ouvrir le Petit Larousse :

Amodier. v.t. Concédér par amodiation.

Bon, c'est un de ces jeux de piste qu'affectionnent les lexicographes. Allons voir amodiation :

Amodiation. n.f. DR. Exploitation d'une terre ou d'une mine moyennant une redevance périodique.

Le Petit Robert donne à peu près les mêmes définitions.

Mais alors, que cherche à nous dire Jean-Marie Le Pen ? Quel rapport avec l'agriculture ou les mines ? En fait, ce verbe a un homographe, encore moins fréquent, qui signifie «aménager». Le premier amodier vient de modius, « boisseau, muid (de blé) », le second de latin modus, «mesure» (comme mode, modérer, etc.). Ce deuxième amodier est si peu fréquent qu'il n'est même pas dans les dictionnaires courants.

Étonnant, tout de même, pour le champion supposé du populisme !

lundi, mars 12, 2007

Zzzzz...

Vous étiez sans doute nombreux à regarder hier les adieux de Jacques Chirac. J'ai eu pour ma part l'impression d'assister à un spectacle, le spectacle d'un imitateur dans le rôle du Président de la République. Tout y était. La gestuelle et les mimiques surjouées, et surtout cette façon toute personnelle de réaliser les liaisons sans enchaînement, tel un maître d'école qui veut imiter des fautes d'orthographes aux élèves, comme le Topaze de Pagnol: "les moutons...les moutonSSSSSSE".

Hier Chirac (ou son imitateur) a déclaré: "Nous couronsZZZZ...à la catastrophe".

Parmi les commentaires, relevons celui d'un proche de Sarkozy, Brice Hortefeux: "Nous voulons écrire une nouvelle page sans déchirer la précédente". Nous sommes loin désormais de la rupture, même tranquille.

vendredi, mars 09, 2007

Ca va être long

Et de fait ça a été long !

Hier Ségolène Royal rédactrice en chef du Grand journal de Canal Plus, puis Nicolas Sarkozy sur France 2, plusieurs pipes, un havane, deux whiskies et, en plus, une casserole que j'ai oubliée sur le feu...

Alors? Alors je vais vous livrer quelques remarques, par rubriques, et pour commencer:

Le look

Sarkozy était en costume bleu sombre, cravate presque dans le même ton, chemise blanche, poignets mousquetaires et boutons de manchettes (tiens, ça existe encore?), ruban rouge au revers, bref un air de bureaucrate à l'ancienne sortant de chez le coiffeur (mais deux ou trois cheveux rebelles, dressés en l'air, dépareillaient le brushing. En outre une grosse montre très voyante faisait un peu nouveau riche.

Quant à Ségolène Royal, tout le monde parle de son look, donc je passe.

Les verbes

J'ai noté à la volée, et Jean Véronis me confirmera ou pas après avoir consulté ses appareils, mais j'ai trouvé que Sarkozy utilisait beaucoup le verbe respecter, à la première personne: je respecte...? Qui? Tout le monde ou presque: Bayrou, les fonctionnaires, les auxiliaires parentales, les syndicats, les enseignants... Et, bien sûr, le syntagme verbal est le plus souvent suivi d'un mais:

"Je respecte X, mais..."

Côté Royal, c'est la formule "moi je veux" qui m'a semblé la plus fréquente.

Les formules

Toute la presse écrit ce matin que Sarkozy a annoncé que s'il était élu il créérait un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, ajoutant qu'il allait sur les brisées de Le Pen. En fait il a dit: "ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale": voudrait-il bouter les Français hors de France?

En outre a utilisé près de trente fois (tu vérifies, Jean?) le mot quartier avec le sens de "quartier difficile. Tiens donc! Il n'y a pas de quartiers à Neuilly, ou dans le XVI° arrondissement?

Royal pour sa part maintient son ordre juste, et elle le décline:

"Ordre social juste qui met fin à tous les désordres, et le principal désordre c'est l'injustice sociale"

C'est un peu redondant, mais au moins elle a de la suite dans les idées.

Elle est d'ailleurs revenue plusieurs fois sur des problèmes lexicaux:

-"Les Français ne parlent pas de hausse des prix mais de vie chère, les mots élémentaires de la vie quotidienne"

-"Je mettrai les mots justes sur la réalité de la vie".

On se souvient que Victor Hugo voulait mettre le bonnet rouge sur le vocabulaire, et Léo Ferré le noir, peut-être écrirons-nous un jour le dictionnaire de Ségolène Royal. Avec un bonnet rose?

Revenons à Sarkozy, qui a affirmé: "Les Etats Unis ont réussi avec le plein emploi". J'ai vérifié: le taux de chômage y était, en février, de 4,60 %, en augmentation par rapport à janvier. Mais il est vrai que par les temps qui courent, notre gouvernement à quelques hésitations dans la mesure du chômage en France. Alors, aux Etats-Unis...

En revanche, il a montré une grande sagacité en affirmant:

"Avant d'avoir deux enfants, il en faut un".

Je n'y aurais pas pensé.

Les grands moments

Sur Canal Plus, Ségolène Royal avait parmi d'autres invités (Cali, Jeanne Moreau...) la dauphine de miss France, sourde, venue avec son interprète. Plutôt émouvant. Et derrière Sarkozy, une jeune femme, longues jambes surmontées d'une robe rose, qui a réussi à garder un sourire figé et niais pendant deux heures. Ca méritait une citation. Moi j'avais au moins mon cigare et mon scotch. Mais ma casserole est foutue...

vendredi, mars 02, 2007

Lapsus croisés

Il y a quelques jours je rappellais ce lapsus de Nicolas Sarkozy le 30 novembre sur France 2, lorsqu'il avait parlé de cette usine de céramique qui

fabriquait des prothèses pour réparer les factures.

Et je m'interrogeais: pourquoi factures et non pas fractures?

François Fillon, conseiller politique de Sarkozy, nous a peut-être donné ce matin une partie de la réponse sur Canal plus. Interrogé sur l'article du Canard enchaîné selon lequel le ministre de l'intérieur aurait payé son appartement à moindre prix et aurait bénéficié d'un prix d'ami pour les travaux d'aménagement intérieur, F. Fillon a en effet expliqué que N. Sarkozy était bien sûr innocent de ces turpitudes et que depuis deux jours il s'était employé à

retrouver les fractures.

Tiens donc! Les fractures? Mais non, monsieur Fillon, les factures!

Ces lapsus croisés m'intriguent. Sarkozy dit factures au lieu de fractures, Fillon dit fractures au lieu de factures: mais qu'est-ce qu'ils ont donc? Je vous laisse tirer vos propres conclusions, mais face à ce numéro de duettistes on a envie de rappeler cette forte pensée de Saint-Exupéry je crois:

Aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.

Regardant dans la même direction, Sarkozy et Fillon éviteraient peut-être ce genre de lapsus en miroir.

Tenable...

Présentant son programme concernant la recherche, Ségolène Royal a précisé qu'elle faisait des promesses tenables. On connaît l'expression promettre et tenir sont deux, que l'on a adaptée sous la forme plus populaire "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". Mais qu'est-ce qu'une promesse tenable? Le suffixe -able, qui peut s'ajouter à un nom ou à un verbe, marque comme on sait la possibilité (par exemple dans mangeable : que l'on peut manger) ou la qualité (dans valable :qui a de la valeur). Quant au verbe tenir, il est ici utilisé de façon très particulière, non pas avec le sens d'avoir mais d'observer fidèlement : tenir sa parole, ses engagements, un serment, un pari ou ses promesses. Et c'est sans doute parce qu'ils ont la réputation de promettre n'importe quoi que les politiques nous assurent qu'ils feront ce qu'ils disent. Libre à nous, bien sûr, de les croire...

Mais l'expression utilisée par Ségolène Royal est différente. Elle ne nous dit pas qu'elle tiendra parole, mais que sa parole est tenable, c'est-à-dire qu'il est possible de la tenir: Une promesse tenable est une promesse que l'on peut tenir, qui est finançable, applicable, raisonnable, faisable, envisageable, etc.... Veut-elle par là nous dire que certaines promesses ne le sont pas? On n'ose le penser!

mardi, février 27, 2007

Coordination

J'ai longuement parlé de lapsus linguae dans mon précédent billet, je voudrais aujourd'hui attirer votre attention sur une forme un peu particulière de lapsus: le lapsus gestuel.

Hier soir, sur la Une, François Bayrou répondait aux "questions des Français". A un certain moment on lui dit que s'il était élu il n'aurait pas de majorité pour gouverner et il répond que pas du tout, au contraire, que les candidats aux législatives

venus de la droite ou venus de la gauche

se regrouperaient sous une étiquette présidentielle.

L'ennui est en prononçant "venus de la droite" il a, de sa main gauche, montré la gauche, et qu'en prononçant "venus de la gauche" il a, de sa main droite, montré la droite.

Problème de coordination? Ou dyslexie propre aux centristes?

jeudi, février 22, 2007

Lapsuceurs, lapsuceuses...

Par les temps qui courrent, le personnel politique donne aux linguistes bien des satisfactions, trop peut-être car nous n'avons pas le temps d'analyser tout ce que nous engrangeons: il nous faut tout de même nous occuper de nos étudiants, de nos recherches, de nos colloques, de nos conférences... Mais dans leurs mots, leurs phrases, leurs lapsus, ils nous posent parfois quelques problèmes théoriques, ce dont je les remercie chaleureusement.

Freud a raconté l’histoire d’un jeune homme qui propose à une jeune fille de la raccompagner chez elle (en allemand : begleiten). Mais il ne dit pas begleiten, il dit begleitdigen , mot qui n’existe pas en allemand mais ressemble à beleidigen, « manquer de respect ». Pour le père de la psychanalyse, il faut entendre ici la rencontre (ou la convergence, ou l’interférence) entre ce que le jeune homme a voulu dire (begleiten) et ce qu’il refoulait (beleidigen) : le lapsus est une sorte de compromis phonétique entre deux intentions, l’une consciente, celle d’accompagner la jeune fille, et l’autre inconsciente, refoulée, celle de la "sauter". Le lapsus pourrait donc de façon générale être défini comme la manifestation phonétique, par contamination sonore, de l’inconscient.

On pourrait bien sûr dire que l’analyse de begleitdigen comme le masque de beleidigen n’est qu’un interprétation, celle de Freud. Certes. Mais ce qui est sûr, c’est que le jeune homme voulait dire begleiten et qu’il a dit begleitdigen, et de façon générale qu’un lapsus consiste à dire B à la place de A, A et B ayant des formes sonores proches.

Prenons deux exemples concrets, tous deux empruntés à Nicolas Sarkozy. En novembre 2006, lors d’une émission de télévision, pour montrer que les entreprises peuvent se reconvertir, il parle d’une usine de céramique de Limoges qui, dit-il, fabrique désormais des prothèses pour réparer les factures. Tout le monde comprend qu’il voulait dire fractures et, dans ce cas de figure, il dit bien B à la place de A mais B existe dans la langue. Ce lapsus est bien entendu analysable, on pourrait par exemple se demander à quelles factures pensait monsieur Sarkozy, ou s’il voulait éviter le mot fracture, trop connoté (la fracture sociale de Chirac, la fracture du couple, la rupture qui avait été au centre de ses discours et qu’il était en train d’abandonner..). Mais là n’est pas mon propos, et ce lapsus n’est ici que pour illustrer une typologie.

Deux mois plus tard, le même Sarkozy veut parler d’héritage mais, bizarrement, prononce héritation. Ce cas de figure est strictement parallèle à l’exemple de Freud mais il faut alors déterminer quel est l’autre mot qui, avec héritage, a produit par contamination sonore cet étrange héritation et, éventuellement, quel refoulé se trouve derrière. On peut songer à irritation (et se demander ce qui irritait Sarkozy ce jour-là), à hésitation, etc…

Dans les deux cas, donc, Sarkozy a voulu dire A (fracture, héritage) et a dit B (facture, héritation), mais dans le premier cas B (facture) existe dans la langue alors qu’il n’y existe pas dans le second cas (héritation). Je me propose donc de distinguer momentanément entre les lapsus de type AB (A et B existent) et les lapsusde type A*B (B n’existe pas) et de continuer à examiner d’autres productions de nos lapsuceurs politiques. J'aime bien ce mot, lapsuceur, qui tout en renvoyant à lapsus combine les verbes laper et sucer: il faudra le proposer à l'Académie Française pour son dictionnaire. Mais là n'est pas mon propos aujourd'hui.

J'ai en effet une nouvelle pièce à verser au dossier. Il y a quelques jours Rachida Dati, une porte-parole de Nicolas Sarkozy déclarait dans un débat télévisé:

« A Bercy on a autant de fonctionnaires de droite…euh des douanes ».

Notre lapsuceuse se trouve ici dans le cas AB, droite et douane étant deux mots légitimes de la langue. Mais qu'est-ce qui l'a fait passer de A à B, de droite à douane? On peut penser, bien sûr, à une attraction de l'expression droits de douane, ce qui est tout à fait plausible dans les débats actuels sur la fuite des capitaux, les délocalisations, etc. Mais le débat porte aussi sur les fonctionnaires, dont Nicolas Sarkozy veut réduire le nombre. Dès lors, passer de fonctionnaires des douanes à fonctionnaires de droite nous donne peut-être une indication sur le type de fonctionnaires que voudrait conserver le candidat de l'UMP. Je sais, je ne suis pas Freud, mais on peut bien s'amuser...

mercredi, février 21, 2007

Troisième homme

La presse a commenté la phrase de François Hollande : «Le seul troisième homme possible, hélas! c'est Jean-Marie Le Pen».

Evidemment on pense tout de suite à Le Pen en 3e position, comme en 2002.

Mais on m'a fait remarquer qu'effectivement, le seul troisième HOMME possible était Le Pen, après Sarkozy et Bayrou (qui monte très fort dans les sondages...)

Sans doute pas voulu, mais rigolo !

dimanche, février 18, 2007

Tenable...

Présentant son programme concernant la recherche, Ségolène Royal a précisé qu'elle faisait des promesses tenables. On connaît l'expression promettre et tenir sont deux, que l'on a adaptée sous la forme plus populaire "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". Mais qu'est-ce qu'une promesse tenable? Le suffixe -able, qui peut s'ajouter à un nom ou à un verbe, marque comme on sait la possibilité (par exemple dans mangeable : que l'on peut manger) ou la qualité (dans valable :qui a de la valeur). Quant au verbe tenir, il est ici utilisé de façon très particulière, non pas avec le sens d'avoir mais d'observer fidèlement : tenir sa parole, ses engagements, un serment, un pari ou ses promesses. Et c'est sans doute parce qu'ils ont la réputation de promettre n'importe quoi que les politiques nous assurent qu'ils feront ce qu'ils disent. Libre à nous, bien sûr, de les croire...

Mais l'expression utilisée par Ségolène Royal est différente. Elle ne nous dit pas qu'elle tiendra parole, mais que sa parole est tenable, c'est-à-dire qu'il est possible de la tenir: Une promesse tenable est une promesse que l'on peut tenir, qui est finançable, applicable, raisonnable, faisable, envisageable, etc.... Veut-elle par là nous dire que certaines promesses ne le sont pas? On n'ose le penser!