dimanche, octobre 29, 2006

Hourvari socialiste

Arnaud Montebourg essaie peut-être d'être à la hauteur de son surnom de «chasseur d'éléphants». En tous cas, il a montré ses connaissances cynégétiques en qualifiant le chahut dont a été victime Ségolène de «hourvari» (Libération du 28 octobre).

Voilà un mot que je n'avais pas entendu depuis longtemps. C'est un terme de vènerie quelque peu tombé en désuétude : il désigne la ruse de la bête traquée qui revient sur ses pas pour tromper les chiens. Mais quelle ruse, en l'occurrence ? Ségolène avait plutôt l'air d'être aux abois, si je puis me permettre de rester dans le même registre. Je pense que Montebourg utilisait en fait le mot dans son sens figuré de «vacarme», de «grand tumulte». Vous vous souvenez peut-être de la vivandière au début de Quatre-Vingt-Treize, d'Hugo :
On a son bidon et sa clochette, on s’en va dans le vacarme, dans les feux de peloton, dans les coups de canon, dans le hourvari, en criant : Qui est-ce qui veut boire un coup, les enfants ?
Par quel détour, le mot hourvari a-t-il pris ce sens assez éloigné de l'original ? Il est vrai qu'il désignait aussi en vènerie la sonnerie de trompe qui servait à ramener les chiens égarés par la bête traquée. Or, des sonneries, il y en a beaucoup en vènerie. Je ne suis pas spécialiste, mais, celle-là ne semble pas plus tumultueuse que d'autres... Ne s'agit-il pas d'une de ces contaminations que j'affectionne, une rencontre avec le mot charivari, qui, comme on sait, désignait au départ un concert de crécelles et de casseroles ? Il n'y a plus de témoin pour le dire, l'affaire remonte sans doute au XVIIe siècle.

En tous cas, la métaphore cynégétique pourrait bien avoir du succès dans les gazettes qui réclament du spectacle à cors et à cris : Ségolène a bien forlongé (prendre une grande distance sur les chiens), mais pourra-t-elle donner le change (dérouter ses poursuivants) ? Certains au PS rêvent de sonner l'hallali (sonnerie qui indique que l'animal est sur le point d'être pris), voire de donner le signal de la curée (moment où on jette aux chiens les bas morceaux de l'animal abattu)...

vendredi, octobre 27, 2006

Interview sur Ecrans.fr

Interview par Frédérique Roussel pour Ecrans.fr, le nouveau site de Libé, qui remplace le luxueux supplément couleurs et papier glacé qui était distribué le samedi avec le quotidien. A lire en ligne :

mardi, octobre 24, 2006

Sondages et saisons

Les hommes politiques ont un rapport un peu schizophrénique aux sondages. Tous ont l’œil fixé sur eux, tous en commandent, mais tous les critiquent ou en diminuent l’importance lorsqu’ils ne leur sont pas favorables ou lorsqu’ils sont favorables à leurs adversaires...


Au PS comme à l’UMP, le problème est aujourd’hui que Royal et Sarkozy sont au plus haut dans ces sondages. Du côté socialiste, la tendance est donc pour certains à les relativiser pour dégonfler l’effet Royal. Laurent Fabius fait en général dans la métaphore poétique. Il avait déjà lancé en janvier 2006 :

La différence entre les sondages et les élections et la même qu’entre l’astrologie et l’astronomie.
et il déclare en octobre :
Les sondages sont par rapport à la réalité profonde de l’opinion, comme l’écume de la vague par rapport à la profondeur de l’océan
Sans doute aurait-il une autre vision, tout aussi poétique, si les sondages le favorisaient... Et Jean Glavany, qui était en faveur de la candidature de Lionel Jospin, quoique moins poétique, n’était pas en reste :
Je ne crois pas à tous ces sondages, qui sont de la pure abstraction théorique. Ils sont un élément indicateur de la popularité d’un candidat. C’est tout.
C’est tout, mais il est tout de même préférable d’être populaire qu’impopulaire...

Passons à l’UMP. Depuis quelques jours on voir percer chez les chiraquiens, à l’endroit de Nicolas Sarkozy, une métaphore «saisonnière ». Michèle Alliot-Marie lance début octobre :
Les sondages d’octobre ne font pas les élections de mai. Sans doute y verra-t-on plus clair en janvier.
Le 20 du même mois, elle récidive à New York :
Les sondages du mois d’octobre ne sont pas forcément les résultats du mois de mai.
Et Jean-Pierre Raffarin livre dans Le Monde du 7 octobre cette pensée profonde :
Les vainqueurs de septembre ne sont pas toujours les vainqueurs de mai. Entre l’automne et le printemps il y a un long hiver à traverser.
Ce qui peut faire penser à un proverbe célèbre :
Toussaint en novembre, Noël en décembre.

lundi, octobre 23, 2006

Surnoms d'oiseau

La première partie du documentaire de Patrick Rotman consacré à Jacques Chirac vient de s'achever sur France 2. Vous êtes sans doute nombreux à l'avoir regardé. Avez-vous noté la profusion des surnoms que le film recense ? J'ai relevé au passage :
  • l'Hélicoptère (à Sciences Po, dans les années 50, tant il remue les bras) ;
  • le Bulldozer (quand il devient chargé de mission au cabinet du président Pompidou) ;
  • Serre La Louche (lorsqu'il est parachuté en Corrèze, où il en serre effectivement quelques-unes !) ;
  • Château Chirac (après l'achat du manoir de Bity, qui devint aussitôt monument historique restauré aux frais du contribuable) ;
  • Facho Chirac (quand Garaud et Juillet le positionnent très à droite pour torpiller Chaban) ;
  • Al Capone (quand il trahit l'UDR) ;
  • l'Agité (après l'appel de Cochin, où il appelle l'UDF, favorable à l'Europe, le «parti de l'étranger»).
On aura peut-être dans la deuxième partie les plus récents Brut de pomme ou Supermenteur popularisés par les Guignols de l'Info. Quel florilège ! Un surnom c'est une vacherie. Une dizaine, c'est un portrait...

dimanche, octobre 15, 2006

Prendre la main (verte)

Ca se dispute sur I-Télé, vendredi dernier. L'animateur, Victor Robert, explique à juste titre que cette semaine «la droite a pris la main» en matière d'environnement. C'est vrai : Villepin qui lance son «Pacte national pour l'environnement», Chirac qui défend les biocarburants, Jean-Louis Debré qui invite les députés à voir le film d'Al Gore... On dirait qu'ils se sont donné le mot.

«Prendre la main» est une expression qui provient des jeux de cartes, où celui qui prend la main est celui qui prend l'initiative. C'est un bon exemple de ce qu'on appelle en linguistique «expression figée». On ne peut en faire varier les différents éléments que de façon extrêmement limitée. Prendre peut se remplacer par une toute petite liste de verbes : avoir, garder, reprendre... Si l'on en utilise d'autres, l'expression retourne automatiquement à son sens littéral: secouer la main, c'est forcément secouer l'appendice à cinq doigts que nous avons au bout du bras. De même, l'article est forcé : on ne peut pas, sous peine de revenir au sens littéral changer la par une, sa, cette, etc. N'essayons pas d'ajouter un adjectif sur main, non plus: prendre la main gauche nous renvoie de nouveau à l'anatomie.

Mais justement, Victor Robert après une petite pause ajoute «la droite a pris la main... la main verte». Voilà une autre expression figée! La main verte, fait appel à un autre sens du mot main, celui d'habileté dans une activité, un art. La main verte, c'est, comme chacun sait, une prédisposition particulière à s'occuper des plantes.

Victor Robert se livre à un défigement, petite opération qui consiste à redonner sa liberté à une expression qui ne l'a plus. C'est un des ressorts classiques des jeux de mots, dont, par exemple, le quotidien Libération est friand. Lorsque celui-ci titre Des candidats trop beaux pour être vrais en février 2006, se gaussant des opérations de chirurgie esthétiques des prétendants à l'Elysée (voir ici), il joue sur un défigement de l'expression «trop beau pour être vrai», qui normalement s'emploie isolée, beau n'étant pas en position d'épithète. Le défigement produit une oscillation entre les deux sens de l'expression, littéral et figuré -- effet humoristique garanti.

Mais Victor Robert fait mieux, et nous produit un double défigement. Il prend deux expressions figées, «prendre la main» et «la main verte», il les croise comme on hybride des plantes (en parlant de main verte...), et chacune des deux expressions oscille entre ses deux sens pour le plus grand plaisir des nôtres (de sens). Du grand art. J'applaudis à deux mains (si vous le voulez bien !).

samedi, octobre 14, 2006

Sarkozien ou sarkoziste ?

Farid a laissé un gentil commentaire sur le billet de Louis-Jean ("Je pense donc je suis, il pense donc il suit"), qui se termine par une question: faut-il dire sarkozien ou sarkoziste ? Farid nous suggère de demander à Alain Rey. Je suis sûr, effectivement, qu'Alain pourrait nous expliquer en détail la différence entre les suffixes -ien et -iste, mais de toutes façons, il y a la théorie et la pratique. La pratique, on peut la connaître en demandant à l'oracle des temps modernes, Yahoo (j'ai expliqué en d'autres temps et d'autres lieux pourquoi Google était à éviter).

J'ai posé deux petites requêtes:

sarkozien OR sarkoziens OR sarkozienne OR sarkoziennes20 100 résultats
sarkoziste OR sarkozistes21 800 résultats


Compte tenu des incertitudes qui entourent les dits de l'oracle (voir par exemple ici), on peut dire que c'est kif-kif (et il paraît que Sarko commence à s'y connaître, en kif ;-)



Exercices (à faire pendant la semaine) :

1. Est-ce qu'il vaut mieux dire royaliste, royalien ? (ou régalien ?) A moins qu'on préfère ségoliste (ou ségolien ?).
2. Que faire avec Bayrou ? bayrouliste ? bayroulien ? bayroutier ? Bayroutant, peut-être...

mercredi, octobre 11, 2006

Migraines...

Cela fait deux fois au moins que le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, manque à ses obligations pour cause de migraines. Il n'avait pas, il y a quelques mois, assisté à un conseil des ministres, il était hier absent du petit déjeuner qui réunit chaque semaine à Matignon (chez Monsieur de Villepin, donc) les dirigeants de l'UMP.

Etymologiquement, la migraine vient du grec hémikranion par l'intermédiaire du latin hemicrania et désigne donc un mal qui affecte la moitié du crâne, ce qui laisse donc théoriquement disponible l'autre moitié. Mais Alain Rey, dans son Dictionnaire historique de la langue française, nous donne une intéressante précision qui, quoique non médicale, pourrait bien s'appliquer à la situation. Il explique en efffet qu'en français le mot a d'abord été utilisé avec le sens de "dépit" (ce pourquoi on dit de quelqu'un qu'on ne supporte pas : il me donne la migraine). Mais qui donc pourrait bien filer la migraine à Nicolas Sarkozy?