mercredi, décembre 20, 2006

Lapsus encore...

Mercredi 20 décembre, Bruno Mégret s’est rallié à la candidature de Le Pen avec enthousiasme, comme on va voir. Il a en effet déclaré :
Je ne veux pas qu’au deuxième tour les Français n’aient le choix qu’entre le vote Le Pen.. euh...le vote Sarkozy et le vote Royal.
C’est beau, les amis ! Il est vrai que l’orthographe a parfois ses lapsus. Aviez-vous remarqué qu’amis est une anagramme parfaite de mais ? Nous ne sommes pas loin du célèbre Oui mais....

Dans le même genre, Cécile Duflot, nouvelle secrétaire générale des Verts, a expliqué après son élection :
Ce vol s’est bien passé...euh..ce vote s’est bien passé.
Qu'a donc dérobé Cécile? A moins que dans l'euphorie de son élection elle plane... Dans les deux cas, c’est trop beau, on aurait presque du mal à y croire. A propos de croyance, justement : un des membres de l’équipe de communication de Sarkozy, François de la Brosse (à reluire ?) se propose de sortir des Tee-shirts sur lesquels on lira Nicolas j’y crois.

Des Tee-shirts en hiver ?

Lapsus volontaire...

Depuis quelques mois je me suis attaché à pointer les lapsus des politiques, afin de montrer comment leur inconscient se manifestait à fleur de mots. Inconscient car, bien sûr, le lapsus est par définition involontaire. Et les différents exemples glanés, que je vous ai le plus souvent fait partager, étaient de ce point de vue instructifs.

Mais voici qu’on nous propose un nouveau produit : le lapsus volontaire. Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a en effet dans une interview accordée à la télévision allemande, classé son pays dans la liste de ceux qui possèdent l’arme nucléaire. Grand émoi ! Tout le monde sait pourtant qu’Israël possède la bombe, mais la langue de bois de l’Etat hébreu consiste depuis longtemps à utiliser l’ambiguïté comme forme d’expression : ne dire ni oui ni non. Classant Israël dans le camp des destructeurs en puissance puis laissant dire qu’il s’agissait d’une erreur, Olmert a donc dit deux choses à la fois : nous avons la bombe, d’une part (ça nous le savions déjà), nous le disons d’autre part. Mais pourquoi ?

Imaginons les psychanalystes au service du pouvoir iranien :

-« Ils n’ont pas la bombe mais la veulent tellement que voilà, il a fait un lapsus »

-« Mais non ! Ils l’ont bien sûr, mais Olmert n’avait pas le droit de le dire, et il en était tellement fier de sa bombe, qu’il a craqué ».

-« Soyons sérieux messieurs, tout le monde sait qu’ils ont la bombe, et ils savent que nous savons. Mais, en le disant, il nous fait un petit signe : attention les enfants, j’ai la bombe... »
Bref, les lapsus ne sont plus ce qu’ils étaient. Heureusement le rédacteur en chef du Courrier international nous rappelle une phrase de l’impayable George W. Bush dans un discours en octobre 2001 :
Il n’y a pas de doute dans mon esprit, pas le moindre doute que nous allons échouer. L’échec ne fait pas partie de notre vocabulaire. Notre grande nation va guider le monde et nous réussirons.
Ouf, enfin un vrai lapsus!

Que ferions-nous sans lui !

mercredi, décembre 13, 2006

La pensée du jour

Dans un édito de Libération du 13 décembre:
Le dossier Clearstream est aujourd’hui aussi vide qu’un discours de Jean-Pierre Raffarin.

mardi, décembre 12, 2006

J'ai deux amours

Hier je vous parlais du rapport approximatif de Françoise de Panafieu à la formule d’origine latine L’homme est un loup pour l’homme. Mais elle ne s’en est pas tenue là pendant le récent forum de l’UMP. Quelques phrases plus loin, en effet, elle disait :
Quand un pays est dictatorial, quelqu'un arrive, un président, qui veut libérer son Paris... euh son pays.
Son pays, son Paris. Chacun sait que Panafieu est candidate à la mairie de la capitale, et son lapsus est dès lors intéressant : elle se verrait en libératrice, puisqu’il est évident que le socialiste Bertrand Delanoë est un usurpateur... Pays/Paris. On peut aussi songer à Joséphine Baker qui chantait en 1930 :
J’ai deux amour, mon pays et Paris
En fait Panafieu a dit « libérer son Paris », elle ne l’a pas écrit, et cette transcription est un choix : on pourrait tout aussi bien entendre «son pari», même s'il est probable qu'il s'agissait bien de Paris. Alors, Paris ou pari ? Dans le second cas, Panafieu aurait-elle fait un pari dont elle voudrait se libérer ? Ou penserait-elle qu’un jeune loup (voir hier) pourrait la forcer à s’en libérer ? A suivre...

Pays/Paris (ou pays/pari), nous sommes de toute façon dans la dualité, dans des oppositions binaires. Il en est d’autres dans le paysage politique qui s’anime avant les fêtes de Noël. Alors que Sarkozy baisse pavillon en transformant sa rupture en rupture tranquille, Ségolène Royal publie sa première affiche sur laquelle on lit Pour que ça change fort.

Du côté du ministre de l’intérieur un mot de départ agressif, ou volontariste (la rupture), que l’on relativise avec l’adjectif tranquille : après un plus, un moins.

Du côté de la candidate socialiste l’annonce d’un but plus « tranquille », le changement (souvenons-nous de Giscard : le changement dans la continuité) que l’on renforce, c’est le cas de le dire : pour que ça change fort. Après un moins un plus.

Dans les deux cas on songe à des vases communicants sémantiques : l’un voulait tout casser (c’est le sens de rompre) l’autre seulement changer, l’une précise qu’il s’agira d’un fort changement, l’autre que la rupture sera tranquille. Le casseur se calme, la réformatrice gonfle ses muscles. Ici aussi, à suivre.

lundi, décembre 11, 2006

Lupus in fabula

Le loup semble à l’honneur dans le paysage politique... Philippe de Villiers par exemple a déclaré qu’il fallait

défendre le postier catalan ou le médecin savoyard plutôt que l’ours slovène ou le loup de Sibérie
Cette formule se prête à diverses interprétations. Tout d'abord, elle rappelle bien sûr celle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de l’extrême droite aux présidentielles de 1965 (son directeur de campagne s’appelait Jean-Marie Le Pen) :
la Corrèze avant le Zambèze.
Mais là où Tixier-Vignancour critiquait l’aide aux pays sous-développés, Villiers oppose le postier ou le médecin à l’ours ou au loup, ce qui paraît étrange et ne plaira pas nécessairement aux postiers ou aux médecins. Il est vrai que l’ours est slovène, le loup de Sibérie, et qu'il pense peut-être faire peur par ces références d’un autre âge à d’anciens pays de l’est. A moins qu'il ne veuille affirmer des positions anti-écologistes ?

Quoiqu’il en soit, il n’est pas le seule à utiliser cette référence canine. Françoise de Panafieu pour sa part a en effet déclaré sans rire
le loup est un loup pour l’homme
ce qui est une évidence : le loup est un loup, pour n’importe qui. Elle voulait bien sûr dire l’homme est un loup pour l’homme, décalquant la formule latine homo homini lupus, mais voilà, elle a parlé trop vite et s’est plantée.

Mais pourquoi ces loups, mis à la sauce Villiers ou à la sauce Panafieu ? Pour Villiers, j'ai évoqué quelques possibilités. Et Panafieu ? A-t-elle peur des jeunes loups qui pourraient lui griller la politesse aux élections municipales à Paris ? Quoiqu'il en soit, nos politiques ont encore quelques formules à leur disposition:

Faim de loup
Froid de loup
Avoir vu le loup
Hurler avec les loups
Dans la gueule du loup
Crier au loup
Sans oublier, bien sûr, que
Quand on parle du loup on voit sa queue...
Méfi, comme on dit en Provence, ou encore gaffe en bon français!

mercredi, décembre 06, 2006

Le syndrome de la boulette

On connaissait « le syndrome du restaurant chinois ». Il va falloir désormais parler de « syndrome de la boulette ». Rien à voir avec la cuisine libanaise, dans laquelle les boulettes figurent en bonne place. La Boulette, c'est celle de Ségolène Royal, celle qu'ils attendent tous, à droite comme à gauche (plus discrètement de ce côté, ces temps-ci, mais certains se frotteraient peut-être les mains si... peut-être... sait-on jamais...). Il faut dire qu'elle avait prêté le flanc, en faisant son coming-out sur la chanson de Diam's du même nom au mois d'avril (voir ici). Tout un symbole ! Cette Boulette monstrueuse, tant désirée, ils vont désormais la voir à chaque pas de l'heureuse élue... Il y a comme ça des leitmotivs qui vont apporter leur petit contrepoint tout au long de la campagne. Pour Sarko, c'est la racaille, qu'on lui ressort à toutes les sauces (ce sera peut-être bientôt la rupture manquée...).

Alors bien sûr, que Ségolène Royal écoute un élu du Hezbollah, qu'elle accepte qu'il compare « par deux fois » Israël au nazisme, c'était presque trop beau. Ca y était. Enfin ! Et sur le terrain de prédilection de son adversaire : l'International, sur lequel elle est censée être nulle et non avenue. Sauf que l'affaire sentait la mauvaise fois à plein nez : on découvre qu'il y avait deux traducteurs, que la phrase que Mme Royal a écoutée n'était pas la même que celle que les journalistes ont entendue, comme le racontait l'excellent Antoine Sfeir hier soir dans C dans l'air, et que si le mot nazisme y est bien cité, le contexte en est nettement moins violent (le langage, toujours !). Le traitement de cette histoire par la presse est d'ailleurs pour le moins curieux (voir décryptage ici). Et puis enfin, l'ambassadeur de France, Bernard Emié, un homme prudent et expérimenté, était aux côtés de la Madone, et a assisté au même discours sans quitter la salle... Or, que représente-t-il sinon la politique étrangère de Jacques Chirac et du parti dirigeant actuel... l'UMP ?

Vous connaissez probablement l'histoire de l'homme qui criait au loup. Il faudrait inventer celle du parti qui criait à la boulette. Le plus drôle c'est que le jour où elle en fera une belle, une vraie, une grosse, personne n'y croira plus.

La politique c'est quand même une drôle de cuisine !

lundi, décembre 04, 2006

Les factures de Sarkozy

L'actualité linguistico-politique est décidément trop riche : j'ai oublié hier de commenter un passage de la prestation de Nicolas Sarkozy sur France 2. Dans la partie économique de son intervention, il a en effet évoqué une usine de céramique de Limoges qui s'était reconvertie en fabriquant
des prothèses pour réparer les factures.
Il voulait, bien sûr, parler de fractures. Mais quelle dette secrète ou inconsciente ce lapsus révèle-t-il ? S'agit-il d'ailleurs d'une dette ? De plusieurs dettes secrètes ou inconscientes ? Je n'en sais bien entendu strictement rien, mais j'aime bien ces petites failles dans le discours, lorsque percent, à fleurs de mots, d'étranges refoulés...