lundi, janvier 08, 2007
Bravitude
En fait les compositions en –itude, qui servent à faire un nom à partir d’un adjectif, viennent le plus souvent directement du latin : aptitude (latin aptitudo), certitude (certitudo), plénitude (plenitudo), habitude (habitudo), solitude (solitudo). D’autres sont formées en français à partir d’un adjectif : platitude, décrépitude... Mais ces formes sont rares et le suffixe –itude n’est plus productif. Encore que zénitude par exemple s’entende de plus en plus, à partir de zen. Royal a-t-elle pensé à zénitude ? Ou à attitude ? (on songe à la rock ‘n roll attitude prônée par un chanteur suisse). Dès lors la langue française serait désormais travaillée par la Ségolène attitude?
samedi, janvier 06, 2007
Calendes grecques
la réduction de l’impôt sur les sociétés à 20% en 20 ans. Pardon j’ai dit en 20 ans, je voulais dire en 5 ans... Un lapsus.Lapsus autoproclamé, donc. A première vue, pourtant, il ne s’agit pas d’un lapsus (l’inconscient qui s’impose à fleur de mots contre la volonté du locuteur) : on a plutôt l’impression d’une attraction phonétique, le vingt de 20% menant à celui de 20 ans. Mais il l’affirme, c’est un lapsus !
Ce qui est intéressant ici, pourtant, c’est ce qu’il n’a pas dit : cinq ans: le temps d’un mandat présidentiel. Dans cinq ans, on verra si Sarkozy ou Royal ont baissé l’impôt sur les sociétés, semble vouloir nous dire le Président. Et il n’a sans doute pas fini de lancer ainsi des défis. Des défis aux autres, bien sûr : il n’a jamais tenu ses promesses et peut dire n’importe quoi, cela ne mange pas de pain, cela ennuie juste Sarkozy (pas Royal, qui est moins tenue que lui par ces engagements farfelus : comme le rappelle Libération l’impôt sur les sociétés est de 39% en Allemagne, 37% en Italie, 35% en Espagne, il est de 20% en Slovaquie et en Pologne, pays que Sarkozy justement a accusé de « dumping social »). Donc, avec cet objectif affirmé de 20%, Chirac se place en embuscade, pour faire un croche-pied ou un pied de nez à Sarkozy : t’es pas chiche de le faire, nah !
Alors, lapsus ?
Peut-être, mais à l’envers. Car ce qui est intéressant, ce n’est pas ce qu’il a dit (vingt ans) et ne voulait pas dire, mais c’est ce qu’il n’a pas dit (cinq ans). Peut-être en effet le Président, conscient de l’énormité de ce qu’il voulait dire, s’est-il inconsciemment corrigé : cinq ans ce n’est pas possible, trop court, alors vingt ans. Ce qui n’exclut pas ma thèse de l’attraction phonétique. Il aurait pu dire
réduction de l’impôt sur les sociétés à 30% en 30 ans
par exemple, ou
augmentation à 40% en 40 ans,
mais il voulait dire en cinq ans et ne l’a pas dit. Parce qu’il a hésité, inconsciemment cette fois-ci, devant un gros mensonge ? C’est peut-être en effet le «super menteur » des Guignols qui recule devant l’énormité de ses mensonges : les vingt ans seraient alors un écho phonétique aux 20% et, en même temps, l’équivalent des calendes grecques, ou de la semaine des quatre mercredis et des trois dimanches.
vendredi, janvier 05, 2007
Ségovoeux
Tout le monde a parlé de son O.P.A. sur le droit (opposable, désormais) au logement, mais le mot qu'elle a le plus prononcé c'est Europe. Les partisans du NON apprécieront. A comparer en tous cas avec le nuage des Sarkovoeux (enfin, ceux de la grand-messe de 2006 : l'attachée de presse de l'UMP m'a confirmé que Nicolas Sarkozy ne ferait pas de présentation de voeux cette année, se contentant de sa petite vidéo sur Internet [lire texte]).
Vous avez remarqué, si vous avez cliqué sur les liens, que j'ai mis en place un petit site avec le texte intégral des voeux de tous les présidentiables (ou ex...) que j'ai pu trouver : Ségo et Sarko, bien sûr, mais aussi Autain, Besancenot, Chirac, Chevènement, Lepage, Voynet...
J'ai installé un moteur de recherche qui permet de savoir qui a utilisé tel ou tel mot. Devinette: qui a utilisé le mot bonheur ? Réponse en cliquant. Vous verrez également les principaux mots-clés de chacun. Si chaque déclaration en elle-même est assez soporifique (encore que certains se lâchent: Voynet fait dans la poésie, Autain dans la déprime...), l'ensemble est assez parlant. Une sorte d'instantané de la politique française en ce début d'année 2007.
Bayrou présentera ses voeux à la presse le mardi 9 : je le rajouterai alors. Si vous avez connaissance d'autres voeux de candidats potentiels (ou qui l'ont été à un moment ou un autre), merci de me les signaler !
jeudi, janvier 04, 2007
Le nous et le vous
Mes chers compatriotes de métropoles, d’outre-mer et de l’étranger
terminant également de la même façon
Vive la République, vive la France
faisant entre les deux référence aux soldats français « qui sont engagés sur tous les continents au service de la paix » (2005) ou «qui défendent partout dans le monde la paix et les valeurs de la France » (2006), pensant « à toutes celles et tous ceux qui connaissent (2005) ou qui sont victimes de (2006) la maladie, la solitude », s’autocongratulant pour le recul du chômage qui «baisse » (2005) ou «baisse fortement » (2006), etc.
Pourtant, dans les espaces entre ces points de passage obligé, Jacques Chirac a notablement innové. Pour le décor tout d’abord: se détachant sur un fond de drapeaux français et européen, il faisait paradoxalement très candidat. Mais aussi pour le contenu. Il s’agissait sans doute de ses derniers vœux de Président, et nous aurions pu nous attendre à un bilan. Pas de bilan pourtant, mais presque un programme (« les cinq enjeux majeurs ») et un appel aux électeurs (« Faites vivre intensément vos convictions. Vous êtes le peuple souverain »). Ainsi il a prononcé sept fois le mot enjeu (contre zéro en 2005), trois fois le mot environnement (toujours zéro en 2005), a parlé du monde (sept fois) alors qu’il parlait en 2005 de mondialisation (quatre fois), a exprimé ses exigences (trois fois, contre zéro l’an dernier), de changement (deux fois contre zéro), des victimes (trois fois contre zéro encore) de la maladie, de la violence, de la solitude...
Mais la plus grande différence entre ces deux crus réside dans l’usage des pronoms personnels : dix-sept nous et un vous en 2005, douze nous et onze vous cette année. Nous c’est chaque fois la France et les Français, vous c’est chacun de nous si je puis dire. De ce point de vue, Chirac ne s’est pas seulement adressé au peuple, il a parlé à chacun des électeurs. Il ne manquait que « votez pour moi ». Jacques Chirac ne sera sans doute pas candidat, et cette invitation subliminale doit plutôt être comprise comme « votez pour qui j’aimerais que vous votiez », ce qui est une façon d’imposer sa présence dans la campagne et de rappeler à qui vous savez qu’il compte bien y jouer un rôle. Campagne que nous suivrons, ou que vous suivrez avec attention.
mercredi, janvier 03, 2007
2007: Meilleurs baîllements
Les débuts d’année sont, eux, d’un ennui mortel. La gueule de bois, le sapin défraîchi qui fout des aiguilles partout, les tonnes de poubelles le 2 au matin dans les rues où les lampions n’arrivent même plus à faire illusion, et bien sûr la sempiternelle litanie des vœux. Comme d’hab, Jacques Chirac a ouvert le bal le 31 au soir, fidèle à lui-même, lisant ses prompteurs... Tiens, il n’avait pas les lunettes en écaille cette année.
Ca doit être ça le scoop. Parce que pour le reste, je me suis un peu demandé si on n'avait pas ressorti une vieille bande. « Mes chers compatriotes »... Oui, mais attention, pas n’importe lesquels : « de métropole, d'outre-mer, de l'étranger ». Il faut préciser. Pas ceux de la planète Mars, n’est-ce pas. C’est intéressant, la langue de bois : Mes chers compatriotes aurait suffit, puisque ça englobe normalement toutes les espèces connues, mais non, ça va mieux en le disant. Et on enchaîne : « Et je pense d'abord à toutes celles et à tous ceux qui sont victimes de la solitude, de la maladie, de la détresse. » Ben voyons, le bonheur et la santé surtout. Du moment que ça ne coûte rien… « Nos soldats qui défendent, partout dans le monde, la paix et les valeurs de la France. » Normal, c’est le chef des armées, tout de même. Et puis c’est mérité. Et le reste à l’avenant : des chômeurs en moins, des vies sauvées sur les routes en plus. Il y a des mots qui apparaissent : Internet, dont le chef de l’état salue la révolution (qui date quand même de 1990, mais bon, il lui a fallu d’abord un temps pour apprivoiser le mulot), les apprentis sorciers de l’extrémisme (bien trouvée celle-là, j’aime bien : je vois tout à fait Le Pen et de Villiers en Mickey diaboliques avec des balais qui dansent en train de chasser des torrents d’immigrés...). Il y a un mot qui a disparu, personne ne l’a remarqué. C’est comme dans les dictionnaires, on voit les mots qui entrent, jamais ceux qui sortent.
Vous donnez votre langue au Chi ?
Patriotisme.
Bon d’accord, il a été préempté par les Mickey de l’extrême droite… C’est devenu un mot qui pue (attention à compatriote, cependant, ce mot-là est porteur sain pour l’instant, mais bon, on ne sait pas comment ça peut évoluer).
Alors, face à ce désert linguistique, la presse cherche désespérément quoi dire. Et s’il y avait un indice d’une envie de tentative de déclaration cachée entre les lignes (bien cachée alors) ou un bon vieux tacle à Sarkozy… Il y a des 1er janvier qui doivent être bien pénibles dans les rédactions !
Ça fait 12 ans qu’on réécoute à peu près la même bande. Lassant. Remarquez, avant ce n’était pas mieux. Vous vous souvenez des vœux de Mitterrand ? Je vois que vous baillez. Giscard avait su nous faire rire au moins (si, rappelez vous, avec Anne-Aymone, en chandail près de la cheminée pendant le choc pétrolier: « Et maintenant Anne-Aymone va vous dire quelques mots »). Après, ou plutôt avant, j’ai un trou. J’ai zappé Pompidou (on ne disait pas encore comme ça). Il faut dire que j’étais étudiant. Pas la télé. Le souvenir le plus ancien que j’ai de cet exercice annuel et soporifique, c’est de Gaulle. Mais c’est autre chose. Au moins, lui, il savait parler. Et sauter sur sa chaise comme un cabri en levant ses bras ou ciel quand il fallait.
Cette année, les autres ne se sont pas cassé la tête. Plus de grand-messe salle Gaveau pour les Sarkovoeux. Lui et Ségo nous ont fait un petit clip sur leurs blogs. Internet, n’est-ce pas… C’est décidément la mode. Ché-bran comme disait Mitterrand.
Bon, allez, j’arrête, je ne veux pas vous déprimer dès le 3 janvier ! Encore que, en prenant tout ça au deuxième degré, il y a plutôt de quoi rire, non ?
Alors, je vous souhaite tout plein de choses pour cette nouvelle année. Plein d’amour surtout, c’est le plus dur. Et un(e) bon(ne) président(e) tout neuf, qui nous fasse bien rire pendant cinq ans. Moi, ça ne commence pas trop mal. Le Monde consacre une pleine page aux mots de la politique aujourd’hui. Nous y sommes amplement cités. Rien de tel qu’un bon bol d’égo tout frais pour commencer l’année ! Et puis, Nicolas (non, non, pas celui auquel vous pensez) a commencé à vendre la mèche, il y a plein de projets marrants qui se dessinent… On en reparlera ;-)
mercredi, décembre 20, 2006
Lapsus encore...
Je ne veux pas qu’au deuxième tour les Français n’aient le choix qu’entre le vote Le Pen.. euh...le vote Sarkozy et le vote Royal.C’est beau, les amis ! Il est vrai que l’orthographe a parfois ses lapsus. Aviez-vous remarqué qu’amis est une anagramme parfaite de mais ? Nous ne sommes pas loin du célèbre Oui mais....
Dans le même genre, Cécile Duflot, nouvelle secrétaire générale des Verts, a expliqué après son élection :
Ce vol s’est bien passé...euh..ce vote s’est bien passé.Qu'a donc dérobé Cécile? A moins que dans l'euphorie de son élection elle plane... Dans les deux cas, c’est trop beau, on aurait presque du mal à y croire. A propos de croyance, justement : un des membres de l’équipe de communication de Sarkozy, François de la Brosse (à reluire ?) se propose de sortir des Tee-shirts sur lesquels on lira Nicolas j’y crois.
Des Tee-shirts en hiver ?
Lapsus volontaire...
Depuis quelques mois je me suis attaché à pointer les lapsus des politiques, afin de montrer comment leur inconscient se manifestait à fleur de mots. Inconscient car, bien sûr, le lapsus est par définition involontaire. Et les différents exemples glanés, que je vous ai le plus souvent fait partager, étaient de ce point de vue instructifs.
Mais voici qu’on nous propose un nouveau produit : le lapsus volontaire. Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a en effet dans une interview accordée à la télévision allemande, classé son pays dans la liste de ceux qui possèdent l’arme nucléaire. Grand émoi ! Tout le monde sait pourtant qu’Israël possède la bombe, mais la langue de bois de l’Etat hébreu consiste depuis longtemps à utiliser l’ambiguïté comme forme d’expression : ne dire ni oui ni non. Classant Israël dans le camp des destructeurs en puissance puis laissant dire qu’il s’agissait d’une erreur, Olmert a donc dit deux choses à la fois : nous avons la bombe, d’une part (ça nous le savions déjà), nous le disons d’autre part. Mais pourquoi ?
Imaginons les psychanalystes au service du pouvoir iranien :
-« Ils n’ont pas la bombe mais la veulent tellement que voilà, il a fait un lapsus »Bref, les lapsus ne sont plus ce qu’ils étaient. Heureusement le rédacteur en chef du Courrier international nous rappelle une phrase de l’impayable George W. Bush dans un discours en octobre 2001 :
-« Mais non ! Ils l’ont bien sûr, mais Olmert n’avait pas le droit de le dire, et il en était tellement fier de sa bombe, qu’il a craqué ».
-« Soyons sérieux messieurs, tout le monde sait qu’ils ont la bombe, et ils savent que nous savons. Mais, en le disant, il nous fait un petit signe : attention les enfants, j’ai la bombe... »
Il n’y a pas de doute dans mon esprit, pas le moindre doute que nous allons échouer. L’échec ne fait pas partie de notre vocabulaire. Notre grande nation va guider le monde et nous réussirons.Ouf, enfin un vrai lapsus!
Que ferions-nous sans lui !




