Le dossier Clearstream est aujourd’hui aussi vide qu’un discours de Jean-Pierre Raffarin.
mercredi, décembre 13, 2006
La pensée du jour
mardi, décembre 12, 2006
J'ai deux amours
Quand un pays est dictatorial, quelqu'un arrive, un président, qui veut libérer son Paris... euh son pays.Son pays, son Paris. Chacun sait que Panafieu est candidate à la mairie de la capitale, et son lapsus est dès lors intéressant : elle se verrait en libératrice, puisqu’il est évident que le socialiste Bertrand Delanoë est un usurpateur... Pays/Paris. On peut aussi songer à Joséphine Baker qui chantait en 1930 :
J’ai deux amour, mon pays et ParisEn fait Panafieu a dit « libérer son Paris », elle ne l’a pas écrit, et cette transcription est un choix : on pourrait tout aussi bien entendre «son pari», même s'il est probable qu'il s'agissait bien de Paris. Alors, Paris ou pari ? Dans le second cas, Panafieu aurait-elle fait un pari dont elle voudrait se libérer ? Ou penserait-elle qu’un jeune loup (voir hier) pourrait la forcer à s’en libérer ? A suivre...
Pays/Paris (ou pays/pari), nous sommes de toute façon dans la dualité, dans des oppositions binaires. Il en est d’autres dans le paysage politique qui s’anime avant les fêtes de Noël. Alors que Sarkozy baisse pavillon en transformant sa rupture en rupture tranquille, Ségolène Royal publie sa première affiche sur laquelle on lit Pour que ça change fort.
Du côté du ministre de l’intérieur un mot de départ agressif, ou volontariste (la rupture), que l’on relativise avec l’adjectif tranquille : après un plus, un moins.
Du côté de la candidate socialiste l’annonce d’un but plus « tranquille », le changement (souvenons-nous de Giscard : le changement dans la continuité) que l’on renforce, c’est le cas de le dire : pour que ça change fort. Après un moins un plus.
Dans les deux cas on songe à des vases communicants sémantiques : l’un voulait tout casser (c’est le sens de rompre) l’autre seulement changer, l’une précise qu’il s’agira d’un fort changement, l’autre que la rupture sera tranquille. Le casseur se calme, la réformatrice gonfle ses muscles. Ici aussi, à suivre.
lundi, décembre 11, 2006
Lupus in fabula
Le loup semble à l’honneur dans le paysage politique... Philippe de Villiers par exemple a déclaré qu’il fallaitdéfendre le postier catalan ou le médecin savoyard plutôt que l’ours slovène ou le loup de Sibérie
Cette formule se prête à diverses interprétations. Tout d'abord, elle rappelle bien sûr celle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de l’extrême droite aux présidentielles de 1965 (son directeur de campagne s’appelait Jean-Marie Le Pen) :la Corrèze avant le Zambèze.
Mais là où Tixier-Vignancour critiquait l’aide aux pays sous-développés, Villiers oppose le postier ou le médecin à l’ours ou au loup, ce qui paraît étrange et ne plaira pas nécessairement aux postiers ou aux médecins. Il est vrai que l’ours est slovène, le loup de Sibérie, et qu'il pense peut-être faire peur par ces références d’un autre âge à d’anciens pays de l’est. A moins qu'il ne veuille affirmer des positions anti-écologistes ?
Quoiqu’il en soit, il n’est pas le seule à utiliser cette référence canine. Françoise de Panafieu pour sa part a en effet déclaré sans rirele loup est un loup pour l’homme
ce qui est une évidence : le loup est un loup, pour n’importe qui. Elle voulait bien sûr dire l’homme est un loup pour l’homme, décalquant la formule latine homo homini lupus, mais voilà, elle a parlé trop vite et s’est plantée.
Mais pourquoi ces loups, mis à la sauce Villiers ou à la sauce Panafieu ? Pour Villiers, j'ai évoqué quelques possibilités. Et Panafieu ? A-t-elle peur des jeunes loups qui pourraient lui griller la politesse aux élections municipales à Paris ? Quoiqu'il en soit, nos politiques ont encore quelques formules à leur disposition:
Faim de loupSans oublier, bien sûr, que
Froid de loup
Avoir vu le loup
Hurler avec les loups
Dans la gueule du loup
Crier au loup
Quand on parle du loup on voit sa queue...Méfi, comme on dit en Provence, ou encore gaffe en bon français!
mercredi, décembre 06, 2006
Le syndrome de la boulette
Alors bien sûr, que Ségolène Royal écoute un élu du Hezbollah, qu'elle accepte qu'il compare « par deux fois » Israël au nazisme, c'était presque trop beau. Ca y était. Enfin ! Et sur le terrain de prédilection de son adversaire : l'International, sur lequel elle est censée être nulle et non avenue. Sauf que l'affaire sentait la mauvaise fois à plein nez : on découvre qu'il y avait deux traducteurs, que la phrase que Mme Royal a écoutée n'était pas la même que celle que les journalistes ont entendue, comme le racontait l'excellent Antoine Sfeir hier soir dans C dans l'air, et que si le mot nazisme y est bien cité, le contexte en est nettement moins violent (le langage, toujours !). Le traitement de cette histoire par la presse est d'ailleurs pour le moins curieux (voir décryptage ici). Et puis enfin, l'ambassadeur de France, Bernard Emié, un homme prudent et expérimenté, était aux côtés de la Madone, et a assisté au même discours sans quitter la salle... Or, que représente-t-il sinon la politique étrangère de Jacques Chirac et du parti dirigeant actuel... l'UMP ?
Vous connaissez probablement l'histoire de l'homme qui criait au loup. Il faudrait inventer celle du parti qui criait à la boulette. Le plus drôle c'est que le jour où elle en fera une belle, une vraie, une grosse, personne n'y croira plus.
La politique c'est quand même une drôle de cuisine !
lundi, décembre 04, 2006
Les factures de Sarkozy
des prothèses pour réparer les factures.Il voulait, bien sûr, parler de fractures. Mais quelle dette secrète ou inconsciente ce lapsus révèle-t-il ? S'agit-il d'ailleurs d'une dette ? De plusieurs dettes secrètes ou inconscientes ? Je n'en sais bien entendu strictement rien, mais j'aime bien ces petites failles dans le discours, lorsque percent, à fleurs de mots, d'étranges refoulés...
dimanche, décembre 03, 2006
Rubrique à brac
Jeudi soir, à la mutualité, meeting de la Ligue Communiste. Olivier Besancenot déclare :
Je préfère parler d'anticapitalisme que d'antilibéralisme.Jusque là, avec la "gauche du non", il parlait d'antilibéralisme. Mais au même moment, comme on sait, il s'éloigne des comités antilibéraux et confirme qu'il fera cavalier seul aux présidentielles. Comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.
J'ai dans ma précédente rubrique évoqué le nouveau slogan de Nicolas Sarkozy, La rupture tranquille, soulignant qu'on ne pouvait pas ne pas y entendre un écho de celui de François Mitterrand en 1981, La force tranquille. Sur France Inter vendredi matin nous expliquions avec Jean Véronis qu'il y avait là une entreprise d'adoucissement vers laquelle les conseillers de Sarkozy l'entrainent en ce moment. Rupture est en effet un mot lourd, porteur d'agressivité, de drame. Il renvoie à une rupture d'anévrisme, de contrat de travail, de cable de téléphérique ou de couple. L'adjectif tranquille adoucit donc le mot, mais comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, les mots ne sont que des mots.
Dans un article du Journal du dimanche, Michèle Stouvenot explique que les communiquants jugent « stupide et creux » ce slogan, la rupture tranquille qui constitue un oxymore, comme jadis la continuité dans le changement de Giscard d'Estaing. Mais il ne s'agit que de mots comme disent la députée socialiste et le sénateur UMP.
Samedi après-midi, sur fond de montagnes pyrénéennes, François Bayrou présente sa candidature. Ses conseillers en communication lui ont conseillé (c'est leur travail, aux conseillers, de conseiller) de ne parler ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais du PS et de l'UMP. Et l'un de ses partisans, l'ancien général Morillon, déclare :
Cette séparation idéologique entre droite et gauche ne correspond plus à rien. Il faut faire péter ces structures.Ni gauche, ni droite, donc. Mais la députée de gauche et le sénateur de droite disent que les mots ne sont que des mots.
Enfin jeudi soir, sur France 2, David Pujadas ouvre le journal en annonçant que le pape, en visite à Istanboul, est entré dans la mosquée bleue
chassé... euh chaussé de babouches.Mais, bien sûr, comme le disent la députée socialiste et le sénateur UMP, chassé et chaussé ne sont que des mots.
samedi, décembre 02, 2006
Messied : ça m'assied
Un peu de pudeur ne messied pas dans le débat public.Nicolas Sarkozy n'est pas un grand amateur de mots compliqués (contrairement à Jean-Marie Le Pen, par exemple), et ça a dû lui échapper. C'est curieux, mais plein de gens ne connaissent plus ce verbe, qui signifie « ne pas convenir » (au départ, ne pas être sur son séant). Il fait partie de ces verbes moribonds, comme choir. Il n'existe plus guère qu'à la troisième personne, et à la forme négative.
Les militants qui ont transcrit le débat sur le site de l'UMP n'y ont visiblement compris goutte, et ont écrit :
Un peu de pudeur ne me sieds pas dans le débat public.C'est à dire exactement l'inverse (faisons abstraction de la faute d'accord). Mais peut-être ont-ils pensé que c'était réellement la pensée de leur chef. Le doute est possible quand on se remémore le fiston mis en scène (« Bonne chance mon papa ! »), l'affichage avec Cécilia dans les magazines, et autres petites scènes de la pipolisation quotidienne chez les Sarkozy.
Nous avons interrogé l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait lancé en son temps la mode du relâchement de la pudeur politique (rappelez-vous : l'accordéon, le ski en famille, etc.). Il a confirmé lui aussi qu'il en revient :
Un peu de pudeur ne saurait méchoir.Ca m'a scié.


