mardi, novembre 14, 2006

Cuisine interne

Vous avez adoré notre encadré sur les éléphants qui font «machos nuls» (p. 111) :
  • Laurent Fabius : « Mais qui va garder les enfants ? »
  • Henri Emmanuelli : « Je vais ajouter une balle de plus dans le fusil de chasse. »
  • Jean-Luc Mélanchon : « La présidence de la République n'est pas un concours de beauté. »
  • Michel Charasse : « Voyez la mère Merckel? Poum dans le popotin ! »
  • Jean-Paul Huchon : « Etre président de la République est un vrai job. »
La grande classe.

Mais Ségo elle-même en ajoute une à la liste, apparemment à propos du récent débat socialiste :
  • Dominique Strauss-Kahn : « Elle aurait mieux fait de rester chez elle au lieu de lire ses fiches cuisine ».
Elégant, n'est-ce pas ? Ils ne peuvent pas s'en empêcher...

La vidéo est sur LCI.

dimanche, novembre 12, 2006

Un duo de duels

François Bayrou vient de clore le Conseil national de l'UDF. Il fustige Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : « L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.» Et il conclut par une phrase qui a été reprise sur les télés : «Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo» (voir intégralité du discours ici).

J'ai trouvé cette phrase très intéressante. Le jeu sur les phonèmes cache un autre jeu, sur le sens et l'étymologie. La plupart des gens pensent sans doute plus ou moins confusément que duel et duo ont la même origine. Des avatars du nombre deux : un duo c'est deux personnes, et il faut bien deux personnes pour avoir un duel.

Faux : si le mot duo vient bien du latin duo (deux), par l'intermédiaire de l'italien, le mot duel n'a rien à voir. Il provient du mot latin duellum, qui signifiait guerre, combat (pas forcément à deux !). Duellum s'est déformé en latin, et a donné bellum. D'où nos modernes belligérants belliqueux.

On ne sait pas trop pourquoi le mot duel a pris le sens de combat entre deux personnes, mais c'est vraisemblablement une de ces contaminations étymologiques dont je suis friand : un rapprochement phonétique avec le mot... duo ! François Bayrou est agrégé de lettres classiques et connaît donc parfaitement son latin. Au-delà du mot d'esprit, il nous fait probablement un clin d'oeil de lettré. A croire qu'il veut nous donner du matériau pour notre prochain livre !

Mais attention : un duel peut en cacher un autre. Il y a bien un deuxième duel en français, celui qui exprime la dualité (il est vrai qu'il a tendance à être remplacé par dual). Celui-là provient bien de duo...

Voilà, le duel était duel ; c'est simple comme deux duels font quatre mousquetaires.

L'homme-marchandise

On connaissait la femme-objet. Voici l'homme-marchandise. Dans son discours de Saint-Etienne, Nicolas Sarkozy nous explique qu'il est humaniste :
«On ne fait pas n'importe quoi avec l'homme, qui n'est pas une marchandise comme les autres»
Pas comme les autres, mais marchandise quand même donc. Il paraît que les lapsus révèlent l'inconscient...

En voyant l'extrait sur I-Télé, l'autre soir, je me suis dit que c'était du bon matériau pour la rubrique lapsus du prochain livre ! Mais je n'avais pas réussi à noter la phrase exacte, et j'ai vainement cherché à revoir la séquence. Impossible. Motus sur toutes les chaînes... Et évidemment la phrase n'est pas dans le discours officiel en ligne sur le site de l'UMP. C'est une de ces interpolations enflammées que fait Sarko lorsqu'il est en forme.

Mais voilà : quelqu'un vient de mettre la vidéo en ligne sur Dailymotion. Décidément, les cybercorbeaux croassent et se multiplient ces jours-ci !

samedi, novembre 11, 2006

La boulette

Les éléphants attendaient désespérément la boulette, l'énorme boulette qui déconsidèrerait enfin Ségo aux yeux des militants. Rappelez-vous comme ils se sont jetés comme un seul homme sur son histoire d'encadrement militaire au mois de juin... Ils se frottaient les mains, croyaient que ça y était. Rien n'y faisait : elle sortait les énormités les plus énormes (du point de vue de l'orthodoxie socialiste, bien sûr), et les sondages continuaient à grimper.

Mais elle vient peut-être de la faire cette boulette tant attendue. Ou du moins, elle l'a faite il y a une dizaine de mois, mais un cybercorbeau la lui ressort opportunément quelques jours avant le scrutin. La vidéo où elle critique les enseignants et propose qu'ils fassent 35 heures au collège -- en disant vouloir cacher cette proposition aux syndicats -- a fait le tour d'internet en moins de... 35 heures. 100 000 téléchargements. Il est intéressant de remarquer que, comme pour l'achat des mots clés douteux sur Google par l'UMP, l'affaire est partie des blogs, la presse l'a reprise ensuite à son compte (voir histoire de la propagation ici). Cette gaffe monumentale pourrait bien lui être fatale, quand on sait que les enseignants sont assez largement représentés au PS ! Attaquer les éléphants, passe encore, mais on ne touche pas impunément au mammouth.

Prémonitoire ? Ségolène Royal avait fait sa déclaration de candidature à la candidature sur la chanson La Boulette de Diam's en avril 2006 sur Canal+... Ca ne s'invente pas.

Sigle ou abréviation ?

La mort de Jean-Jacques Servan-Schreiber me fait penser qu'il fut parmi les toutes premières personnalités françaises à voir son patronyme siglé: JJSS. Il en est une autre, Brigitte Bardot (BB), et un troisième, Pierre Mendès-France (PMF), mais j'ai l'impression (à vérifier) qu'il le fut plus tard, a postériori. Ils ne furent pas nombreux dans ce cas : ni de Gaulle, ni Pompidou, ni Mitterrand, ni Rocard, ni Chirac, ni Jospin pour ne citer que quelques hommes politiques n'ont eu cet «honneur». Honneur parce que le fait de voir son nom ainsi popularisé sous une forme siglée est, bien sûr, une preuve de notoriété.

Si nous réfléchissons aux deux premiers exemples (JJSS, BB), les caractéristiques de leurs noms ne sont sans doute pas étrangères à ce phénomène: la duplication des consonnes, les allitérations ainsi créées, expliquent en partie ce devenir. Et aujourd'hui? A part DSK et MAM, pas grand chose. Pour Alliot-Marie, le sigle constitue un palindrome, c'est-à-dire qu'il se lit dans les deux sens, et ceci explique peut-être cela (voici un autre palindrome: élu par cette crapule, et dans notre Combat Pour l'Elysée nous en suggérons avec Jean Véronis un troisième, qui pourrait s'appliquer à elle, non à ce canon...). Mais pourquoi DSK ? Sont-ce ses services de communication (comme ceux de Bernard-Henri Levy, dit B-HL) qui l'ont imposé ? Car la siglaison des noms est aujourd'hui plutôt le fait d'hommes d'affaires qui pratiquent la notoriété auto-proclamée (souvenons-nous de Jean-Marie Messier, JMM ou J2M...), depuis qu'un personnage du feuilleton Dallas s'appelait JR. On pratique en effet plutôt l'abréviation : Chichi et non pas JC pour Chirac, Sarko et non pas NS pour Nicolas Sarkozy, Ségo et non pas SR pour Ségolène Royal, Zizou et non pas ZZ pour Zinedine Zidane, etc...

Sigle ou abréviation : du point de vue strictement linguistique, la différence est essentiellement que le sigle est un fait de «lettrés». Pour créer RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) il faut bien sûr savoir comment s'écrit «autonome» (si on l'écrivait «otonome», on aurait ROTP...). Dans les deux cas, l'existence de cette appellation raccourcie témoigne d'une connivence, d'un rapport affectif à la personne, mais la domination des abréviations témoignerait-elle de ce recul de l'orthographe dont on nous rebat les oreilles?

Dans le doute, et pour militer pour le retour de l'orthographe (ainsi, peut-être, que pour satisfaire mon égo), je signe aujourd'hui mon billet: L-J C...

vendredi, novembre 10, 2006

Désordre juste

Il y avait eu l'ordre juste de Ségolène, perçu comme «juste l'ordre» par le bras droit de DSK, Cambadélis, mais revendiqué par Sarkozy, qui bien sûr l'aurait inventé, comme je le racontais l'autre jour. Ségo rétorquait : Sarko c'est le désordre injuste, et je concluais qu'en attendant au PS (voir les huées, les coups tordus, etc.), c'est juste le désordre...

Il manquait une expression dans cette combinatoire linguistique : désordre juste. C'est Edouard Fillias, le tout jeune candidat d'Alternative Libérale (27 ans), qui vient de la faire. Exemple de proposition qui relève du «désordre juste» : le démantèlement souhaité de la Sécurité sociale. A côté Sarko est un dangereux gauchiste. Pourtant, cette expression a un petit goût anar, si on y réfléchit. Ferré ou Brassens ne l'auraient peut-être pas reniée -- sans lui donner exactement le même sens, à mon humble avis. Mais justement, je lis sur le blog de Fillias, un papier qu'il fait sur... Brassens. Il écrit sans se démonter :
Brassens est probablement un passionné de la liberté : s'il avait fait de la politique, est-ce que je peux oser dire qu'il aurait pu adhérer à Alternative Libérale ?
Hmm. Les sismographes ont entendu comme un retournement sous la terre. Epicentre : le cimetière de Sète.

Madonna et la Madone

Tout le monde sait que Ségolène Royal a été surnommée la Madone (c'est par exemple le titre du livre de Marie-Eve Malouines et Carl Meeus aux Editions Fayard, La Madone et le Culbuto). Il faut dire que l'image est belle : la vierge vêtue de blanc aux accents maternels... Vous allez dire que je vois décidément la politique en couleurs ces temps-ci, mais avez-vous remarqué que sur son site, Désirs d'avenir, il n'y a ni rose, ni rouge? Rien que du bleu. Ca ne vous dit rien le bleu ? C'est la couleur de la Vierge, de la Madone, la vraie.

Entre madones, on s'entraide : la Madone du rock, Madonna, déclare dans Paris-Match que Ségolène «a de la classe». Elle semble plutôt voir d'un bon oeil une éventuelle victoire de la Madonne du PS :
Dans beaucoup de pays comme le Chili ou l'Allemagne, les femmes ont déjà pris le pouvoir, je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette évidence. Le monde se porte mieux depuis qu'il y a plus de femmes au pouvoir. Une femme présidente en France, ce serait logique.
Coïncidence : Nancy Pelosi, femme, et «issue de l'immigration» en plus, devient numéro trois des Etats-Unis, tandis qu'Hillary Clinton se hisse (à coups de dollars) au rang de prétendante à la magistrature suprême. Quant à la droite française, elle essaie d'arroser le chêne de MAM pour contrer Sarko... Il y a comme un souffle mondial : la femme pourrait bien être l'avenir de l'homme politique.

N'en déplaise aux machos nuls.