François Bayrou vient de clore le Conseil national de l'UDF. Il fustige Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : «
L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.» Et il conclut par une phrase qui a été reprise sur les télés : «
Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo» (voir intégralité du discours
ici).
J'ai trouvé cette phrase très intéressante. Le jeu sur les phonèmes cache un autre jeu, sur le sens et l'étymologie. La plupart des gens pensent sans doute plus ou moins confusément que
duel et
duo ont la même origine. Des avatars du nombre deux : un duo c'est deux personnes, et il faut bien deux personnes pour avoir un duel.
Faux : si le mot
duo vient bien du latin
duo (deux), par l'intermédiaire de l'italien, le mot
duel n'a rien à voir. Il provient du mot latin
duellum, qui signifiait guerre, combat (pas forcément à deux !).
Duellum s'est déformé en latin, et a donné
bellum. D'où nos modernes belligérants belliqueux.
On ne sait pas trop pourquoi le mot
duel a pris le sens de combat entre
deux personnes, mais c'est vraisemblablement une de ces contaminations étymologiques dont je suis friand : un rapprochement phonétique avec le mot...
duo ! François Bayrou est agrégé de lettres classiques et connaît donc parfaitement son latin. Au-delà du mot d'esprit, il nous fait probablement un clin d'oeil de lettré. A croire qu'il veut nous donner du matériau pour notre prochain livre !
Mais attention : un
duel peut en cacher un autre. Il y a bien un deuxième
duel en français, celui qui exprime la dualité (il est vrai qu'il a tendance à être remplacé par
dual). Celui-là provient bien de
duo...
Voilà, le duel était duel ; c'est simple comme deux duels font quatre mousquetaires.